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06H00 - lundi 9 août 2021

Connecter les neurones

 

Au cours (et au coeur) de ce mois d’août, pour vous changer les idées, vous effrayer et/ou vous rassurer, Opinion Internationale vous offre des extraits du livre de Raymond Taube et Patrice Cristofini « eSanté et Intelligence artificielle : entre promesse du meilleur et crainte du pire » (édition Maïa). Mêlant essai (pour le présent) et fiction romanesque (pour le futur), l’ouvrage expose de manière originale et disruptive un des grands challenges de l’humanité…

 

Tuer l’humanité en voulant terrasser la mort (b)

D’un point de vue symbolique, je crois qu’il est possible de dater le début de la fin : en 2004 démarra le projet Human Brain Project (HBP), sous l’égide de la très sérieuse École polytechnique fédérale de Lausanne, en Suisse. Le projet fut dirigé par le non moins sérieux professeur Henry Markram, puis financé à hauteur d’un milliard d’euros, l’ancienne monnaie de feu l’Union européenne, par ladite union, donc avec la complicité et même les encouragements des politiques. Des centaines de chercheurs sur toute la planète y apportèrent leur concours, si bien qu’en 2022, les quelques 200 millions de neurones et toutes les connexions qui composent le cerveau du rat furent modélisées. Un siècle plus tard, l’humanité s’éteindra, et je ne saurais dire si les rats lui survivront.

La difficulté la plus grande à laquelle fut confrontée l’équipe de Lausanne fut la modélisation des connexions. L’opération nécessita d’innombrables calculs, notamment de probabilité, en fonction de la forme de chaque neurone et d’autres données comme la longueur des axones ou l’intensité des courants électriques, le cerveau étant avant tout une formidable usine électrochimique. Pourquoi les neurones se connectent-ils dans certains cas et pas dans d’autres ? Répondre à cette question apporte la clé de la véritable compréhension du cerveau. À cette époque, les ordinateurs étaient encore binaires, donc extrêmement lents et peu performants : à peine une cinquantaine de téraflops malgré l’utilisation simultanée de plus de 16.000 processeurs pour ce qui est de la machine IBM utilisée par l’équipe du professeur Markram.

Deux ans plus tard, le projet reçut un considérable coup d’accélérateur, avec la mise à disposition d’un ordinateur quantique spécialement programmé pour les besoins du projet HBP, d’une puissance d’un million de téraflops, rapidement remplacé par un modèle six fois plus puissant. Dès lors, l’objectif à très court terme devint la modélisation intégrale du cerveau humain avant la fin de la décennie. Officiellement, personne n’évoquait la création d’un être humain artificiel, ni même d’un cerveau doté des pleines capacités de son modèle humain. Personne ne voulait ouvertement jouer au docteur Frankenstein, même si les jeunes chercheurs présents sur le campus désignaient parfois ainsi le professeur Markram. Officiellement, il était seulement question de mieux détecter, comprendre et soigner les maladies du cerveau, en particulier les maladies neurodégénératives comme Parkinson ou Alzheimer, ainsi que les maladies mentales : de la dépression à la schizophrénie en passant par l’autisme, l’on pourrait enfin traiter en profondeur les causes du mal plus que les symptômes. Le projet HBP s’inscrivait dans la lignée des recherches sur la santé numérique, la e santé comme on disait alors, à des fins purement thérapeutiques. Certes, on imaginait que de telles recherches pourraient à terme conduire à la réalisation de prothèses neuronales susceptibles de compenser au moins partiellement la perte de certaines fonctions cérébrales, par exemple à la suite d’un accident. Mais la finalité des recherches a toujours été sanitaire, en parfaite connaissance de la singularité du cerveau. Il n’est pas un organe parmi d’autres : 100 milliards de neurones reliés par 10.000 milliards de synapses, c’est autre chose qu’une rotule ou un tibia ! Même modélisée et numérisée, ce n’est pas avec une imprimante 3D que l’on construira une prothèse neuronale, fut-elle dévolue à une fonction unique. Quant à un cerveau entier, on n’y songeait même pas. Officiellement, du moins.

… En 2038, le projet américain New Frontier, concurrent du projet suisse HBP, prit une tournure inattendue 

Raymond Taube et Patrice Cristofini.

Extrait de « eSanté et intelligence artificielle : entre promesse du meilleur et crainte du pire »

Disponible chez votre libraire ou sur le site de l’éditeur Maïa

Directeur de l'IDP - Institut de Droit Pratique / rédacteur en chef d’Opinion Internationale

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