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12H45 - mercredi 12 janvier 2022

« Tentative de coup d’Etat » au Kazakhstan : une crise sans précédent étouffée par la Russie

 

Rien ne va plus au Kazakhstan. Depuis le 2 janvier, des manifestations ont agité le vaste pays d’Asie centrale, contre la hausse du prix du gaz. Mais très vite, de nombreuses revendications sociales et économiques ont nourri les manifestants. De plus en plus violentes, les protestations ont muté en émeutes réclamant la fin du régime autocratique du président Kassym-Jomart Tokaïev. Pour ramener le calme dans le pays, Tokaïev a sollicité une intervention militaire du Kremlin.

C’est la première action de l’OTSC depuis sa création il y a vingt ans. Alors qu’un torrent de violence s’est abattu toute la semaine dernière à Almaty, capitale économique du pays, le président Kassym-Jomart Tokaïev a fait appel à l’Organisation du traité de sécurité collective (OSTC), gérée par Moscou, pour endiguer les révoltes vendredi 7 janvier.

Entre révoltes et coup d’Etat

Nées dans l’ouest du Kazakhstan dix jours plus tôt, les manifestations, d’abord pacifiques, ont gagné en agressivité ainsi qu’en terrain jusqu’à toucher Almaty le 4 janvier, ville dans laquelle un Kazakhstanais sur dix réside. Les protestations exigeaient cette fois le départ du chef d’Etat en place depuis 2019. En réaction, l’autocratie a débranché Internet dans la soirée sur l’ensemble du territoire, avant de décréter le 5 janvier « l’état d’urgence », entraînant de sanglantes répressions. À la surprise de la communauté internationale, le président a intimé à la police et l’armée de tirer « à balles réelles » sur les manifestants.

Par la même occasion, Kassym-Jomart Tokaïev s’est autoproclamé « chef du conseil de sécurité par devoir constitutionnel. » Il obtient par ce biais le plein pouvoir sur l’armée kazakhe dont le rôle a été de déjouer une « tentative de coup d’Etat » menée par des « terroristes armés », selon le politicien. Entachées de sang, les contestations demeurent néanmoins vives dans chacun des camps. Jeudi 6 janvier encore, les autorités ont fait état de « dizaines de protestataires tués » et de « 18 membres des forces de sécurité assassinés ». De plus, environ 2 000 personnes ont été placées en garde-à-vue par les autorités depuis le début des violences. Un bilan toutefois flou, étant donné l’absence de correspondants étrangers sur place, cumulée à une coupure momentanée de l’accès à la toile. En résumé, seules les sources russes et kazakhs, ne précisant cependant pas le nombre exact de morts côté manifestants, sont consultables.

Malgré l’interruption du réseau, de rares vidéos témoignant des violences à Almaty étaient visibles sur Twitter dont celle-ci, datant du 6 janvier.

 

Le peu d’informations qui se frayent jusqu’à l’Occident fait état d’une situation chaotique dans tout le pays, où les belligérants ne sont pas forcément connus : lundi 10 janvier, Stéphane Dujarric, porte-parole des Nations-Unies, a confirmé que des militaires et des civils s’étaient fait passer pour des Casques bleus à Amalty, alors qu’aucune mission de l’ONU n’est enregistrée dans le pays. Le but d’une telle opération n’a pas été communiqué, alors que des pillages de dizaines de commerces kazakhs ont été rapportés par les autorités publiques.

Un appel à l’aide contre les excès du régime

Les jours passent, et les émeutes se perpétuent malgré les ripostes de l’armée. Ces troubles, les pires depuis l’indépendance du Kazakhstan en 1991, ont conduit le gouvernement habituellement nationaliste, à requérir de toute urgence l’aide de l’ancien colon russe. En voisin soucieux de sa souveraineté continentale, l’historique allié de Almaty a répondu favorablement en dépêchant quelque 3 000 soldats dans le cadre « d’une mission de paix ».

Fragile, la situation interne du Kazakhstan laissait effectivement craindre un déséquilibre ethnique. Que ce soit entre Kazakhstanais et Caucasiens à l’ouest, ou contre les Dounganes, des musulmans chinois, résidant dans le sud du pays, tous en profitent pour revendiquer territoires et droits sociaux. Kassym-Jomart Tokaïev ne semblait ainsi bénéficier d’autre choix que d’appeler Moscou à la rescousse.

En dépit de l’arrivée russe la veille, le ministère de l’Intérieur a communiqué, samedi 8 janvier, le décès supplémentaire de 26 « criminels armés », après un dernier face-à-face meurtrier. La confrontation aurait pu néanmoins connaître un bilan plus sanglant : en plus de l’annonce de l’imminente aide du Kremlin, le laconique président avait autorisé ses hommes « à tirer pour tuer », dans le but de mettre un terme aux hostilités. 

« L’opération de contre-terrorisme » toujours d’actualité

Si un certain calme paraît revenir peu à peu dans le pays, notamment avec la remise en activité des transports publics et d’Internet à Almaty lundi 10 janvier, l’ex-république soviétique reste en proie à un sursaut de brutalités. Depuis le 2 janvier, plusieurs milliers de civils et 300 policiers ont été blessés, et des dizaines de morts au moins sont à dénombrer dans les deux camps. Même si 164 personnes ont, au minimum, perdu la vie, et que des milliers d’autres souffrent de blessures, « la situation est aujourd’hui stabilisée dans toutes les régions », assure le ministre de l’Intérieur Erlan Turgumbayev. Cependant, « l’opération de contre-terrorisme se poursuit [au côté des forces russes], toujours présente en soutien de l’armée locale. »

Lundi 10 janvier, la presque dictature d’Asie centrale affirmait détenir « 7 989 individus », dont Karim Massimov, l’ancien chef du comité de sécurité nationale du Kazakhstan, qui a été arrêté samedi 8 janvier pour « soupçons de trahison ».

 

Noé Kolanek

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