Monde
11H45 - mercredi 11 mars 2020

Le Havre, Strasbourg, Marseille, Paris et Ile de France : des élections municipales stratégiques

 

Hier, nous abordions les enjeux nationaux des élections municipales, certes très marquées par la crise du coronavirus. Mais ce scrutin, malgré ses spécificités, a aussi vocation à servir de répétition générale avant les grandes échéances présidentielles et législatives de 2022, en particulier en ce qui concerne les jeux d’alliances, la possible résurgence des partis traditionnels PS et LR, le véritable poids de l’écologie politique et bien entendu, le sort de LREM, dont le résultat devra toutefois être pondéré par le fait qu’il n’a pas de sortant. On y ajoutera le score des extrêmes, le RN plus que les autres, puisqu’à ce jour, Marine Le Pen semble être la seule candidate assurée d’être qualifiée pour le second tour de la présidentielle de 2022. Pour le moment…

Il faudrait une encyclopédie pour aborder tous les enjeux locaux dans les 34 968 communes de France les 15 et 22 mars !Aussi ne mettrons-nous ici l’accent que sur quelques communes emblématiques, précisément parce que le scrutin y aura une portée nationale.

 

Le Havre

Commençons par Le Havre, ville portuaire longtemps tenue par le parti communiste (l’architecture de la mairie a d’ailleurs un petit côté soviétique), en face de la huppée station balnéaire de Deauville. Édouard Philippe, notre cher Premier ministre, fut maire LR du Havre avant d’entrer à Matignon. Il y a un an, on évoquait davantage sa candidature à la mairie de Paris, ce qui aurait nécessairement conduit à la nomination d’un nouveau Premier ministre. Le voici donc à nouveau candidat sur « ses terres », au Havre, où il prend un risque considérable. Sauf que c’est sa défaite qui pourrait lui coûter Matignon, en plus de la mairie du Havre. Les sondages le donnent largement en tête au premier tour, mais la gauche fait bloc, trop exaltée à l’idée de faire chuter le premier pilier de la macronie. L’excellent maire du Havre restera-t-il à Matignon ? C’est l’hypothèse qui tient la corde…

 

Marseille

Marseille ensuite. Après quatre mandats, Jean-Claude Gaudin tire sa révérence. Les cartes sont ainsi totalement rebattues dans la cité phocéenne, qui penche toujours à droite, voire à l’extrême droite. Marine Le Pen ne s’y est pas trompée, en venant soutenir le candidat RN Stéphane Ravier lors de son meeting du 6 mars, dans son duel à l’issue incertaine avec la candidate LR Martine Vassal.

C’est donc aussi un enjeu national qui se dessine en filigrane de la course à la mairie de Marseille. Une victoire de l’extrême droite serait célébrée par Marine Le Pen comme une étape vers l’Élysée. Elle validerait à ses yeux le rejet de l’immigration et du renoncement devant la délinquance des cités (les fameux quartiers nord de Marseille), tout comme celle des compromissions politiques et d’une gestion désastreuse de la ville, aux relents quasi mafieux. Le RN, par ailleurs en bord de la faillite financière, trainé en justice pour divers agissements (les kits de campagne 2017, les attachées parlementaires européens, un prêt non remboursé à une banque russe, des indemnités de licenciement non payées…) veut encore faire croire à sa blancheur immaculée.

 

Strasbourg

Strasbourg mérite également un détour. La capitale alsacienne et européenne, siège du Parlement européen et du Conseil de l’Europe, au cœur d’une région qui vivra prochainement le démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim, a abordé avec détermination le virage écologique. Cela s’est notamment fait au bénéficie du vélo, qui représente 15 % des déplacements urbains (record de France). Comme à Marseille, le maire sortant ne se représente pas. Roland Ries fut membre du PS jusqu’en octobre 2019 avant d’en être exclu, suite logique de son constant rapprochement avec Emmanuel Macron depuis les dernières présidentielles. Pour lui succéder, la lutte s’annonce âpre entre Alain Fontanel (membre de la direction nationale de LREM), soutenu par le maire sortant, et Jeanne Barséghian (EELV), soutenue par le PCF. Catherine Trautmann (PS) serait en troisième position, mais les écarts avec les candidats sont trop faibles pour être significatifs. Une maire EELV serait à Strasbourg ce qu’un maire RN serait à Marseille : une tête de gondole en vue d’échéances futures, et un message aux électeurs : mieux vaut choisir l’original que la copie. La course à l’échalotte verte est engagée à Strasbourg, même si sa figure de prou présente des reflets rouges qui n’ont jamais été très appréciés sur les bords du Rhin.

 

Paris bien sûr et l’Ile-de-France…

Difficile d’évoquer les enjeux locaux des municipales en faisant l’impasse sur Paris. Bien entendu, la focalisation des médias sur le scrutin parisien (deux débats ont déjà opposé les candidats sur les grandes chaînes nationales) et le rayonnement mondial de la capitale française ont tendance à lui conférer une envergure nationale. Comme nous l’avions évoqué dans notre article sur les enjeux nationaux, il faudra surveiller de près les reports de voix entre les deux tours de scrutin, ainsi les alliances de dernière minute, celles qui permettront de constituer une majorité de gouvernance municipale après le second tour. La plus grande différence entre Agnès Buzyn et Rachida Dati, c’est le style, et non le programme. Leur rapprochement à Paris serait un message clair aux états-majors nationaux, surtout s’il permet d’évincer Anne Hidalgo de l’Hôtel de Ville.

Outre Paris, l’Île-de-France offre quelques spécificités intéressantes : d’abord, on se demande si la « ceinture rouge », ou ce qu’il en reste, tiendra en Seine Saint-Denis et dans le Val de Marne, ou si elle se desserrera au point d’en faire perdre son pantalon au PCF. Ce parti qui a perdu l’essentiel de son électorat ouvrier au bénéfice de l’extrême droite, n’est guère rebuté par des accommodements déraisonnables avec l’islam politique, tout comme son cousin LFI. Il avait déjà été buté hors de certaines communes comme Bobigny ou Drancy lors du précédent scrutin municipal. Une nouvelle déculottée risquerait de lui être fatale, et de contribuer à le transformer en groupuscule sans grande influence, ce qui est déjà le cas au niveau national.

Enfin, un autre phénomène s’observe, particulièrement en Île-de-France : la recrudescence de listes citoyennes. Cela sonne presque comme une victoire posthume des gilets jaunes, qui n’ont jamais réussi à s’organiser politiquement. Dernier avatar de la méfiance du citoyen à l’égard des partis, les listes citoyennes ne refusent pas toutes leur soutien, comme à Noisy-le-Grand, où Vincent Monnier est soutenu par Génération Écologie.

 

Pierre Erenfryd

 

Directeur de la publication

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