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06H00 - mercredi 11 août 2021

Fièvre Kati-Thanda au XXIIème siècle

 

Au cours (et au coeur) de ce mois d’août, pour vous changer les idées, vous effrayer et/ou vous rassurer, Opinion Internationale vous offre des extraits du livre de Raymond Taube et Patrice Cristofini « eSanté et Intelligence artificielle : entre promesse du meilleur et crainte du pire » (édition Maïa). Mêlant essai (pour le présent) et fiction romanesque (pour le futur), l’ouvrage expose de manière originale et disruptive un des grands challenges de l’humanité…

 

Tuer l’humanité en voulant terrasser la mort (d)

L’homme était parvenu à vaincre les maladies, puis la mort, conquête dont ne bénéficiait qu’une poignée de privilégiés, du moins croyaient-ils qu’il s’agissait d’un privilège. Le premier cas de ce qu’on appela bientôt la fièvre Kati-Thanda, du nom d’un lac de l’Australie méridionale dont on pensa que le virus était issu, fut officiellement déclaré à Oodnadatta, un petit hameau aride situé à moins de 300 kilomètres au nord-ouest du lac, le 17 août 2117. Le patient, Norman Carpenter, présentait des symptômes qui firent d’abord penser à une forte grippe, ou à une Covid résultant une nième mutation du coronavirus SARS-CoV-2, à l’origine de la pandémie qui avait couté la vie à près d’un milliard de personnes au siècle dernier. Il entra en cabine de téléconsultation et fut examiné à distance par un médecin virtuel de Melbourne qui lui prescrit… du paracétamol. Mais la fièvre ne tomba pas, bien au contraire. D’autres symptômes s’y ajoutèrent, comme une grande fatigue, des douleurs musculaires, la perte de l’odorat et du goût. Norman Carpenter prit à nouveau contact avec l’unité médicale de Melbourne, qui lui refusa toute hospitalisation, car il n’avait ni assurance ni moyen de régler les frais médicaux. Sa fille Emma décida alors de financer un transfert en aéronef vers un hôpital d’Adélaïde, ou son père attendit néanmoins deux heures au service des urgences avant d’être pris en charge par un médecin, probablement un Zuini, qui l’occulta en cinq minutes et accepta de l’hospitaliser pour de plus amples examens, grâce à un paiement cash et par avance des frais par Emma Carpenter.

48 heures plus tard, l’état de Norman Carpenter s’était considérablement dégradé, mais l’ordinateur de l’équipe de soins fut incapable d’établir un diagnostic précis. Il se contenta de fournir une liste d’affections possibles avec en tête, le virus Ebola, apparu en 1976 et qui avait notamment sévi en Afrique de l’Ouest un siècle plus tôt, vers 2015. De nombreux symptômes affectant le patient correspondaient effectivement à ceux de cette pathologie : fièvre pouvant dépasser 40° et résistant à l’aspirine et au paracétamol, état léthargique, douleurs musculaires, vomissements, éruptions cutanées et surtout, diarrhée sanglante évoluant vers des hémorragies internes et externes. Il fut alors transféré en chambre stérile, totalement coupé du monde extérieur, mais il était évidemment trop tard, pour lui, comme pour tous ceux qui avaient été en contact avec lui, ce que l’on ignorait encore à ce moment.

Aucun des traitements permettant de venir à bout du virus Ebola, ni d’ailleurs aucune autre médication ne permit de le sauver. Il décéda moins d’une semaine après l’apparition des premiers symptômes. Les autorités sanitaires australiennes conclurent que le virus Ebola ne pouvait être la cause du décès, que celle-ci était indéterminée, mais qu’il pouvait s’agir d’un empoisonnement, quand bien même aucune substance suspecte n’avait été trouvée dans l’organisme du défunt. À vrai dire, aucune substance n’y avait été recherchée, car la victime était un pauvre alcoolique déjà atteint de plusieurs pathologies chroniques, sans assurance maladie, et dont la fille certes généreuse était arrivée au bout de l’aide matérielle qu’elle pouvait prodiguer à son père, a fortiori après qu’il fut passé de vie à trépas. ll va sans dire que Norman Carpenter ne bénéficiait d’aucun implant bionique connecté et qu’il eut fallu procéder à une autopsie « à l’ancienne » pour déceler la véritable cause de sa mort : un coronavirus nouveau, terrifiant, lointain cousin du SARS-CoV-2. Un virus qui mutait en permanence, dégénérant ainsi en une sorte de cancer fulgurant et hautement contagieux, contre lequel il n’existait aucun remède ni vaccin. Il allait bientôt décimer les deux tiers de l’humanité et être le fait déclencheur de la Grande Guerre qui acheva le tiers restant.

 

Raymond Taube et Patrice Cristofini.

Extrait de « eSanté et intelligence artificielle : entre promesse du meilleur et crainte du pire »

Disponible chez votre libraire ou sur le site de l’éditeur Maïa

Directeur de l'IDP - Institut de Droit Pratique / rédacteur en chef d’Opinion Internationale

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