La Citoyenne / The female citizen
Iran /
16H54 - mardi 6 août 2013

Que reste-t-il des droits de la femme en Iran ?

mardi 6 août 2013 - 16H54

Le 3 août, le nouveau président iranien Hassan Rohani, élu le 14 juin dernier, a pris ses fonctions à la tête de l’Etat. Malgré des discours assez progressistes, la population iranienne ne croit que très modérément en sa capacité à améliorer les droits humains en Iran.

 

IRAN-POLITICS-ROWHANI-CEREMONY

Le Guide Suprême Ali Khamenei (au centre) entreprend la passation de pouvoir entre le Président sortant Mahmoud Ahmadinejad (à gauche) et le nouveau Président Hassan Rohani (troisième en partant de la droite), lors d’une cérémonie samedi 3 août à Teheran, la capitale iranienne.

« Par définition, toute élection implique qu’il va y avoir du changement », a affirmé Mansoureh Shojaei, activiste iranienne des droits des femmes, à OI avant les élections de juin. Cette remarque, teintée de cynisme face à la réalité de l’élection, lui servait à souligner le peu d’espoir qu’elle avait de voir le statut des femmes évoluer, quel que soit le nouveau Président. Khadijeh Moghaddam, une autre activiste des droits des femmes présente à Londres avant les élections de juin, partageait cette opinion. Selon elle, il n’existait pas une « atmosphère d’élection propice à soulever la question du sort des femmes ».

 

Le féminisme iranien, une lointaine chimère

 

Cependant, les femmes iraniennes se sont longtemps battues pour leurs droits et pour leur pays. Bien qu’un mouvement féministe à proprement parler soit impossible dans le contexte de la république islamique, certaines campagnes ont abouti et les femmes ont pu obtenir certains droits qui leur avaient été ôtés après la révolution de 1979. En 2006 notamment, la plupart des femmes activistes politiques se sont rassemblées dans la One Million Signatures Campaign afin de s’opposer à des projets de lois discriminatoires envers les femmes, qui promouvaient la polygamie et refusaient aux femmes la garde de leurs enfants en cas de divorce.

 

Malgré son succès, cette campagne a pris fin puisque le pouvoir judiciaire a arrêté de nombreuses activistes du mouvement. Désormais, les activistes politiques iraniens et iraniennes qui se battent pour les droits humains et les droits des femmes spécifiquement vivent hors du pays, dans le but de conserver leur liberté d’expression et mener l’opposition au régime – à la manière de la Prix Nobel de la Paix Shirin Ebadi, tandis que ceux qui restent sont pour beaucoup en prison, telle l’avocate Nasrin Sotoudeh.

 

Paroles, paroles, encore des paroles

 

L’élection de Rohani, considéré modéré politiquement – entre les réformistes et les conservateurs – peut s’avérer être une bonne nouvelle pour la situation des femmes en Iran. « En terme de rhétorique, Rohani a l’air déterminé à être un peu plus progressiste en matière de droits des femmes », affirme le professeur Afshin Shahi, de l’université d’Exeter, en Angleterre. Il n’hésite pas à citer les discours de campagne de Rohani sur l’égalité des chances, sur la non-nécessité du voile, sur le besoin d’égalité face à l’éducation et l’enseignement supérieur entre filles et garçons.

 

Mais Shahi rappelle gravement que, « avant d’arriver au pouvoir, presque tous les présidents ont fait à peu près les mêmes promesses ». Même Ahmadinejad aurait annoncé vouloir mettre un terme à la police des mœurs, connue pour le contrôle qu’elle exerce sur la vie privée des femmes. Ainsi, Shahi met en garde : « il est très difficile de faire des prédictions lorsqu’il s’agit de la politique iranienne ».

 

Un peu d’optimisme…

 

La raison en est assez simple. L’homme qui contrôle véritablement le pays est le Guide suprême Ali Khamenei, qui a la mainmise sur les organes décisionnels que sont le Conseil des Gardiens et le Parlement (ainsi que l’expliquait Shirin Ebadi dans nos colonnes en juin). Le Président iranien ne possède qu’un levier très relatif dans la direction politique du pays, puisqu’il est dépendant du Guide pour se voir octroyer les moyens de mettre en place ses politiques.

 

Cependant, Shahi veut croire que le président a une marge de manœuvre. « En tant que président, Rohani peut introduire son propre discours politique, un discours plus enclin à la réforme et à la transition », affirme-t-il. Avant de tempérer son optimisme : « Je ne parle en aucun cas de quelque chose qui mène à un changement révolutionnaire massif, mais plutôt du genre d’optimisme pour une petite transition, sans attendre grand chose non plus. » Il faut espérer que l’avenir lui donnera raison.

 

Journaliste à Opinion Internationale et coordinatrice de la rubrique La Citoyenne.

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