La chronique de Jean-Philippe de Garate
15H42 - lundi 23 décembre 2019

Allemagne, mère blafarde ? Chronique d’une nouvelle époque par Jean-Philippe de Garate

 

Tôt ou tard, Angela Merkel va quitter la Chancellerie. Et avec elle se terminer une époque pourvue d’une certaine cohérence, alors que le chahut européen et mondial n’échappe à personne. 

La fille de pasteur grandie dans le carcan est-allemand, la physicienne, l’universitaire, la débutante politique grandie aux côtés du huguenot Lothar de Mazière, la ministre muée en Chancelière plébiscitée, enfin la femme d’Etat mature demeurée d’une discrétion paradoxale aura, en dépit de rares mais vraies fautes (l’appel d’air à l’immigration massive en 2015), constitué son pays en pôle de stabilité et de puissance. Tandis que la France se trouve de longue date privée de capitaine d’une dimension et d’une épaisseur suffisantes, que notre pays s’asphyxie, « das Mädchen » – la jeune fille, pour reprendre le terme sardonique dont l’affublait son prédécesseur – aura promu son pays. Le résultat est simple… L’Allemagne sera plus forte à son départ qu’à son arrivée : une puissance ascendante, le pôle de stabilité en Europe.

Avec, que cela plaise ou pas, de puissants relais encore renforcés en Mittel-Europa. Il devient désormais difficile de trouver un journal français à Prague et Zagreb, voire Sofia, quand nombre de revues aux titres gothiques garnissent les kiosques et la toile. 

Bien que la question, gravissime, laisse indifférents les uns et les autres en France, l’Allemagne aura maintenu puis développé avec la Russie une relation de partenariat. Traitant d’égal à égal, l’Allemagne, désormais tournée vers l’Est, pèse en Ukraine. Clairement, la France n’y compte plus guère. Et pourtant, la Russie demeure un pôle vital pour la France et pour l’Europe, pour vingt raisons qu’ânonnerait n’importe quel étudiant.

Plus visible, notre relation avec la République d’Angela, pour évidente qu’elle demeure, s’affadit. De notre fait. L’Allemagne, sœur jumelle de notre Empire carolingien, n’a cessé d’être un miroir. Un miroir aujourd’hui cruel pour nous Français. Là où la discrétion de la Chancelière dans les paroles et le sérieux dans les actes l’ont emporté Outre-Rhin, la commedia dell’arte et ses pathétiques figurants n’en finissent pas d’encombrer la scène nationale, médiatique. Jamais, jamais, jamais, notre pays n’avait atteint un tel niveau d’affaissement. On peut rajeunir les masques – comme on l’a fait en 2017 – les logiciels internes exhalent la même odeur putride de vieille armoire verrouillée.

Que va devenir l’Allemagne ? Il est dans la nature des choses qu’une puissance développe sa puissance. Alors que l’Amérique s’éloigne, que le Royaume désuni largue deux trois amarres, Allemagne et Russie ont recentré à l’Est une Europe défaite. Cette situation est dangereuse.

Notre nouvelle époque s’écrira non sur la terre mais en mer. La Baltique et le golfe de Finlande, voire l’Arctique, ne sont pas des mares insignifiantes, mais la France, que cela plaise ou pas, est un pays littoral, et le Finistère n’est pas un département, mais   l’expression géographique qui caractérise notre Europe, Espagne, Italie et Portugal, Danemark, etc. constituant des presqu’îles. On peut tout faire en politique, vraiment tout, sauf oublier la géographie.

En 1980, il y a quarante ans – une bonne échelle pour mesurer une politique -, était projeté en France le film « Allemagne, mère blafarde ». Un film roide qui traitait de destinées individuelles malmenées par l’Histoire. Angela, elle, née au contact de la mer à Hambourg, avait rejoint la très continentale Berlin. Et l’Europe avec elle. 

Une nouvelle époque s’ouvre avec le départ d’Angela Merkel. A Berlin. Voire encore plus à l’est, à Erfurt. Erfurt, ville des retournements et des trahisons ! Où sont Bruxelles, Strasbourg ? Aix-la-Chapelle !

 

Jean-Philippe de Garate