Edito
11H11 - mardi 30 janvier 2024

Gabriel Attal sera-t-il le sauveur de la macronie ? L’édito de Michel Taube

 

Déclaration de politique générale, petit jour de gloire pour Gabriel Attal ! L’aube de l’attalisme ?

Le choix de nommer Gabriel Attal à Matignon fut, pour le président de la République, une façon de revenir aux fondamentaux de la macronie : pousser en avant un jeune, urbain, brillant, plutôt libéral, venu d’une gauche modérée qui se droitise dans le discours mais continue une action publique profondément centriste. 

Bref, Gabriel Attal est la parfaite doublure d’Emmanuel Macron. Son héritier le mieux placé… N’en déplaise à Edouard Philippe qui compte bien ne pas se laisser faire !

Gabriel Attal saura-t-il changer la donne et inverser cette descente aux enfers de la macronie, commencée par la perte d’une majorité absolue à l’Assemblée Nationale en juin 2022, poursuivie avec la colère des gilets verts et bientôt une possible déroute aux élections européennes ?

La crise agricole est l’épreuve du feu pour Gabriel Attal, pour son image comme l’illustre Hector, pour sa méthode comme l’explique Laurent Tranier, pour son autorité sur une majorité affaiblie comme le rapporte Radouan Kourak.

Au fond, Attal pourra-t-il agir avec audace, un de ses maîtres mots ? On peut en douter car les équilibres politiques institutionnels sont gelés : même la révision de la Constitution pour y introduire la liberté de recourir à l’IVG risque de ne pas se faire, faute de consensus avec le Sénat.

Après Madame 49.3, il est fort à parier que Gabriel Attal deviendra vite Monsieur 49.3, ne serait-ce que pour faire adopter toutes les lois de financement de l’Etat et de la sécurité sociale. 

Les oppositions pourraient même se liguer dès ce soir pour censurer un gouvernement déjà fragilisé par la crise agricole. 

Que seront les années Attal si les paysans lui en laissent le temps ?

Les années Attal risquent fort d’être des années de transition marquées par peu de lois audacieuses votées faute de majorité. Le choix d’Attal à Matignon, c’est en somme le choix d’une hyper-communication politique – dans laquelle le premier ministre excelle il est vrai – pour occuper le terrain et feindre de réformer la France alors que rien (ou presque) ne risque de bouger.

Attal n’est-il qu’un super-communiquant ? Son passage éclair à l’Education Nationale nous en a donné un indice… N’a-t-il pas déçu en refusant d’instaurer dès la rentrée scolaire prochaine l’uniforme ou la tenue unique pour tous les collégiens et lycéens de France, méprisant au passage les outre-mer qui avaient déjà expérimenté avec succès cette initiative. En reportant à 2026, bref aux calendes grecques, cette réforme symbolique puissante, il a agi avec faiblesse, avec lenteur, avec fort peu d’audace ! Bref, une décennie de perdue pour inverser le rapport d’autorité à ces jeunes générations de plus en plus perdues.

Une fois de plus, avec Gabriel Attal comme avec ses prédécesseurs, la macronie n’est pas naturellement férue d’autorité, surtout dans l’application des lois et la répression de toutes les violences. Par quel mystère les années Macron ont-elles en même temps, c’est un fait indéniable, renforcé les moyens de la police et de l’armée et maintenu une faiblesse consubstantielle de l’exécutif face à la montée de toutes les violences ? Attal ne résoudra pas cette équation. Il suffit de se remémorer l’excuse d’oisiveté avancée par le président de la République pour expliquer les émeutes de l’été dernier.

Comme le service national universel dont il a eu la charge et dont ne profitera pas toute une classe d’âge (et de loin…), Gabriel Attal communiquera beaucoup mais agira peu ! En ce sens, Attal est, après Emmanuel Macron, non le gendre idéal (quoi que…) mais le Monsieur macronie idéal !

 

Michel Taube

 

 

Directeur de la publication

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