Edito
11H49 - mercredi 30 septembre 2020

Macron face à l’islamisme : des frappes à l’étranger, rien que des mots en France ? L’édito de Michel Taube

 

 

Ce devrait donc être aux Mureaux dans les Yvelines. C’est dans cette ville concernée par l’ensemble des thématiques traitées dans le futur projet de loi contre les séparatismes (politique de la ville, lutte contre l’islam radical, intégration) qu’Emmanuel Macron dévoilera, selon des informations concordantes, sa pensée profonde sur la lutte contre l’éclatement de la société française sous le coup des communautarismes et particulièrement d’un Islam radical qui sait se faire violent.

Aux Mureaux et non à Lunel dans l’Hérault, ancienne place forte du recrutement de Français djihadistes, et encore moins sur l’Esplanade des religions à Bussy-Saint-Georges, trop œcuménique en somme en ces temps de crise et de crispations.

Que dira Emmanuel Macron vendredi dans ce qui aurait dû être, s’il avait été tenu en temps et en heure, LE discours de son quinquennat ? Opinion Internationale s’est essayé, à deux reprises déjà, de proposer le discours qu’aurait pu, que pourrait, tenir le chef de l’Etat pour raviver la laïcité en France. Version longue, version courte.

Mais au fond, la lutte contre l’Islam radical est-elle encore une question de discours, de grands principes et de valeurs à réaffirmer certes sans cesse ?

Dans un excellent article du Figaro « Comment Macron mène ses guerres secrètes », Vincent Nouzille, auteur du fort utile « Les tueurs de la République » chez Fayard, expliquait comment Emmanuel Macron a endossé le costume de chef des Armées, en pilotant avec sang-froid et détermination les opérations militaires au Sahel, en particulier les éliminations ciblées appelées « neutralisations ».

La méthode est dénoncée par ceux qui dénient à un État de droit celui de se défendre pour préserver sa pérennité et ses valeurs. Elle est pourtant le plus équitable et la moins sanglante des méthodes de guerre. Car il s’agit bien d’une guerre contre le terrorisme islamique dans laquelle nous sommes engagés, et une guerre ne laisse pas une grande place à la logique judiciaire.

Là où la France et d’autres démocraties ciblent les chefs terroristes, nos ennemis pratiquent le massacre aveugle, tout particulièrement contre les populations civiles. Certes, un chef djihadiste est vite remplacé, mais la crainte d’une frappe française ou américaine par drone ou missile oblige ces individus à vivre cachés, terrés. Elle entrave leur liberté de mouvement et celle de leurs troupes, et leur fait comprendre que leurs crimes ne resteront pas impunis. François Hollande ne s’était pas privé d’y recourir. Emmanuel Macron reprend ce flambeau. Bravo !

Et bravo aux militaires et aux forces de sécurité français qui font le sale boulot rendu nécessaire et vital par les petites trahisons et les multiples renoncements de notre société.

Le problème est que cette guerre se déroule aussi et de plus en plus sur le sol français. Des centaines d’innocents y sont tombés depuis dix ans. Trente-deux attentats terroristes ont été déjoués depuis trois ans, soit un par mois, dans l’Hexagone. Pas à l’étranger. Chez nous. Dans notre bonne France. Pire, des meurtres, des crimes contre l’humanité commis trop souvent par des Français.

On souhaiterait voir le chef de l’État aussi déterminé à lutter contre le terrorisme en France même, ce qui suppose de faire également front contre l’idéologie qui le nourrit. C’est là que le bât blesse. Un prêcheur salafiste ou un leader des Frères musulmans qui prône le séparatisme, même s’il n’organise pas lui-même des actes terroristes, est un chef de guerre qu’il faut empêcher de nuire. Mohamed Merah, islamiste qui n’avait de français que les papiers, fut éliminé sur le sol français. Celui de ses frères qui l’avait endoctriné fut arrêté, jugé et condamné (et, rappelons-le, défendu, c’est normal et son métier, avec fierté, c’est moins normal, par l’actuel Garde des Sceaux, alors avocat). Évidemment, la neutralisation ne peut alors être que judiciaire et sociale. Mais face à de tels individus, face aux prêcheurs de haine, aux séparatistes et parfois aux terroristes, la faiblesse conduit inéluctablement à la soumission et à la défaite.

Charles Pasqua voulait « terroriser les terroristes » : qui y est parvenu ? Vladimir Poutine disait vouloir « buter les Tchétchènes jusque dans leurs chiottes », ce qu’il fit effectivement, déchaînant l’indignation des intelligentsias européennes. Il aurait dû évidemment préciser « terroristes tchétchènes ».

L’idéologie islamiste a tellement prospéré depuis le début du siècle (le 11 septembre 2001 marquant à cet égard un tournant) qu’on ne pourra se satisfaire, pour ce qui est de la France, de demi-mesures par trop symboliques, comme celles qui ont été évoquées pour figurer dans la future loi sur LES séparatismes. Les séparatismes ? Non, un seul et unique : l’islam radical, trahison de l’Islam tout court mais fruit tout de même d’un Islam pas assez sécularisé et modernisé pour savoir séparer le bon grain de l’ivraie (le mot est faible).

Alors que la France est à nouveau frappée par le terrorisme, avec ce crime d’une ignoble barbarie commis par un « mineur » âgé de 25 ans contre Charlie Hebdo (le juge qui a refusé il y a trois ans de lui imposer un test osseux a dû le prendre pour un enfant de cœur et ne sera jamais poursuivi pour son erreur de jugement), Emmanuel Macron a décidé de n’en dire mot : « le président de la République n’a pas vocation à commenter, mais à agir » s’est-il contenté d’affirmer.

Le chef de l’État va donc prononcer son fameux discours qu’on n’ose plus même appeler « grand discours sur la laïcité ». En haut lieu, il se murmure encore qu’il hésite entre une version énergique et une autre plus édulcorée. Sans doute fera-t-il du « en même temps », du moins dans les mots.

Mais la réalité est que si Emmanuel Macron a raison d’affirmer que le rôle du président est d’agir, comme il le fait en ordonnant la neutralisation des terroristes à l’étranger, en France, la vigueur de ses mots dissimule la faiblesse des actes.

François Hollande voulait retirer la nationalité française aux doubles nationaux qui se retournent contre la France, avant que les moralisateurs de sa majorité l’en empêchent. Cette mesure ne devrait-elle pas être remise au goût du jour, voire étendue à certains fichés S ? Peut-être faudrait-il aller jusqu’à modifier la Constitution, si le Conseil constitutionnel persistait dans sa folle dérive de censure des lois nous permettant de nous défendre, lois qu’il est urgent de réactiver.

300 mosquées salafistes sont répertoriées et ne seront pas fermées, ou alors au compte-gouttes. Combien d’Imams salafistes prêchent-ils tous les jours en France et qui pensent au plus profond d’eux-mêmes et dans leurs prescriptions individuelles ou dans leurs prêches en arabe, cachés par la méthode de la taqyia, que la femme n’est que (au mieux) la moitié de l’homme et que les non musulmans sont des Koufards, des dhimmis et des impurs ?

Les islamistes ayant purgé leur peine sont relâchés, sans contrôle efficient. D’autres sont rapatriés d’Irak parce qu’ils risquent la peine de mort. Le sport est gangréné par l’islamisme, mais la ministre des Sports Roxana Maracineanu accepte que les jeunes filles soient voilées en compétition, comme en Iran ou en Arabie Saoudite. Partout, les compteurs tendent à l’orange et parfois déjà au rouge : islamistes infiltrés chez les migrants que les bonnes âmes voudraient accueillir plus généreusement, mais aussi dans les entreprises, les mairies, l’école, l’armée, la police… L’excellent livre « La radicalisation des services publics. Sport, hôpitaux, transports… Ce qu’on ne vous dit pas » d’Éric Diard, député LR des Bouches-du-Rhône, co-auteur d’un rapport sur la radicalisation, et Henri Vernet, rédacteur en chef adjoint au Parisien, paru chez JC Lattès, nous le rappelle.

Les territoires perdus de la République s’étendent inexorablement, jusqu’au cœur des institutions.

Il nous faut entrer en guerre, sur le sol national. C’est ce que devrait dire demain le chef de l’Etat. Dire puis faire faire !

Car Emmanuel Macron peut-il sérieusement croire qu’il va lutter contre l’islam radical (pardon, contre les séparatismes) avec des gadgets, comme la signature d’un contrat de laïcité avec les associations sollicitant des subventions ? Ou va-t-il augmenter les crédits pour « déradicaliser » les fanatiques, à la plus grande satisfaction d’experts autoproclamés qui en ont fait leurs choux gras, pour des résultats insignifiants ?

Le discours sera pathétique, exaltant, émouvant. « À mort le séparatisme et vive la République, vive la France ! » Et après ? Les islamistes n’ont jamais compris d’autres langages que celui de la force. Ils  ne respectent pas les faibles, les soumis. Ils les méprisent et les humilient, comme cela vient d’être le cas d’Emmanuel Macron au Liban par le Hezbollah.

Bomber le torse à l’extérieur et courber l’échine à l’intérieur, voilà ce qu’a été l’attitude factuelle de nos dirigeants depuis trop d’années, surtout sous le quinquennat Macron. À dix-huit mois de la fin de son mandat, il est peu probable que cela change. Mais sait-on jamais…

Vendredi, comme chantait Dalida, ce sera donc encore « Paroles, paroles, paroles… », quelques jours après avoir affirmé qu’un président agit et non commente. En matière de lutte contre l’islamisme, nous avons déjà eu droit aux paroles. Nous y aurons encore droit, sans doute avec emphase.

La politique consiste à passer de la parole à l’action, à donner corps aux idées. C’est le moment, une dernière chance, pour le président Macron de le prouver sur le terrain le plus sensible : sauver notre laïcité française !

 

Michel Taube

 

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