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17H53 - mardi 15 octobre 2019

Accord possible sur le brexit, lourdes condamnations contre les femmes jihadistes, défense kurde face aux Turcs, Libra de Facebook officiellement mise sur pied à Genève, l’actualité du 15 octobre en 4 photos

 

Brexit : accord possible avec Londres, doutes sur sa conclusion pour le sommet

Le négociateur du Brexit pour l’Union Européenne, Michel Barnier, le 15 octobre 2019 à Luxembourg – AFP / John THYS

 

Un accord reste « possible » entre Londres et l’UE pour permettre un divorce à l’amiable, selon Bruxelles, mais il paraît difficile de le boucler d’ici mercredi matin afin qu’il puisse être endossé lors du sommet européen de jeudi-vendredi à Bruxelles.

Le négociateur de l’UE Michel Barnier a jugé mardi possible de parvenir à un accord cette semaine. « Des discussions détaillées sont en cours et un accord est encore très possible », a confirmé son interlocuteur britannique, le ministre pour le Brexit Steve Barclay.

« Mais si on veut un accord pour le sommet, il faut qu’un texte juridique soit finalisé ce soir ou au plus tard demain matin » pour être présenté aux Etats membres et au Parlement, a expliqué Michel Barnier.

« Il est grand temps de transformer les bonnes intentions en texte juridique », a-t-il insisté.

« Je suis dubitatif sur la possibilité d’avoir un accord sur un texte juridique d’ici à demain », a déclaré mardi un membre du gouvernement allemand après avoir été informé de l’état des discussions avec les Britanniques.

« Des progrès significatifs sont encore nécessaires », a pour sa part averti le chef de la diplomatie irlandaise Simon Coveney.

Les négociateurs britanniques et européens poussent les feux pour tenter de conclure un accord avant la date du divorce fixé au 31 octobre et que Boris Johnson dit vouloir absolument respecter.

La France a salué mardi un « élan positif ». « Nous espérons un accord, mais nous ne savons pas encore » s’il aboutira. « 0n l’espère d’ici ce soir », a dit un conseiller de l’Elysée.

– Continuer la semaine prochaine –

« Si l’accord ne peut être conclu aujourd’hui ou demain avant le sommet, les dirigeants européens devront alors décider du type de mandat qu’ils veulent donner à Michel Barnier », a souligné l’Irlandais Simon Coveney. Il n’est pas question pour eux de négocier un texte pendant le sommet, a affirmé le représentant d’un Etat membre.

« Il est possible de continuer les négociations la semaine prochaine », a assuré M. Coveney.

« Barnier pourrait dire au sommet: +J’ai encore un peu de travail à faire et j’ai besoin de plus de temps. Personne ne sera contre », a confirmé le responsable allemand.

Plus de trois ans après le référendum britannique de juin 2016, aucun accord n’a encore été trouvé pour éviter un divorce acrimonieux.

Opposé à l’accord conclu par Theresa May qui maintenait le Royaume-Uni dans l’Union douanière de l’UE jusqu’à la conclusion d’une nouvelle relation entre les deux parties, Boris Johnson l’a rejeté une fois arrivé au pouvoir et a présenté un nouveau plan.

Les discussions en cours se concentrent sur deux points de désaccord: la manière d’éviter le retour d’une frontière entre l’Irlande, membre de l’UE, et l’Irlande du Nord, partie du Royaume-Uni, tout en réalisant des contrôles douaniers, et le droit de regard accordé aux autorités nord-irlandaises sur l’accord de divorce.

Dans la proposition de Londres, l’Irlande du Nord reste dans le territoire douanier du Royaume-Uni tout en appliquant les règles européennes pour les produits destinés à l’UE, a indiqué une source européenne.

L’annonce d’avancées est à la fois un soulagement et une source de préoccupation pour les partenaires européens du Royaume-Uni.

Après le Brexit, le Royaume-Uni sera « un nouveau concurrent » à la porte de l’UE, a averti mardi la chancelière Angela Merckel.

Néerlandais et Français ont insisté mardi sur la nécessité d’empêcher toute concurrence déloyale depuis l’extérieur de l’UE en utilisant la frontière entre les deux Irlandes parce que Londres ne mettrait pas en place les contrôles nécessaires.

Selon le Premier ministre finlandais Antti Rinne, dont le pays assume la présidence semestrielle de l’UE, les négociations pourraient se poursuivre après le sommet européen.

« Le dernier moment est toujours un peu plus tard que ce qui était annoncé », a commenté le responsable allemand.

L’hypothèse d’un sommet supplémentaire d’ici le 31 octobre a commencé à circuler.

« S’il n’est pas possible de conclure pour le sommet de jeudi, alors nous verrons », a commenté le chef de la diplomatie belge Didier Reynders

 


 

Au procès du commando de Notre-Dame, de lourdes condamnations contre les femmes jihadistes

Inès Madani, au tribunal correctionnel de Paris, croquis d’audience du 11 avril 2019. – AFP/Archives / Benoit PEYRUCQ

 

Quatre femmes devenues le « visage du jihad au féminin », dont Ornella Gilligmann et Inès Madani qui avaient tenté de faire exploser une voiture près de Notre-Dame en septembre 2016, ont été condamnées aux assises lundi à Paris à des peines allant jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle. Après plus de dix heures de délibéré, la cour d’assises spéciale, composée uniquement de magistrats professionnels et non de jurés, a rendu un verdict quasiment aligné sur les réquisitions du parquet. La cour n’a cependant pas mentionné de période de sûreté.

Ornella Gilligmann, une mère de trois enfants condamnée à 25 ans de réclusion, est tombée en larmes dans le box à l’énoncé du verdict. Inès Madani, 22 ans, est elle restée assez impassible quand sa peine a été prononcée : 30 ans de réclusion.

« Elle est sonnée », a réagi auprès des journalistes l’avocat de cette dernière, Laurent Pasquet-Marinacce. « C’est une peine excessivement sévère », a-t-il dénoncé. « C’est une décision qui est là pour faire un exemple, qui est déconnectée de la personnalité de cette jeune femme et de la gravité des faits, il n’y a pas eu de mort, pas de blessé ». La question d’un appel se pose « évidemment », pour cet avocat.

Avec leurs co-accusées, elles sont devenues, selon l’expression des avocats généraux, le « visage du jihad au féminin ». Dans cette affaire qui avait révélé le rôle actif des femmes dans le jihad, quatre des cinq femmes jugées encouraient la perpétuité.

Aujourd’hui âgées de 22 à 42 ans, les accusées sont soupçonnées d’avoir voulu lancer des attaques terroristes, en suivant les consignes de Rachid Kassim, propagandiste du groupe Etat islamique (EI) et inspirateur quelques semaines plus tôt de l’assassinat d’un policier et de sa femme à Magnanville (Yvelines). Inès Madani et Ornella Gilligmann ont tenté de faire exploser une voiture remplie de bonbonnes de gaz dans la nuit du 3 au 4 septembre 2016, devant des restaurants situés près de Notre-Dame de Paris, en essayant de l’incendier avec du gasoil. Seul le choix de ce carburant, difficile à enflammer, a permis d’éviter l’explosion. Après l’échec de cet attentat, Inès Madani s’était retranchée dans l’appartement d’Amel Sakaou, à Boussy-Saint-Antoine (Essonne). Toutes deux avaient été rejointes par Sarah Hervouët, originaire du sud de la France. Se sachant traquées, les trois jeunes femmes avaient quitté précipitamment leur appartement le 8 septembre, armées de couteaux de cuisine. Sur le parking, Sarah Hervouët avait porté un coup de couteau à un policier en civil de la DGSI. Inès Madani avait pour sa part couru vers un policier, qui l’avait blessée par balles aux jambes. Sarah Hervouët a été condamnée à 20 ans de réclusion, tout comme Amel Sakaou qui a refusé d’assister au procès tout au long des trois semaines d’audience.

Samia Chalel, accusée d’avoir aidé Inès Madani à trouver un point de chute après l’attentat raté, a elle été condamnée à cinq ans de prison, dont un an avec sursis. « J’ai eu le pire des comportements », a déclaré lundi matin Inès Madani, condamnée en avril à 8 ans de prison pour des faits plus anciens, qui avaient révélé son rôle de mentor auprès d’aspirants jihadistes. « Je n’avais que des projets de morts à l’époque. Aujourd’hui, j’ai des projets de vie », a-t-elle poursuivi.

« Je demande pardon et je demanderai pardon toute ma vie à tous ceux qui ont été victimes du terrorisme », a dit Ornella Gilligmann, confiant d’une voix émue sa « honte ». Des mots qui n’ont pas du tout convaincu les avocats de parties civiles. « Les gens qui croient à la déradicalisation de ces femmes se trompent. Nous avons vu par leur attitude qu’elles sont encore en pleine revendication », a réagi Laurent-Franck Liénard, l’avocat de policiers. Elles avaient « une véritable volonté de tuer au nom d’une idéologie délirante ».

Rachid Kassim, qui serait mort en Irak en 2017, a été condamné par défaut à la perpétuité. Mohamed Aberouz, qui devait se marier avec Sarah Hervouët et qui était jugé pour « non dénonciation de crime », a lui reçu une peine de trois ans de prison. Il est par ailleurs mis en examen dans le dossier de Magnanville.

 


 

Les forces kurdes défendent une ville clé en Syrie face aux Turcs

Des soldats turcs et des combattants syriens alliés se rassemblent sur les abords de la ville de Minbej, dans le nord de la Syrie, près de la frontière turque, le 14 octobre 2019 – AFP / Zein Al RIFAI

 

Les forces kurdes opposent une résistance acharnée mardi dans la ville frontalière clé de Ras al-Aïn, au septième jour d’une offensive lancée par Ankara dans le nord-est de la Syrie, ayant provoqué des déplacements massifs de population et le départ d’ONG. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé que l’opération, qui vise une milice kurde considérée comme « terroriste », se poursuivrait jusqu’à ce que ses « objectifs soient atteints », en dépit d’appels de nombreux pays, Etats-Unis en tête, à y mettre fin.

Les forces d’Ankara ont lancé le 9 octobre une offensive dans le nord de la Syrie contre les Unités de protection du peuple (YPG) et ont depuis pris le contrôle d’une bande frontalière de près de 120 km. Si la ville frontalière de Tal Abyad est tombée aux mains des Turcs et des supplétifs syriens, celle de Ras al-Aïn –plus à l’est–, semble résister pour l’instant. Pour défendre cette autre ville frontalière, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les YPG, utilisent un réseau dense de tunnels et de tranchées. Elles « ont lancé dans la nuit une vaste contre-attaque contre les forces turques et leurs alliés syriens près de Ras al-Aïn », a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui dispose d’un vaste réseau de sources dans le pays.

Un correspondant de l’AFP dans la région a confirmé la poursuite mardi des affrontements autour de la ville. Dans le même temps, les forces du régime de Bachar al-Assad se sont déployées au sud de Ras al-Aïn, à la périphérie de la ville de Tal Tamr, en vertu d’un accord conclu dimanche avec les Kurdes visant à contenir l’offensive turque.

Plus à l’ouest, des affrontements ont également eu lieu dans la nuit autour de Minbej entre combattants pro-Ankara et forces du conseil militaire de la ville, affilié aux autorités kurdes. Pour aider ces dernières, Damas a aussi envoyé des troupes dans cette ville.

La Turquie souhaite créer une « zone de sécurité » de 32 kilomètres de profondeur le long de sa frontière pour tenir les forces kurdes à distance et rapatrier une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens sur son sol. En sept jours, l’offensive turque a déjà tué 70 civils côté syrien et 135 combattants des FDS, selon l’Observatoire. Les affrontements ont également tué 120 combattants proturcs, selon la même source, et cinq soldats turcs, selon Ankara. En outre, 20 civils sont morts dans des tirs de roquettes sur des villes turques en provenance de la Syrie. L’offensive a provoqué en outre l’exode de 160.000 personnes d’après l’ONU. A ce sujet, les autorités kurdes en Syrie se sont alarmées mardi de l’arrêt des activités de « toutes » les ONG internationales et le retrait de leurs employés du nord-est du pays.

« La situation des déplacés a empiré dans les régions visées par l’agression (turque), avec l’arrêt total de l’aide humanitaire, l’arrêt des activités de toutes les organisations internationales et le retrait de leurs employés », déplore un communiqué de l’administration semi-autonome kurde. Lundi, l’organisation internationale Mercy Corps a annoncé « la suspension de ses opérations dans le nord-est de la Syrie et l’évacuation de son personnel international ». « C’est un scénario cauchemardesque », a indiqué le directeur-adjoint chargé de la Syrie, Made Ferguson. « Il y a des dizaines de milliers de personnes qui fuient et nous n’avons aucun moyen de les atteindre », a souligné M. Ferguson.

Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) a indiqué de son côté que les Nations unies et leurs partenaires étaient « extrêmement préoccupés » par la sécurité de leurs centaines d’employés syriens.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a indiqué lui poursuivre ses activités, reconnaissant des « perturbations » touchant à la livraison dans certaines zones.

 


 

Facebook : l’association Libra officiellement mise sur pied à Genève

Pendant une conférence sur Libra à Genève, le 26 septembre 2019 – AFP/Archives / Fabrice COFFRINI

 

L’association Libra, qui doit gérer la future monnaie virtuelle souhaitée par Facebook, a été officiellement mise sur pied lundi par 21 membres fondateurs, a annoncé à l’AFP dans la nuit de lundi à mardi le secrétaire général de cette association, Bertrand Perez.

En signant lundi la charte de Libra, ces entreprises sont devenues « membres du Conseil de la Libra, organe chargé de la gouvernance de l’association », indique un communiqué. M. Perez s’est félicité auprès de l’AFP d’avoir « aujourd’hui 21 membres totalement motivés, qui croient au projet ».

« On a une totale garantie de leur implication à partir de ce jour, ce qui fait qu’on est assez confiant pour le projet », a-t-il poursuivi, estimant que les récentes défections de Paypal, Visa, Mastercard ou eBay n’entamaient pas la détermination des initiateurs de Libra. « Ce qui est certain, c’est que pour nous, cela ne change rien par rapport au projet », a-t-il dit.

La monnaie numérique Libra doit offrir un mode de paiement alternatif aux circuits bancaires traditionnels, un bouleversement qui suscite scepticisme et résistances.

Si un lancement était initialement prévu pour mi-2020, ce contexte de défiance conduit M. Perez à ne pas exclure un démarrage plus tardif. « Aujourd’hui, Libra est un changement considérable, un vrai changement de paradigme et on est là pour faire les choses dans le bon sens », a affirmé celui qui a été élu lundi secrétaire général de l’association.

« Ce qu’on souhaite, c’est bâtir une plateforme qui soit solide, qui soit là pour durer et qui nous survivra sur le long terme. Dans cette perspective-là, (…) si les discussions que nous sommes en train d’avoir avec les régulateurs nécessitent plus de temps, parce qu’on a plus de choses à approfondir, plus de choses à apporter et qu’on doit reporter la date de lancement de quelques trimestres, je dirais qu’à l’échelle d’un projet comme celui-là, ça ne va pas nous poser de problème », a-t-il dit.

Parmi les 21 membres fondateurs de Libra, se trouvent l’entreprise de paiement en ligne PayU, les groupes de télécommunications Vodafone et Iliad, les plateformes Uber, Spotify ou Farfetch, des acteurs de la blockchain comme Anchorage, Xapo ou Coinbase, des fonds de capital risque comme Andreessen Horowitz, Ribbit Capital ou des organisations à but non lucratif comme Kiva ou Mercy Corps.

Lors de sa réunion de lundi, le conseil des membres de Libra s’est également doté d’un conseil de direction de cinq personnes.

M. Perez assure que d’autres entreprises « ont manifesté l’intérêt de rejoindre l’association », se disant « totalement optimiste » sur le fait de compter, comme annoncé, une association d’une centaine de membres au moment du lancement.

Le projet suscite pourtant, aux Etats-Unis comme en Europe, l’hostilité croissante de bon nombre de régulateurs et gouvernements qui s’inquiètent de la mauvaise réputation de Facebook en matière de confidentialité et de protection des données personnelles et redoutent que la Libra ne soit utilisée pour tromper le fisc.

Le patron de Facebook Mark Zuckerberg va être convoqué le 23 octobre par une commission parlementaire américaine qui souhaite passer en revue le projet.

En Europe, Bruno Le Maire, ministre français de l’Economie et des Finances, notamment, a averti que la Libra représentait selon lui une menace pour la « souveraineté monétaire des Etats ».

Responsable du développement numérique