Edito
19H09 - vendredi 18 septembre 2020

Qui veut la paix entre les Israéliens et les Arabes applaudit aux accords d’Abraham. L’édito de Michel Taube

 

C’est souvent des ténèbres que jaillit la lumière et encore plus souvent les faucons qui font la paix en politique. La nouvelle alliance entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn est peut-être aussi importante, toutes choses égales par ailleurs, que l’a été la chute du mur de Berlin pour les Européens.

Ne nous emportons pas, mais le fait est que la carte politique du Moyen-Orient est en train de se redessiner : quelle que soit l’issue de la prochaine élection américaine (Joe Biden a fait l’éloge de l’accord signé à Washington le 15 septembre), le chapitre qui vient de s’ouvrir pourrait être bien plus significatif que la paix conclue il y a plusieurs décennies entre Israël et ses voisins égyptien et jordanien. Non seulement, Israël n’a jamais été en guerre avec les pays du Golfe, mais plusieurs indicateurs portent à croire que l’on s’achemine vers une normalisation totale des relations entre les nouveaux alliés, non seulement au niveau des États, mais aussi des peuples et des échanges économiques : les télévisions des trois pays ont simultanément organisé un show digne de l’Eurovision, à coups de Salam et de Shalom, avec notamment une petite fille émirienne interprétant l’hymne national Israélien. Déjà, les hôtels de Dubaï mettent des menus casher à la carte de leurs restaurants. Embrassons-nous Folleville (quand le coronavirus nous aura lâchés) !

Petite incidente qui n’en est pas une : Dubaï étant le lieu de villégiature préféré des richissimes hommes d’affaires iraniens, cette douce brise de fraternité dans un monde de tempêtes rapprochera peut-être les points de vue entre Israéliens et Iraniens, les deux peuples (je dis bien les peuples) ayant mille et un atomes crochus à redécouvrir ensemble.

Alors que les États-Unis poursuivent leur politique de retrait de la région, amorcée sous Obama, le paradoxe est que l’ennemi sioniste d’hier pourrait devenir le nouveau protecteur du monde arabe sunnite, Américains et Israéliens fournissant à tous avions de chasse (F35 US) et autre dôme de fer (ISR) face au régime iranien, en attendant que le fruit islamiste qu’est le régime théocratique de Téhéran soit suffisamment pourri pour tomber et disparaître dans les poubelles de l’histoire. Après l’actuel Guide de la Révolution, le déluge, c’est-à-dire la liberté pour le peuple iranien.

Et maintenant ? Quelle est la suite ? La plupart des pays du Golfe persique, en particulier l’Arabie Saoudite, le Sultanat d’Oman, mais aussi bientôt le Maroc ou le Soudan, souvent cités par les analystes, sont dans une position de « Wait and see » : on regarde, on voit ce que ça donne, et on en tire les conclusions. Mais les conclusions pourraient tenir dans la signature de nouveaux Accords d’Abraham : imaginez Mohammed VI et le président de l’Etat d’Israël, Reuven Rivlin, convoler en justes noces géopolitiques… Pour le seul pays musulman au monde qui a reconnu sa part de judaïté dans sa Constitution et qui compte tant de juifs marocains dans le monde, ce ne serait que légitime réconciliation avec l’histoire.

Certes, nous n’en sommes pas là, et il est encore loin d’être acquis que nous y arrivions. Mais il semble bien que deux nouveaux blocs se dessinent au Moyen-Orient : d’un côté, le monde arabe sunnite, Israël, les États-Unis et l’Inde. D’un autre, le monde musulman non arabe, avec l’Iran et ses satellites, notamment au Liban et à Gaza, la Turquie (ces deux finiront vraisemblablement par s’affronter), le Pakistan et l’Indonésie. L’Europe peine à tenir sa place dans ce concert, où la Chine et la Russie dansent sur le fil du rasoir, les apparences ne correspondant pas toujours aux réalités.

Reste évidemment la question palestinienne. Les Palestiniens ont longtemps été l’explication et surtout le prétexte à l’hostilité du monde arabe à l’égard d’Israël. Mais en vérité, les dirigeants palestiniens successifs n’y ont suscité que de la méfiance et de l’antipathie : réfugiés en Jordanie, puis au Liban, ils ont voulu y imposer leur loi. Avec une constance remarquable, les dirigeants palestiniens, riches et corrompus, ont fait les mauvais choix aux moments décisifs : lorsque l’Irak de Saddam Hussein envahit le Koweït, ils apportent leur soutien à Bagdad. Lorsque des avions s’écrasent sur le tour du Word Trade Center de New York, les télévisions du monde diffusent les images de réjouissances dans les rues palestiniennes. Lorsque Israël propose une paix avec restitution de 98 % des territoires occupés, un statut spécial pour Jérusalem et un règlement réaliste de la question des réfugiés, ils refusent. Imperturbablement, ils éduquent leur peuple à la haine et au remplacement d’Israël par la Palestine.

Aujourd’hui, malgré les incantations du calife de Turquie Recep Tayyip Erdoğan, il n’y a plus beaucoup de musulmans, et encore moins d’Arabes, prêts à mourir pour une Palestine gouvernée ainsi. Pourtant, il faudra que ce différend trouve une issue. Deux Etats pour deux peuples, tel est le seul avenir possible pour les Israéliens et les Palestiniens.

Or certains leaders palestiniens, très proches des Emiriens, comme Mohammed Dahlan, pourraient, selon nos informations, avoir été consultés avant la signature des Accords d’Abraham. De nouvelles passerelles en perspective pour une nouvelle tentative de règlement de la question palestinienne sur fond de chambardement qui arrivera tôt ou tard à la tête du Fatah et de la Cisjordanie ?

Pour l’heure, saluons et réjouissons-nous de cette véritable avancée vers une réconciliation israélo-arabe que l’on pensait aussi impossible que la chute du mur de Berlin… la veille de son effondrement !

 

Michel Taube

Directeur de la publication