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15H41 - vendredi 4 septembre 2020

Madagascar : de l’Artemisia à la relance, un exemple africain de bonne gestion de la Covid-19 ? Analyse et reportage photos

 

Alors qu’en France, la gestion du Covid-19 se traduit par des hésitations, des changements de cap incessants, des règles variables et surprenantes, la gestion rationnelle de la crise sanitaire vient parfois de pays auxquels on ne s’attend pas. Madagascar a su mettre en place une riposte ordonnée à la pandémie, aussi bien sur le volet de la prévention que du traitement. Une action qui témoigne d’un certain sérieux de l’Etat, à rebours des critiques, parfois virulentes, de nombreux médias internationaux. Décryptage er reportage photos.

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 C’était à la une de Paris Match le 18 mai 2020 : « Artemisia et Covid-19 : le remède malgache booste l’Afrique ». Un article passé presque inaperçu, suivi le mois suivant, dans le même hebdo, d’un secon papier révélant qu’après des mois d’analyses, l’Institut Max Planck de Potsdam en Allemagne avait prouvé que des extraits d’Artemisia séchée s’étaient révélés efficaces, en laboratoire, pour lutter contre le virus Covid19, et que des essais cliniques seraient sur le point d’être lancés aux Etats-Unis et au Mexique sur des patients atteints du coronavirus.

Pendant la même période, la France, mais aussi de nombreux organes de l’OMS, doutaient voire se moquaient du chemin emprunté par Madagascar pour lutter contre la Covid-19.

En effet, la réponse à la crise sanitaire de Madagascar frappe autant par la célérité du déploiement des services publics que par la cohérence générale de la stratégie adoptée. L’Etat malgache a fait preuve de volontarisme en systématisant progressivement la mise en place d’infrastructures de dépistage, de prise en charge et de traitements. Des infrastructures modulaires prévues en outre pour s’intégrer dans le futur système de santé malgache.

Car Madagascar déploie aussi son plan de relance. Et cet Etat, lui, a décidé de faire de la réforme de son système de santé un des axes forts du plan de relance général de l’ensemble de l’économie malgache post-crise. Une gestion professionnelle dont l’examen attentif et factuel offre une lecture en décalage avec la vision critique de nombreux médias internationaux avec une posture pessimiste, voire moqueuse parfois.

 

Une innovation importante : le « Tambavy » CovidOrganics

Au cœur de la stratégie de réponse à l’épidémie, on l’a vu, le lancement du CovidOrganics (CVO) a suscité de nombreux commentaires. Ce « remède traditionnel amélioré » (nomenclature OMS) composé à 62% d’Artemisia, une plante déjà scientifiquement connue pour ses propriétés antipaludiques, est issu d’une coopération étroite dès les débuts de la crise entre l’Etat et l’Institut Malgache de Recherche Appliqué (IMRA). L’IMRA, symbole de la continuité du savoir-faire scientifique et médical malgache malgré les difficultés du pays, est un laboratoire internationalement reconnu pour ses recherches sur les maladies épidémiologiques (peste bubonique, drépanocytose, paludisme mais aussi cancer, diabète…). S’appuyant sur la flore endémique de Madagascar, l’IMRA collabore avec de nombreux laboratoires et grand industriels pharmaceutiques tels que Bayer (Madécassol).

 Le CVO a été présenté dès la mi-avril 2020 par le président Andry Rajoelina comme un remède préventif et curatif constitué de plantes 100% locales. Le succès a été immédiat et le CVO fut exporté dans une vingtaine de pays africains quelques semaines seulement après son lancement officiel. Un jalon important dans le développement d’une médecine et d’une diplomatie médicale africaine – traditionnelle et centrée sur la nature- compatible avec les standards internationaux. Et cela malgré les réserves qui furent émises par l’Organisation Mondiale de la Santé, relayée par une partie de la presse internationale. Insistons sur le fait que ces réserves ont été récemment démenties, comme nous le rappelle l’article de Paris Match, par les recherches de l’Institut Max Planck de Potsdam qui a donc démontré en juin 2020, à son tour, l’efficacité de l’Artemisia dans le traitement contre le Covid-19.

 

L’action rapide et volontaire des pouvoirs publics

Dans la genèse de la réaction mondiale face à la pandémie, Madagascar apparaît comme l’un des pays les plus réactifs. Parmi les premiers pays africains à ordonner la fermeture des vols internationaux (hors fret), Madagascar instaure, quelques jours après la France, la généralisation des gestes barrières et des mesures de distanciation sociales : suspension des transports en commun, confinement, port du masque, etc. Des mesures loin de n’être que déclaratoires car le gouvernement se donne simultanément les moyens de sa politique via la mise en place d’un arsenal coercitif : amendes en cas de déplacements non-justifiés, travaux d’intérêts généraux en cas de non-port du masque voire des peines de prison pour les récidivistes.

Cette action publique s’assortit d’une aide aux plus démunis. Dans un pays où l’économie informelle est encore développée et où le télétravail est peu répandu, les mesures de confinement deviennent rapidement un facteur de risque économique et alimentaire pour la part la plus vulnérable de la population. Une situation qui pousse le gouvernement à se servir des solutions bancaires électroniques, le « mobil banking » (répandues en Afrique), afin de verser des aides aux populations les plus vulnérables. Dans cette optique, le gouvernement met en place dès le mois d’avril le « Tosika Fameno », une aide d’urgence de 100 000 ariarys (moitié d’un SMIC) afin de couvrir les dépenses alimentaires de près de 190 000 ménages parmi les plus démunis de la Grande-Ile. Cette politique d’aide s’est poursuivie jusqu’à récemment. Dans le cadre de son plan de soutien au secteur privé, le gouvernement a mis en place le 25 août un système de crédit à 0 %, le « Tsinjo Fameno », destiné à soutenir entreprises et travailleurs ayant vu leur volume d’affaire, et leurs revenus, se réduire.

 

Construction d’Infrastructures : combattre la Covid-19 et rénover le système de santé national

Afin de rationaliser le travail des personnels soignants, le gouvernement malagasy a progressivement entamé la construction de nombreuses infrastructures de recherches, de test, de prise en charge et de traitement. Un déploiement d’urgence qui s’accorde en même temps avec le 5ème Velinaro du président malgache concernant l’autonomisation du système de santé national.

C’est dans cette voie qu’un nouveau centre épidémiologique à vocation panafricaine a été inauguré le 23 juin. L’ouverture du Laboratoire d’Analyses Médicales Malagasy (LA2M), équipé aux derniers standards technologiques internationaux, apporte depuis deux mois un surcroît de capacités de dépistages au pays, de l’ordre de 700 tests par jours (1000 au total). En outre ce centre est équipé afin de détecter d’autres types de pathologies (peste, choléra, tuberculose, paludisme, VIH…).
En complément, d’autres centres de dépistages et de prise en charge ont été ouverts afin d’incrémenter l’existant de la riposte, tels que les Centre Médicaux Covid-19 (dans les villes de Voara Andohatapenaka, Alarobia, Mahamasina).

Sur le plan logistique Madagascar a bénéficié de plusieurs aides en provenance du Japon ou de la Corée du Sud afin d’approvisionner ses soignants en blouses, masques, respirateurs et matériel médical de tous types. En outre, a été inaugurée une usine pharmaceutique destinée à produire, entre autres, des médicaments anti-Covid : une avancée importante en termes d’autonomisation du système de santé national.

Au regard des faits observés, la conduite de crise malgache semble globalement positive et mériterait à ce titre un examen plus approfondis, et plus juste, de la part de la presse internationale. La riposte précoce à la crise confère à Madagascar un faible nombre de décès (0,77/100 000 habitants) comparé à d’autres pays africains pourtant réputés plus développés et loués pour leur gestion de la crise, à l’image du Sénégal (1,94/100 000 habitants). En outre, Madagascar semble susciter la confiance de plusieurs bailleurs de fonds. A l’image des institutions internationales, réputées pour leur rigueur dans la gestion de leurs aides, qui lui accordent des crédits supplémentaires (FMI, Banque Mondiale).

 

Michel Taube

Reportage photos : Claude Peretz

 

 

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