Edito
06H57 - lundi 16 mars 2020

Coronavirus : Monsieur le Président, c’est maintenant ! L’édito de Michel Taube

 

Combien de Français ont-ils été contaminés hier dimanche par le maintien du premier tour de l’élection municipale ? Combien de Français, à force d’avoir eu des injonctions paradoxales, ce en même temps souvent utile, ici sanitaire et fautif, ont-ils été contaminés en se baladant dans les parcs de Paris et de France en ce beau dimanche printanier ? A force d’accepter de multiples exemptions aux appels à restreindre ses déplacements, d’avoir retardé l’annonce du passage au stade 3, à force d’avancer par gradations proportionnées et par stricte rationalité, la France a perdu une semaine ! Une éternité face à cette pandémie foudroyante !

Le SRAS a coûté la vie à 774 personnes dans le monde en 2003. Aujourd’hui, nous en sommes déjà à des milliers de morts avec le coronavirus !

Municipales : le virus dans le scrutin

 

Pourquoi, Monsieur le Président, n’avez-vous pas reporté les municipales ? Le conseil scientifique, composé certes d’éminentes personnalités dont son président Jean-François Delfraissy, vous donne de curieux conseils : alors que partout en Europe, on se barricade, que l’OMS, qui parle de pandémie dont l’Europe est l’épicentre, conseille de tout faire pour éviter la circulation du virus, alors que tous les virologues de la planète, relayés par les politiques (Angela Merkel en Allemagne, Jean-Michel Blanquer en France…) annoncent que sans mesures absolument radicales, la moitié au moins de la population sera infectée, avec des dizaines de milliers de morts à la clé (voir plus), le fameux Conseil scientifique a osé ne prôner ni le confinement total, ni le report des élections.

Quelle drôle de conception du politique que de s’en remettre à un comité d’experts – souvent en désaccord entre eux, aussi éminents soient-ils, pour prendre une décision politique ! Il eut mieux valu qu’Olivier Véran, dont il se dit qu’il a défendu jeudi dernier le report des élections municipales et un strict confinement – réunisse, – en vidéo conférence bien sûr – les anciens ministres de la santé pour recueillir un avis plus global et plus proche du ressenti des acteurs de terrain.

C’est jeudi soir que le chef de l’État aurait dû comprendre que la France n’est pas plus intelligente que tous les pays du monde, qu’on ne peut pas faire du « en même temps » avec la santé et même la vie de millions de personnes, au nom d’une vie sociale, économique et démocratique qu’on veut préserver. Comme si le report des élections aurait été une intolérable atteinte à la démocratie.

Il faut dire les choses clairement : ne pas reporter de quelques mois ce scrutin et ne pas ordonner un véritable couvre-feu comme en Espagne ou en Italie, – d’autres pays latins où la population s’y est pliée -, cela va nécessairement coûter de nombreuses vies. Le Conseil scientifique et les chefs des partis d’opposition, qui ont demandé au Président de la République le maintien du scrutin, en partagent avec lui la responsabilité.

Et pendant ce temps, l’épidémie progresse. Le Professeur Philippe Juvin de l’hôpital Georges Pompidou et ancien homme politique, confiait hier soir sur TF1, pendant l’édition spéciale municipales à 20h, qu’à Mulhouse et Colmar (l’auteur de ces lignes est Colmarien) les services de réanimation sont déjà débordés et qu’une « grosse vague arrive sur nous et va occasionner beaucoup de morts ».

 

C’est maintenant !

Monsieur le Président, nous vous conjurons de prendre deux décisions ! Maintenant car trop de vies sont en jeu.

Monsieur le président, nous n’allons pas vous dicter votre agenda mais une visio-conférence à 10h30 de votre comité d’experts sanitaires, à midi, – toujours en visio-conférence bien sûr (donnez l’exemple !!!) – de votre Conseil de défense, à 15h des anciens ministres de la santé autour d’Olivier Veran, puis vers 18h des chefs de partis et présidents de Chambres devraient vous permettre dès 20h de vous adresser à la nation ! 

Première mesure : reportez le second tour des municipales ! 

Ce sont au final 56 % des Français qui ne sont pas allés voter au premier tour de l’élection la plus importante à leurs yeux, après le scrutin présidentiel. Quelle légitimité d’être élu avec si peu de voix !

Et que l’on cesse de nous opposer des arguments juridiques. Non seulement il était parfaitement possible d’échafauder un cadre juridique à un report, mais un éventuel recours contre cette mesure n’aurait eu aucun effet concret, faute de machine à remonter le temps ! Les élections locales et municipales de mai prochain viennent d’être reportées en Angleterre, plus ancienne démocratie moderne du monde. Nous le rappelions jeudi dernier : Romain Rambaud, professeur agrégé de droit public, spécialiste en droit électoral, confiait à Ouest France jeudi qu’il y a une théorie en droit administratif qui permet d’adopter des comportements très en marge de la légalité parce qu’il y a des circonstances exceptionnelles le justifiant. »

Promenades inconscientes

Monsieur le président, en faisant ordonner par Edouard Philippe la fermeture de tous les commerces non essentiels dans les 4h30 suivant son annonce samedi soir (les restaurants et brasseries étaient en train de s’organiser pour écarter les tables d’1 mètre), vous avez agi avec brutalité et empressement, au moment même où vous laissiez (mais la maire de Paris a commis la même faute) les parcs et les bureaux de vote grand ouverts ! Cet « en même temps », ces injonctions paradoxales sont la cause principale du comportement inconscient et coupable de nombreux Français !

Ne vous étonnez donc pas de la journée de dimanche ! S’ils ont peu voté, les Français sont beaucoup sortis, se sont promenés dans les parcs et jardins, sur les berges des fleuves, rivières et canaux, ou en bord de mer. En Italie et en Espagne, on peut à peine sortir pour faire ses courses, voire pour prendre l’air en famille. Mais si l’on dépasse ce strict minimum vital, on s’expose à des sanctions pénales. En France, où l’on est une fois encore beaucoup plus intelligent qu’ailleurs, on ne respecte pas les consignes car le message n’est qu’incitatif et pas assez autoritaire alors que la crise s’annonce terrible.

Monsieur le Président, et c’est la seconde mesure évidemment, il faut ordonner un confinement total et immédiat ! Cessez de demander aux Français de bien vouloir avoir la gentillesse de ne pas sortir ni de se réunir ! Les Français et leurs dirigeants feignent-ils de comprendre la réalité ? Combien de morts faudra-t-il avant une salutaire prise de conscience ? « Ça ne touche que les vieux ! Et on ne va pas arrêter de vivre… ! » On entend encore ce genre de déclarations idiotes et irresponsables. 368 morts en Italie en 24 heures dont de nombreuses personnes valides et plus jeunes, alors que les Italiens sont, eux, réellement confinés à domicile depuis dix jours. Et l’Italie est loin d’être au seuil épidémique. Le même phénomène est vécu dans le Haut-Rhin et le chef de l’Etat le sait.

Alors, il est temps de dire les choses clairement, comme cela est le cas en Allemagne, en Italie, en Autriche, en Espagne… NOUS RISQUONS D’ALLER AU DEVANT DE MILLIERS DE MORTS ! C’est la seule justification à l’empressement demandé !

Roselyne Bachelot disait hier sur LCI : en matière de santé, on n’en fait jamais assez en matière de prévention. Les vies humaines valent toutes les dépenses de prévention !

Monsieur le président, c’est maintenant !

Monsieur le président, soyez notre chef de guerre et non plus notre super ministre de la santé ! Finies les mesures proportionnées ! Nous sommes entrés en guerre, c’est donc la mobilisation générale !

Ne pas le faire relèverait de la non-assistance à personne en danger, pardon, de la non-assistance à population en danger.

 

 

Michel Taube

 

Directeur de la publication