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06H30 - mardi 11 janvier 2022

Francine Cousteau, une vie d’amour et d’eau fraiche

 

Femme de tête et aventurière pionnière, l’épouse du commandant Cousteau reste une femme discrète, mais qui mène les œuvres de son défunt mari d’une main de maître. Et pour cause ! La mer, elle la pratique depuis de nombreuses années. Mais plus généralement, la question de l’eau reste au cœur de ses préoccupations quotidiennes. Selon Francine Cousteau, cette ressource, essentielle à nos vies et au développement des civilisations, est disponible, en quantité. Le problème vient plutôt de son accès et de sa gestion. Nous avons rencontré une femme exceptionnelle qui continue à faire vivre l’esprit du Pacha et de la fière Calypso.

Née Francine Triplet, cette linguiste hors pair a effectué des études de droit et d’interprétariat en japonais, espagnol, anglais et français, avant de commencer sa carrière comme hôtesse de l’air chez Air France. Cette vie professionnelle au gré des voyages l’incite à se porter volontaire en 1975 pour participer aux évacuations de Vietnamiens fuyant l’avancée de l’armée communiste. Alors basée à Bangkok, elle côtoie les réfugiés à Hô Chih Minh et se souvient encore aujourd’hui « de la guerre, des ponts détruits, des ravins et des ravages ». Dans les années 70, elle assiste aussi à l’exil du shah obligé de s’échapper de Téhéran et au coup d’État au Chili quand le Président Allende se fait renverser par Pinochet. Ces expériences marquent les débuts de son engagement et la poussent à toujours éviter les conflits et résoudre les problèmes. Ses objectifs professionnels évoluent et elle gère une équipe de 250 personnes puis devient responsable des voyages présidentiels.

En parallèle, elle croise celui qu’elle nomme encore « Cousteau ». Cette rencontre marquera le reste de son existence puisqu’il l’entrainera dans sa vie et dans sa folle conquête des océans. Elle sera l’une des premières femmes à plonger dans l’Arctique en plein hiver — dans des combinaisons inadaptées aux formes féminines et à sa taille filiforme, elle s’arrêtera souvent au bord de petites routes pour sortir les cordages et plonger à la recherche de crabes et de phoques, de gros poissons et d’incroyables cétacés. « J’aimais ce sport et observer la façon dont les personnes se comportaient dans les différents pays », explique-t-elle. Mais surtout, Francine Cousteau évoque, les yeux brillants, ce monde extraordinaire des profondeurs et de la faune qui y réside.

Aux côtés de Jacques-Yves Cousteau, elle participe à l’écriture de 21 films et quitte bientôt définitivement Air France pour se consacrer au développement des programmes jeunesse de la fondation Cousteau.

Bien que ne s’intéressant pas particulièrement à la politique, elle s’engage corps et âme pour défendre les sujets qui lui tiennent à cœur. Ainsi, depuis 1997, elle préside les associations Équipe Cousteau et The Cousteau Society et a mis, depuis cinq décennies, l’eau au centre de sa vie. Aujourd’hui, la gestion de cette ressource tant convoitée constitue le cœur de ses préoccupations. Y compris en France. « Tous les fleuves qui coulent dans l’Hexagone sont français, à l’exception de l’Oise qui est belge, expose-t-elle. On devrait donc avoir tous les moyens d’assainir l’eau et gérer sa distribution ». Elle s’alarme entre autres des écoulements en provenance des usines, de la pollution de l’industrie agroalimentaire, de la présence d’engrais et de pesticides. « Les lisiers bretons qui se déversent dans les cours d’eau ou directement dans l’océan, produisent des algues nocives pour les animaux et tout le biotope, fulmine-t-elle, et montrent bien la gestion défaillante de cette ressource essentielle ».

Pourtant, d’après Francine Cousteau, nous disposons des techniques et des techniciens de haut niveau pour ne rejeter dans les océans que de l’eau propre. Ne manquent que les moyens et de courageuses décisions politiques. « Tous les acteurs liés à l’eau doivent se saisir du problème, de même, industriels et agriculteurs doivent faire face à leurs responsabilités », estime-t-elle. « On peut enrichir notre pays en créant des emplois dans ce secteur et donner l’exemple », insiste-t-elle. 

 

En effet, la presse s’émeut souvent des difficultés d’accès à l’eau en Afrique, mais Francine Cousteau affirme que la ressource existe, contrairement à la croyance populaire. Huit fleuves importants coulent sur le continent, mais le manque de main-d’œuvre qualifiée, les agents polluants qui y sont déversées et surtout l’absence de volonté politique pour protéger cette précieuse ressource et la gérer en bonne entente entre les différents états frontaliers, rendent plus fragiles l’exploitation de l’eau potable en Afrique. « De toute façon, tous les problèmes de la planète commencent avec l’accès à l’eau douce », martèle-t-elle. Étonnamment, les sous-sols du Sahara regorgent d’eau, mais il faudrait des accords transfrontaliers pour les utiliser à bon escient. De la même façon, le lac d’Ourmia en Iran était auparavant un lieu de villégiature en été, jusqu’à ce que des puits soient creusés pour l’agriculture, acidifiant et asséchant la majeure partie du lac qui s’est réduit comme peau de chagrin. La mer d’Aral en Asie centrale rencontre un problème similaire. Les rivières sont captées par la culture du coton et 80 % de l’étendue d’eau a déjà disparu. « Il est donc nécessaire d’éveiller les consciences citoyennes, industrielles et politiques pour que l’eau soit intelligemment gérée et partagée ». Espérons que ce vœu se réalise au cours de cette nouvelle année…

 

Deborah Rudetzki

Directrice de la Rédaction

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