Edito
09H05 - vendredi 23 octobre 2020

Le nouveau jeu planétaire : le yoyo confinement / déconfinement. L’édito de Michel Taube

 

Personne, ou presque, n’y avait prêté attention : au cœur de la première vague de Covid-19, le 14 avril dernier, la revue scientifique américaine Science publiait un article relayé sur Tweeter concluant à la nécessité d’un confinement par intermittence, seule forme de distanciation sociale permettant d’éviter la saturation du système de santé.

Si la France, avec ses seuls 5000 lits de réanimation et son administration obèse, souffre de plusieurs handicaps spécifiques, force est de constater que l’exemple allemand, avec cinq fois plus de lits ainsi équipés, est plutôt une exception au niveau mondial. Le yoyo du confinement risque par conséquent de devenir un « jeu » planétaire. En attendant une politique « agressive » d’hygiène et de prévention comme savent le faire les pays du sud-est asiatique, Japon, Taïwan et Corée du sud en tête.

Les gouvernants ont tous l’œil rivé sur deux indicateurs : le taux d’occupation des lits de réanimation par des malades Covid, et le taux de récession (et non plus de croissance !) économique. Le premier est encore prioritaire, car l’issue est trop souvent fatale pour nombre de personnes intubées, et que sans réanimation, les malades sévèrement atteints risquent une mort atroce, par suffocation. Le second indicateur peut devenir le plus important si la mise sous perfusion de l’économie par un endettement abyssal devait connaître ses limites, avec pour conséquence des millions de chômeurs, une explosion de la pauvreté, de la misère et de la délinquance, un effondrement social et politique, dont les conséquences même sanitaires seraient plus graves encore qu’une épidémie de Covid hors de contrôle.

Bien que le Premier ministre ne l’a pas annoncé lors de sa dernière conférence de presse du 22 octobre, le couvre-feu pourrait prochainement être avancé à 19h, selon RTL, car les indicateurs sont déjà au-delà du rouge, et qu’il demeure trop « d’irresponsables » qui ne respectent pas les gestes-barrières, le port du masque en particulier, même dans des endroits aussi clos que le métro ou le bus. Mais la situation s’aggrave, et aux dires de Jean Castex, la crise est partie pour durer. 54 départements (et donc 46 millions de Français) sont désormais soumis au couvre-feu de 21 heures à 6 heures du matin.

Mais le couvre-feu avancé, étendu ou renforcé, si tant est que les pouvoirs publics aient les moyens et la volonté de le faire respecter (en dépit des 4000 premières verbalisations annoncées par Jean Castex, ce qui est un chiffre ridicule au regard de la taille du pays et du nombre de contrevenants), risque de se montrer rapidement insuffisant pour endiguer la montée de l’épidémie. Le Premier ministre a d’ailleurs laissé entendre qu’on pourrait ne pas en rester là. L’Irlande a été le premier pays d’Europe à revenir au confinement pur et dur. D’autres suivront, d’autant plus que hors d’Europe, l’exemple israélien semble donner raison aux experts de la revue Science : le 18 septembre, le reconfinement total y fut imposé à la population, malgré des réticences et des résistances jusqu’au sein du gouvernement. Un mois plus tard, l’heure est à la sortie progressive dudit confinement, qui visiblement a porté ses fruits.

Jusqu’à la disponibilité d’un vaccin à grande échelle et d’une prise de conscience en matière de prévention et d’hygiène, il faudra sans doute se résoudre au yoyo du confinement/déconfinement, dont la cadence et l’ampleur dépendront de nos comportements, en particulier le port systématique du masque sur la bouche ET le nez (à quand de lourdes amendes pour les réfractaires, comme en Italie ?), de la simplicité et la rapidité du dépistage (à quand la généralisation des tests salivaires et des chiens renifleurs ?), mais aussi des mesures de prévention qui devraient être appliquées dans tous les lieux accueillant du public. On s’étonne, par exemple, que de nombreux supermarchés n’imposent pas le nettoyage des mains à l’entrée de l’établissement et la prise de température ni ne désinfectent les chariots, alors qu’il est démontré que le virus est actif plusieurs jours sur certaines surfaces.

Il est vraisemblable qu’une parfaite discipline individuelle et collective permettrait d’échapper au confinement. Comment éviter que le confinement intermittent ne débouche sur un désastre économique ? Il faudra non seulement assouplir considérablement le télétravail, y compris au sein des services publics (le scandale de la justice presque à l’arrêt ne peut se reproduire), mais aussi faire preuve d’imagination et d’innovation dans l’organisation du travail. « Se faire un resto » pourrait consister à se faire livrer, comme cela se fait naturellement pour des sushis ou des pizzas. Les films récents pourraient être proposés en VOD avec un mécanisme d’indemnisation des salles. À l’image des compétitions sportives, les spectacles vivants, comme les concerts et les pièces de théâtre, pourraient aussi se dérouler à huis clos, et être diffusés en direct, par le circuit de la VOD… La e santé et la e-formation devraient être encouragées et facilitées, ce qui implique un allègement règlementaire (encore et toujours !).

Mieux, plus le prix économique et social sera fort, et plus les Français se rendront compte qu’ils doivent se convertir à une hygiène de vie et à une santé publique placée sous le sceau de la prévention.

L’État ne peut tout faire, mais il doit accompagner les initiatives privées et non les entraver, comme il le fait encore tantôt. Vaincre le virus est une mission scientifique. Mais minimiser les dégâts sanitaires et économiques de l’épidémie une tâche collective. Personne ne peut être autorisé à jouer contre son propre camp. 

 

Michel Taube

 

 

 

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Directeur de la publication

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