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03H40 - samedi 12 juin 2021

Mina Kheiri, journaliste assassinée : en Afghanistan la peur grandit

 

Le 3 juin, elle a terminé son émission et elle est rentrée chez elle. Avec sa mère et sa sœur, elle est ressortie pour acheter de la nourriture en prenant un taxi minivan, un moyen de transport très répandu à Kaboul. 

Mina Kheiri, journaliste d’Ariana News d’Afghanistan, et sa mère ne sont pas revenues chez elles, elles ont été tuées dans une explosion. 

Le corps de Mina Kheiri a été complètement brûlé et son identité n’a pu être confirmée que par des tests ADN. 

Sa sœur, qui faisait également partie des blessés dans l’attentat et qui avait été hospitalisée, est décédée des suites de ses blessures le 6 juin. 

Mina Kheiri avait commencé à travailler avec les réseaux Ariana et Ariana News en mai 2017 en tant qu’animatrice et présentatrice d’émissions de radio et de télévision, elle était une présentatrice éminente et appréciée pour sa constance. 

Élevée dans une famille éclairée et intellectuelle, titulaire d’une licence en économie, elle avait 23 ans, elle avait toujours voulu faire du journalisme et être présentatrice. Elle a commencé par faire des doublages, puis a présenté des programmes politiques et des rubriques sociales. Elle faisait des émissions d’animation à la radio qui avaient un niveau d’audience élevé.

Depuis plusieurs mois, les attentats ciblant des journalistes, des représentants des médias et de la presse étaient nombreux.

En un an, 11 journalistes afghans ont été tués et 50 ont quitté le pays en raison des menaces croissantes les visant, dont 15 femmes, selon « Ney », une agence qui soutient les médias libres afghans.

Dans un récent rapport, cette agence a examiné la situation des journalistes. Selon cette évaluation, le travail des femmes journalistes qui représentaient 17 % des employés des médias est maintenant principalement cantonné aux bureaux. L’évaluation de l’agence, publiée le vendredi 12 mars 2021, montre que 50 médias en Afghanistan ont fermé et 200 femmes journalistes ont démissionné. Le nombre de femmes employées dans les médias est donc passé de 1 900 à 1 700 au cours de l’année 2020.

Les médias en Afghanistan sont très récents et se sont développés de façon fulgurante depuis les 20 dernières années, la plupart des journalistes sont des jeunes, ils sont brillants et pertinents dans les émissions ou les interviews politiques et interpellent avec beaucoup de finesse les décideurs, les chercheurs du pays, mais aussi les acteurs internationaux sur les questions de gouvernance, de guerre et de processus de paix. Une liberté de la presse et des médias très singulière qui est appréciée dans cette région.

Hélas, le journalisme et la liberté d’expression sont d’autres angles d’attaque des talibans. Les acteurs des médias ont peur pour leur vie et la vie de leur famille. Leur situation est précaire parce qu’ils ne peuvent pas exercer pleinement un métier qui devrait les faire vivre. Leur moral est au plus bas.

Ils ne sont pas les seuls, en effet, par ici nous évoquons peu la situation des militaires de l’armée afghane. Ils n’ont pas le moral non plus, pourtant le moral fait autant partie de la puissance de combat que l’équipement et la technologie. En annonçant le retrait des troupes, le Président Biden a déclaré qu’il continuerait à aider les forces de sécurité afghanes. Pourtant, la conduite du retrait s’oriente vers une contradiction désastreuse de ses promesses.

L’incertitude actuelle mine le moral et pourrait affaiblir gravement l’armée afghane au moment même où les attaques des talibans font rage. 

« L’armée afghane dépend de la technologie pour une grande partie. C’est ainsi que nous combattons, et c’est ainsi que les Afghans ont été formés. Mais la technologie nécessite un entretien qui a été effectué par des entrepreneurs américains qui doivent maintenant partir, en même temps que les troupes. Sans entretien approprié, les hélicoptères et les avions de soutien au combat afghans cesseront bientôt de voler. Sans maintenance, les radars de contrôle de tir ne pourront pas guider des tirs d’artillerie précis. Et la liste continue. » (Article de Ronald E. Neumann ancien ambassadeur des États-Unis en Afghanistan de 2005 à 2007 : « La confusion d’un retrait précipité des États-Unis d’Afghanistan pourrait conduire à un désastre » Washington Post 04/06/2021).

« Et si l’armée s’effondre, ce sont les femmes afghanes, les journalistes, les juges, les militants pour la démocratie et autres – les mêmes personnes qui sont aujourd’hui régulièrement assassinées – qui seront laissés à la merci des talibans », conclut Ronald E. Neumann.

Le père de Mina a déclaré : « Il n’y a plus de femmes dans ma maison. Il y en avait trois. Ma femme avec mes deux filles. Le crime et le génocide les ont emportées toutes les trois. ».

En effet, elle faisait partie de la minorité des Hazâras.

Le 8 juin dernier, des assaillants “non identifiés” ont tué 10 démineurs et en ont blessé 14 autres à Baghlan. Dans une vidéo diffusée par la police de Baghlan, l’un des survivants de l’attaque a déclaré qu’avant la fusillade ces hommes armés leur avaient demandé si parmi eux il y avait des Hazâras.

Cette petite fille Hazâra tachée de sang, sortie indemne d’un autre attentat perpétré contre son école, demande à la communauté internationale d’établir la paix en Afghanistan afin qu’elles puissent aller à l’école en toute sécurité. 

Compte tenu du nombre d’attentats fréquents visant cette minorité (chiite), des voix s’élèvent pour réclamer que les assassinats ciblant les Hazâras soient reconnus comme un génocide. Le hashtag #StopHazaraGenocide grimpe dans le top des tendances de Twitter.

 

Fahimeh Robiolle

 

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