Moyen-Orient
17H33 - lundi 14 juin 2021

Nouveau premier ministre d’Israël, Naftali Bennett ou l’ambition d’un homme de foi

 

© Mati Milstein

Issu d’une grande lignée de rabbins et descendant direct de Rachi, célèbre talmudiste, né à Troyes (en Champagne) au xie siècle, saura-t-il marquer l’histoire de l’État d’Israël comme son aïeul le judaïsme ? Nul ne peut le prédire. 

Cependant, pour le moment, la plupart des Israéliens ne donnent pas cher de son avenir. Et si hier soir, la Knesset a voté la confiance dans son futur gouvernement, le 36e de l’État hébreu, faisant de lui le 13e Premier ministre du pays, il le doit au jeu politique plus qu’à sa popularité, en constante baisse d’ailleurs depuis les dernières élections. Ses partisans lui reprochant d’avoir trahi ses convictions par ambition personnelle, ses opposants redoutant qu’il profite de sa position pour avancer couvert et promouvoir un programme qu’ils contestent avec véhémence. 

Aussi, de part et d’autre de l’échiquier politique, on lui reproche son manque de légitimité – son parti n’a gagné que six sièges sur cent vingt au parlement israélien – et son opportunisme – après avoir dirigé de 2006 à 2008 la campagne de Netanyahou et obtenu, au fil des ans, différents portefeuilles au sein de ses gouvernements, il aurait fait sécession afin de lui arracher les rênes de l’État.

Bien que certains n’hésitent pas à s’ériger en oracles, nul ne peut décemment prétendre savoir comment Bennett s’acquittera de ses fonctions. Cependant, pour se forger une opinion éclairée, et mieux cerner sa personne, il n’est pas inutile de connaître son parcours.

Aucun doute, Naftali Bennett est un homme d’ambition. Et d’excellence aussi. Enrôlé dans l’armée, comme tout jeune Israélien, fille ou garçon, à l’âge de dix-huit ans, il a servi six ans, trois années au-delà de son service obligatoire, dans une unité d’élite, de renseignement et de lutte contre le terrorisme, avec les grades de commandant de peloton puis de compagnie. Au terme de ses années de service, il a suivi des études de droit et d’économie à l’Université hébraïque de Jérusalem – dont il est sorti diplômé en 2001 –, tout en travaillant, en tant que jardinier d’abord puis directeur de qualité des programmes dans le domaine des hautes technologies, avant de s’essayer à l’entreprenariat. Ainsi, encore étudiant, en 1999, il lançait avec des partenaires une start-up, Cyota, spécialisée dans la protection des données, où il a exercé la fonction de directeur général de 2001 à 2006 et dont la vente en 2005 à RSA Security a rapporté 145 millions de dollars. Un début de carrière brillant qui ne doit rien au hasard, puisque, entrepreneur en série, il a soutenu, conseillé, managé ensuite avec succès différentes compagnies.

« Embarqué » en politique par Ayelet Shaked, aujourd’hui sa seconde, en 2005, il a dirigé, à titre gracieux et parallèlement à ses activités lucratives, la campagne des primaires du Likoud pour Benjamin Netanyahou. Les deux étaient alors politiquement en phase. Un conflit personnel a eu raison de leur entente, ce qui n’a pas empêché Bennett d’accepter les portefeuilles des affaires religieuses, de la diaspora, de la question de Jérusalem, de la défense, de l’éducation, des implantations dans les gouvernements successifs de Netanyahou. 

Quoi qu’il fasse donc, Bennett se retrouve toujours au sommet. Mais qu’en est-il des positions de celui qui se situe, selon ses propres dires, à droite de Netanyahou ?

Ce n’est qu’en 2010 que son orientation s’est clairement affirmée. Il s’est alors engagé en faveur des implantations de Judée Samarie, prenant la tête, le 31 janvier, d’une association de défense de ces localités. La même année, en avril, il créait « mon Israël » mouvement de « hasbara » – explication en hébreu – pour promouvoir le sionisme. En 2012, il fondait le parti Les Israéliens, dont l’objectif était d’unir laïcs et religieux pour le bien de la nation, avant de rejoindre, la même année, Le Foyer Juif, parti sioniste religieux dont il a pris la tête quelques mois seulement plus tard.

Depuis, sa pensée et son idéologie se sont encore précisées. Il s’est positionné contre la « solution à deux États », prônant la coexistence entre Juifs et Arabes israéliens, égaux en droits, considérant que « la paix se gagne par la base », dans un quotidien partagé. Il défend une armée forte et répressive « si nécessaire », ainsi que le maintien d’une Autorité palestinienne autonome, mais sous haute surveillance et s’oppose catégoriquement à la libération de terroristes en échange d’otages israéliens ou de leurs dépouilles. Enfin, dans son programme, il envisage le retour de Gaza sous l’autorité égyptienne comme avant la guerre des Six Jours (en juin 1967).

Sa fermeté en matière de terrorisme et son soutien aux implantations juives en Judée Samarie lui ont valu la (petite) victoire de son parti aux élections. Mais son alliance récente avec des partis de gauche, centristes et le parti islamiste Ra’am, pour former la coalition qui lui a acquis le pouvoir, a gravement sapé sa crédibilité auprès de ses sympathisants.

Alors, Bennett a-t-il vraiment sacrifié ses convictions sur l’autel de son ambition ? Ou cet homme plein de ressources veut-il, comme il le clame, créer le changement ? Entouré des 27 ministres de son gouvernement, saura-t-il trouver les moyens de rassembler ce pays en proie à de violentes tensions, bâtir de nouvelles bases pour un meilleur vivre-ensemble et œuvrer pour la paix ? Le suspense est complet.

 

Catherine Fuhg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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