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09H05 - mercredi 27 janvier 2021

Le Voyage de Cilka ou l’histoire d’une maudite bénédiction

 

Le Voyage de Cilka de Heather Morris est à paraître aux éditions Charleston le 14 avril prochain. A découvrir dès à présent en exclusivité chez France Loisirs Le Voyage de Cilka – Livre – France Loisirs.

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C’est à Auschwitz Birkenau, en devenant l’objet de l’Obersturmführer Schwarzhuber qui la distingue entre toutes, que Cecilia Klein dite Cilka, Juive slovaque de seize ans à peine, prend conscience de sa beauté. Elle réalise aussi, en cette funeste occasion, que cette chance a un prix.

Cilka est arrivée, jeune fille encore innocente, par convoi, il y a trois mois, au camp d’extermination, quand le commandant SS jette son dévolu sur elle. Maintenant, elle lui appartient. Ainsi, découvre-t-elle bientôt qu’elle peut « se réduire à quelques membres, de l’os, du muscle et de la peau. […] C’est peut-être la même chose que lorsqu’elle était enfant et qu’elle s’écorchait le genou : elle avait beau voir le sang, son esprit mettait longtemps à ressentir la douleur. »

Pour ne pas qu’elle « s’abîme », le maître octroie quelques faveurs à son esclave sexuelle. Ainsi, bien que souillée, humiliée, par son bourreau, mieux vêtue et nourrie que les autres détenues, elle est considérée par les siens comme privilégiée. Kapo. Collaboratrice. Elle doit donc endurer, seule et honteuse, son calvaire. Mais lorsque l’Armée rouge entre enfin dans le camp et qu’un soldat aux « cheveux blonds qui s’échappent de sa casquette », et « aux joues rebondies » la fixe de ses yeux clairs pour lui annoncer qu’elle est libre, qu’elle n’a plus rien à craindre, Cilka ose se réjouir et le croit.

Elle comprend bientôt son erreur.

En tant que Juive et femme, Cilka a doublement subi la machine de haine nazie. Pourtant, ses libérateurs ne le voient pas de cet œil-là. Pour les relations « coupables » qu’elle a « entretenues » avec l’officier ennemi, ils la condamnent à quinze ans de travaux forcés en Russie. Quinze années de goulag pour n’avoir pas refusé son corps au tortionnaire. Quinze années de goulag pour avoir survécu. Le viol lui a volé son statut de victime.

Au-delà des faits historiques et de la barbarie, nazie ou soviétique, ce roman pose crument la question, tristement actuelle, en vérité, du consentement.

Avec son premier livre, Le Tatoueur d’Auschwitz, Heather Morris a commencé un cycle de mémoire autour de la Shoah. Témoignage de Lale Sokolov, ancien déporté juif slovaque, chargé par les nazis de tatouer aux femmes leur numéro de matricule lors de leur arrivée au camp d’extermination, cet ouvrage a bouleversé des millions de lecteurs à travers le monde. Dans Le Voyage de Cilka, nous ne croisons que furtivement le tatoueur d’Auschwitz, le temps pour lui de marquer le bras gauche de Cecilia Klein. Mais c’est de son témoignage encore que s’inspire ce roman – pour la partie qui se déroule dans le camp de la mort. Lui qui survécut en enfer dira au sujet de Cilka : « Elle était la personne la plus courageuse que j’ai jamais connue ».

 

Catherine Fuhg

 

 

 

 

 

 

 

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