
En ce mois de janvier 2026, un contraste saisissant s’impose à quiconque observe la situation iranienne avec honnêteté. D’un côté, des manifestations massives en Iran, et notamment les 8 et 9 janvier, au péril de vies humaines, en réponse à l’appel public de Reza Pahlavi. De l’autre, le 17 janvier à Paris, une manifestation organisée par des associations de gauche prétendant parler « au nom de l’Iran », tout en rejetant les symboles et les slogans portés par les Iraniens eux-mêmes.
Cette contradiction mérite d’être nommée.
Le 17 janvier 2026, une manifestation se tient devant le Panthéon. Officiellement, elle est organisée pour soutenir le peuple iranien. Peu importe, dira-t-on, qui organise, tant que l’on dénonce la répression. Dans l’absolu, c’est vrai. Ceux qui vivent en démocratie devraient être capables de mettre leurs préférences idéologiques de côté lorsqu’un peuple se fait massacrer.
Encore faut-il accepter que ce peuple s’exprime.
Or ce jour-là, des manifestants iraniens portant le drapeau historique de l’Iran, celui au Lion et au Soleil, symbole revendiqué dans les rues d’Iran au cri de « un drapeau, un hymne, une nation », ont été refoulés. Il leur a été signifié que ce drapeau était interdit dans la manifestation.
Interdit. Le drapeau pour lequel des Iraniens ont été arrêtés, torturés, exécutés. Le drapeau qui, aujourd’hui, fédère une grande partie du soulèvement populaire.
Ce refus n’est pas anecdotique. Il est politique.
Les vidéos de la manifestation le confirment. Le slogan majoritairement scandé par les Iraniens partout dans leur pays au prix de leur vie des manifestants est absent. En revanche, on y voit proliférer le slogan des Moudjahidines du peuple, organisation anciennement classée terroriste, largement rejetée par la population iranienne.
Ainsi, au nom d’une prétendue neutralité idéologique, certains groupes de la diaspora de gauche s’arrogent le droit de décider quels symboles sont légitimes et quelles voix peuvent être entendues. Ils parlent d’Iran en étouffant la voix des Iraniens.
Pourtant, les faits sont là.
Les 8 et 9 janvier 2026, à la suite de l’appel de Reza Pahlavi, des milliers d’Iraniens sont descendus dans la rue. Ils ont scandé des slogans clairs, nationaux, assumés. Ils ont répondu à un appel qui visait moins à imposer un chef qu’à structurer l’opposition et à tester, dans des conditions extrêmes, l’existence d’un leadership fédérateur.
Ce mouvement, par son ampleur et par les risques pris, tient lieu de consultation populaire.
Qu’on le veuille ou non, il a désigné Reza Pahlavi comme figure centrale d’une transition possible. Non parce qu’il s’impose, mais parce qu’il est appelé.
Reza Pahlavi ne se présente pas comme un dirigeant autoproclamé. Il affirme au contraire qu’aucune solution ne peut être durable sans un processus démocratique, transparent, et sans le choix explicite du peuple iranien sur la forme de son futur régime.
Son rôle, tel qu’il le définit, est celui d’un catalyseur, capable de dépasser les divisions et de porter une alternative crédible face à un régime théocratique à bout de souffle.
Pourquoi une partie de la gauche refuse-t-elle d’entendre cela ?
Pourquoi rejette-t-elle les symboles et les slogans portés par ceux qui risquent leur vie en Iran ?
Elle a parfaitement le droit de le faire. Mais qu’elle cesse alors de prétendre représenter le peuple iranien.
Les iraniens sont assez cultivés et éduqués pour savoir ce qu’ils veulent et ont fait part publiquement de leur choix lors de leurs manifestations qui a coûté la vie de dizaines de milliers d’entre eux.
Il est temps également que les médias français fassent preuve de davantage de rigueur.
Interroger toujours les mêmes militants autoproclamés, sans examiner leur représentativité réelle ni la nature de leurs positions, revient à participer à la confiscation de la parole iranienne.
Enfin, la question du rôle de la France et de l’Union européenne ne peut plus être éludée.
Le régime islamique iranien n’est plus qu’une force d’occupation. Il a dû recourir à des supplétifs étrangers, afghans et irakiens, face au refus croissant de ses propres forces de tirer sur la population. Il ne représente plus ni le peuple, ni l’État iranien.
La France et l’UE doivent en tirer les conséquences. Cela implique notamment de classer le Corps des Gardiens de la Révolution islamique et les Bassidjis comme organisations terroristes, de fermer les ambassades et les représentations diplomatiques de ce régime illégitime, de geler les avoirs du régime et de ses dignitaires sur le territoire européen, de réexaminer les titres de séjour de leurs familles, et d’ouvrir des procédures judiciaires lorsque les conditions de crimes contre l’humanité sont établies.
L’Europe n’a rien à perdre et tout à gagner d’un Iran libre, souverain et pacifié. En termes de stabilité régionale, de lutte contre le terrorisme et le narcotrafic, de partenariats économiques et d’accès aux ressources, l’intérêt est évident.
Mais pour cela, encore faut-il commencer par une chose simple : écouter les Iraniens.
Vraiment.
Dr.Mohsen Alirezai

















