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18H03 - mercredi 2 octobre 2019

L’offre finale de Boris Johnson, la marche de la colère des policiers, Nike éclaboussé par un scandale de dopage, Goulard défend sa candidature à la Commission européenne, l’actualité du 2 octobre en 4 photos

 

Brexit : Boris Johnson dévoile son « offre finale » à l’UE

Le Premier ministre britannique Boris Johnson prépare son discours de clôture du congrès du parti conservateur à Manchester, le 1er octobre 2019 – POOL/AFP / Stefan Rousseau

 

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a mis mercredi la pression sur les Européens en les avertissant que le Royaume-Uni était prêt à une sortie de l’UE sans accord le 31 octobre en cas de rejet d’un « compromis » présenté par Londres. Arrivé au pouvoir fin juillet avec la promesse de sortir coûte que coûte son pays de l’Union européenne, le chef du gouvernement conservateur a annoncé qu’il présenterait dans la journée à Bruxelles « des propositions raisonnables et constructives », plaçant la balle dans le camp européen.

« Oui, le Royaume-Uni fait un compromis, et j’espère vraiment que nos amis européens le comprendront et feront un compromis à leur tour », a-t-il déclaré devant ses militants au dernier jour du congrès annuel du Parti conservateur à Manchester (nord-ouest de l’Angleterre). S’il n’est pas rentré dans les détails techniques, il a averti qu’en cas de rejet de son plan, le Royaume-Uni sortirait de l’UE le 31 octobre « quoi qu’il arrive ». Il a assuré qu’en cas de rejet de son plan, son pays était « prêt » à un « no deal », aux conséquences économiques potentiellement désastreuses, effrayant la Bourse de Londres.

L’objectif de cette nouvelle offre est toutefois d’éviter une sortie brutale en résolvant le casse-tête de la frontière irlandaise pour mettre fin à trois ans d’une saga qui a plongé le Royaume-Uni dans une profonde crise politique. Ce plan, dont les détails qui ont fuité ont été accueillis froidement à Dublin, n’a pas été commenté par Bruxelles en attendant que les détails soient officialisés. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker s’entretiendra par téléphone mercredi à 15h15 GMT avec Boris Johnson.

A Berlin, une porte-parole du gouvernement allemand a indiqué que la Commission européenne devait étudier le projet avant de se prononcer. « Il est important de trouver une solution car le temps presse un peu », a-t-elle ajouté. A 29 jours de la date prévue pour le Brexit, le calendrier est très serré pour trouver un accord de divorce. Celui négocié par Theresa May, prédécesseur de Boris Johnson, avait été rejeté à trois reprises par le Parlement britannique, mécontent notamment du « filet de sécurité » (ou « backstop » en anglais), mécanisme visant à éviter le retour d’une frontière en Irlande entre la province britannique du Nord et la république membre de l’UE au sud, après le Brexit.

Selon The Telegraph, la nouvelle proposition britannique prévoit que l’Irlande du Nord reste dans le marché unique européen jusqu’en 2025, tout en formant une union douanière avec le Royaume-Uni. Il y aurait donc en quelque sorte deux frontières: des contrôles douaniers entre les deux Irlande et des contrôles réglementaires en mer d’Irlande, qui sépare la Grande-Bretagne de sa province nord-irlandaise.

Le chef de la diplomatie irlandaise Simon Coveney, sur Sky News, s’est dit « pas très encouragé » par ces informations: « Si ce qu’il propose ce sont des contrôles douaniers sur l’île d’Irlande, alors je ne pense pas que ce sera la base à un accord ». Boris Johnson a de nouveau démenti envisager le retour de tels contrôles physiques à la frontière, sans expliquer comment il comptait résoudre la question.

Carolyn Fairbairn, la patronne de la principale organisation patronale britannique (CBI), a estimé que l’offre britannique ne pouvait « être la destination finale » car elle bloquerait l’Irlande « avec des barrières de tous les côtés ».

Enthousiasmée par le discours de Boris Johnson, la militante Rosemary Hardwicke (conservateurs de l’Ile de Wight) regrette qu’il n’ait pas détaillé davantage son offre à Bruxelles. « C’est juste une idée, me semble-t-il. Je ne pense pas qu’il ait dit quelque chose (…) qui n’ait pas déjà été dit ».

Sous sa forme actuelle, le « backstop » prévoit de maintenir le Royaume-Uni tout entier dans une union douanière avec l’UE, ainsi qu’un alignement règlementaire sur l’UE plus poussé pour l’Irlande du Nord.

La perspective du rétablissement d’une frontière entre les deux Irlande en cas de « no deal » inquiète particulièrement Dublin, qui y voit une menace pour la paix en Irlande du Nord, difficilement établie en 1998 après trois décennies de violences entre des républicains nationalistes (catholiques), partisans de la réunification de l’île, et loyalistes unionistes (protestants), défenseurs du maintien dans la Couronne britannique.

Boris Johnson a prévenu qu’en cas d’échec des négociations avec l’UE, il ne demanderait pas de report du Brexit à Bruxelles. Une loi lui impose pourtant de demander un nouveau report s’il n’obtenait pas d’accord avec l’UE d’ici au 19 octobre, juste après le prochain sommet européen.

 


 

Des milliers de policiers à Paris pour une « marche de la colère »

AFP / MARTIN BUREAU

 

Une mobilisation inédite depuis près de 20 ans : à l’appel d’une large intersyndicale, des milliers de policiers défilaient mercredi à Paris pour une « marche de la colère » sur fond de malaise de l’institution, de hausse des suicides et de réforme des retraites.

Le cortège, parti de Bastille aux alentours de 13H30, se dirigeait vers la place de République aux sons des pétards et des sirènes entrecoupés de « Marseillaise », ont constaté des journalistes de l’AFP. Selon les organisateurs, la mobilisation a réuni 27.000 personnes. « La manifestation est un succès et un signal fort de la profession. C’est un avertissement sévère au gouvernement et à la présidence. On attend maintenant des réponses et des actes concrets », a déclaré Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance, qui marchait en tête du cortège aux côtés de ses homologues des autres syndicats. « Il faut redonner du sens au métier de policier. 52 suicides depuis le début de l’année, c’est dramatique et ça montre tout le malaise dans la profession. Il y en marre de la stigmatisation des policiers », a dit Philippe Capon, secrétaire général d’UNSA police.

De mémoire de syndicalistes policiers, on n’avait pas vu un tel appel unitaire depuis 2001. A l’époque, la mobilisation avait été provoquée par le meurtre de deux policiers au Plessis-Trévise (Val-de-Marne) par un braqueur récidiviste. Cette fois, pas d’élément déclencheur, mais une usure opérationnelle liée au mouvement social des « gilets jaunes », où la police a été accusée de violences, et un bond des suicides au sein de la police nationale.

« Nous sommes venus ici pour nous battre pour nos conditions de travail, et surtout pour rendre hommage à nos collègues qui ont mis fin à leurs jours », déclare Damien, 24 ans, policier à la Brigade des réseaux transiliens, à Paris. « Nous sommes là car c’est un ras-le bol », explique Yves, 54 ans, policier à Montpellier. « On remet en cause la réforme des retraites, les politiques, les médias, le traitement des affaires. Pour nous il n’y a jamais de présomption d’innocence ».

Quelques « gilets jaunes », dont Eric Drouet, étaient venus faire « acte de présence » non loin de la place de la Bastille, encadrés par des gendarmes mobiles pour éviter tout incident avec les manifestants.

« On est venu rappeler qu’il y a aussi eu des violences policières depuis dix mois », a déclaré cette figure du mouvement social né en novembre 2018.

 


 

Nike dans la tourmente, éclaboussé par un scandale de dopage

Le PDG de Nike Mark Parker en 2016 à New York – AFP / Jewel SAMAD

 

Son entraîneur maison Alberto Salazar suspendu quatre ans, lundi, pour infraction aux règlements sur le dopage, l’équipementier américain Nike est désormais menacé par le scandale, son PDG étant même cité dans le jugement. Injections trop importantes d’acides aminés (qui favorisent la combustion des graisses), expériences avec de la testostérone, documents médicaux falsifiés… L’enquête de l’agence américaine antidopage (USADA) a mis au jour une série de dérapages de l’entraîneur d’athlétisme le plus célèbre du monde.

Moins attendu, le nom du PDG de Nike lui-même, Mark Parker, apparaît dans le document produit par un panel d’arbitres indépendants, qui a rendu la décision appliquée par l’USADA. Il en ressort que le dirigeant était en copie de plusieurs courriers électroniques l’informant de l’avancée des recherches d’Alberto Salazar et de son équipe du Nike Oregon Project (NOP). Le NOP a été créé en 2001 par le triple vainqueur du marathon de New York pour relancer l’élite de la course de fond aux Etats-Unis. 

Dans un courriel daté de 2011, Alberto Salazar explique, notamment au PDG de Nike, avoir injecté pour un test, à l’un des entraîneurs du NOP, un litre d’un mélange d’acides aminés et de dextrose (glucose), une dose nettement supérieure aux règles de l’Agence mondiale antidopage (AMA). Deux ans plus tôt, dans un autre courrier électronique envoyé à Mark Parker, le Dr Jeffrey Brown, qui collabore au NOP, évoque des expériences menées avec de la testostérone sous forme de gel. Dans une réponse, le PDG écrit qu’il « serait intéressant de déterminer la quantité minimale d’hormone masculine requise pour déclencher un test positif ».

Dans une réaction transmise au Wall Street Journal, l’équipementier explique que « Mark Parker n’avait aucune raison de croire que le test ne suivait pas les règles dans la mesure où un médecin y participait ».

Officiellement, ces essais répondaient à l’inquiétude de l’entraîneur, alerté d’une possible contamination de ses athlètes à la testostérone par une personne extérieure, qui aurait appliqué le gel à leur insu. « Pour Mark, Alberto cherchait à empêcher que ses athlètes soient dopés », a expliqué un porte-parole de Nike au WSJ.

Mardi, l’action Nike a abandonné 1,75% soit un peu plus que le marché new-yorkais (-1,28%), au lendemain d’une séance qui l’avait vue clôturer sur le prix le plus élevé de son histoire. Mercredi, elle a de nouveau ouvert en baisse (-1% vers 13H45 GMT). Depuis plusieurs trimestres, le groupe publie des résultats scintillants, portés par sa réorientation vers la vente en ligne et ses bonnes performances sur le marché chinois.

L’affaire Salazar risque-t-elle de ternir le tableau?

Interrogé par la chaîne allemande ZDF, le PDG de l’USADA Travis Tygart a été clair: « J’espère que Nike va prendre ça comme un appel à réagir. Ils n’ont plus le droit de trouver d’excuses, ils doivent admettre que des expériences ont été réalisées sur des athlètes en leur nom et dans leur centre d’entraînement, et que c’était simplement mauvais ».

« L’histoire de Nike est pleine d’exemples de soutien à des (athlètes) dopés, à des fédérations favorisant le dopage », a lancé mardi, depuis son compte Twitter, l’ancienne coureuse de fond Lauren Fleshman, qui fut sponsorisée par la marque à la virgule durant plus de neuf ans, jusqu’en 2012. « Ils font semblant de ne rien voir même quand il est clair qu’il y a quelque chose de pourri », a-t-elle ajouté. Ils mettent des +swooshs+ (la virgule, symbole de Nike) sur des bombes à retardement. Et quand elles explosent, Nike est souvent le dernier à couper les ponts. » En 2012, Nike a officiellement soutenu Lance Armstrong immédiatement après la publication d’un rapport accablant de l’USADA visant le coureur cycliste et son équipe, avant de le lâcher quelques jours plus tard. En juin 2016, l’équipementier a également maintenu son contrat avec la joueuse professionnelle de tennis Maria Sharapova, suspendue deux ans pour dopage. Nike entretenait là son image d’entreprise se tenant aux côtés des athlètes, qu’il s’agisse de Kobe Bryant, accusé de viol en 2003, ou Tiger Woods, pris dans un scandale d’adultère en 2009. En septembre 2018, l’équipementier a aussi fait grand bruit –mais pour un tout autre genre d’affaire– en choisissant pour une campagne publicitaire majeure le footballeur américain et activiste Colin Kaepernick.

« Nike doit rendre des comptes publiquement », a estimé Lauren Fleshman, qui participa à trois championnats du monde sur 5.000 m. « Si vous faites des pubs sur la pureté du sport tout en finançant la face cachée qui le sape », a-t-elle écrit, « c’est un problème. »

 


 

Goulard défend sa candidature à la Commission européenne: « I’m clean »

Sylvie Goulard, candidate désignée pour le poste de commissaire européenne chargée du marché intérieur, le 2 octobre 2019 devant les parlementaires européens à Bruxelles – AFP / Kenzo TRIBOUILLARD

 

Désignée par Emmanuel Macron pour intégrer la Commission européenne, la Française Sylvie Goulard a réclamé mardi « le respect de la présomption d’innocence » aux eurodéputés, qui ne l’ont pas ménagée lors d’une audition à Bruxelles sur les enquêtes dont elle fait l’objet pour des soupçons d’emploi fictif.

« I’m clean » (« je suis propre »), a lancé en anglais Mme Goulard aux représentants du Parlement, qui décideront, à l’issue de cette audition, de valider ou non sa nomination pour le portefeuille aussi vaste que stratégique du « Marché intérieur » au sein du futur exécutif européen.

Cette audition est aussi un nouveau test pour la présidente du futur exécutif européen, l’Allemande Ursula von der Leyen, censée entrer en fonction le 1er novembre et dont l’équipe peine pour l’instant à convaincre les eurodéputés qui auditionnent tous les candidats jusqu’au 8 octobre.

Deux de ses membres – la social-démocrate roumaine Rovana Plumb et le Hongrois Laszlo Trocsanyi (PPE, droite)- ont été retoqués avant même leur audition, ce qui provoqué le courroux du PPE.

Dans ce contexte, Mme Goulard, une commissaire des Libéraux de Renew, le troisième grand groupe politique de l’UE, est devenue une cible.

Députée européenne de 2009 à 2017, la Française a été interrogée à plusieurs reprises sur les deux enquêtes dont elle fait l’objet –l’une de la justice française, l’autre de l’Office européen de lutte antifraude (Olaf)– dans l’affaire des emplois présumés fictifs des assistants des eurodéputés Modem.

Ce dossier l’avait conduite à quitter son poste de ministre des Armées en juin 2017, un mois seulement après sa nomination.

Plusieurs députés ont soulevé les « questions éthiques » posées par le fait que Mme Goulard fasse l’objet de deux enquêtes. « Comment comprendre que cela ne vous empêche pas d’exercer la fonction de commissaire ? », a lancé le Français François-Xavier Bellamy (droite). D’autres députés ont aussi dit « ne pas comprendre » comment elle pouvait prétendre être commissaire alors qu’elle a démissioné pour les mêmes raisons de son poste de ministre des Armées. « Un usage existe en France, depuis les années 90, selon lequel tout ministre, à partir du moment où il serait mis en examen, devrait démissionner », a-t-elle expliqué, ajoutant que « dans les institutions européennes, un tel usage n’existe pas ». « Je n’ai pas été mise en examen, mais j’ai estimé alors pour une raison, avoir la responsabilité des armées françaises (…) que je ne pouvais pas faire courir ce risque », a-t-elle poursuivi. « Ce n’est pas que j’aurais du mépris pour les fonctions européennes », mais « la gravité de l’engagement de la vie humaine est un petit peu d’une autre nature ».

« Je respecterai, si elle advient, la décision de justice », a-t-elle affirmé.

La Française a déjà remboursé 45.000 euros au Parlement européen, correspondant à huit mois de salaire d’un de ses assistants, pour lequel elle n’a pas pu fournir « de preuve de travail ». « Un aveu », selon ses détracteurs. « Je n’ai rien reconnu » avec ce remboursement, a-t-elle répondu, expliquant qu' »il y avait eu des problèmes au moment de (la) démission » de ce collaborateur.

Mme Goulard a également été interrogée sur son travail de « consultante », à « plus de 10.000 euros » mensuels, pour un think tank américain, l’institut Berggruen, d’octobre 2013 à janvier 2016, alors même qu’elle était eurodéputée. « J’ai tout déclaré, tout était légal », a-t-elle souligné.

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