Monde
07H00 - samedi 14 septembre 2019

Le désalinisation d’eau de mer, oui. Mais à quel prix ?

 

La désalinisation classique d’eau de mer fait partie de la longue liste des fausses bonnes idées.Elle concerne aujourd’hui plus 20 000 sites industriels sur la planète, alloués à cette méthode de fabrication d’eau douce.

Ces technologies (osmose inverse avec une membrane, méthodes de distillation, électrodialyse) bien développées au Moyen-Orient, permettent de rendre potable une eau de mer salée à environ 40g/litre, ou, plus facilement, de l’eau douce polluée et à traiter. 
Elles nécessitent une consommation d’énergie importante (sauf pour les petites unités par système de condensation) et il est à noter que les process de désalinisation sont, depuis quelques années, beaucoup plus performants avec l’évolution de la technologie.
Ainsi, il est désormais possible de coupler cette production d’eau douce avec une production d’énergie, par la vapeur, et en sortie des turbines (l’usine de désalinisation est appelée alors « thermique » ) et en améliorer le rendement. 

Ceci permet de fait de limiter la production des effets de serre (GES) générés par cette technologie.

Il faudra aussi prendre en compte l’hypersalinisation de l’eau résiduelle comme un impact écologique négatif important et dont l’ONU se soucie mieux. Cet organisme, qui a commandé un nombre important d’études, est effectivement bien conscient que les 95 millions de mètres cube d’eau douce produits en 2018 chaque jour, produisent aussi 141,5 millions d’eau hyper salée par voie de conséquence. La gestion de cette production de saumure est donc aussi un enjeu écologique. 

Par ailleurs, les pompes d’aspiration d’eau de mer aspirent aussi toute une vie marine de micro-organismes essentiels, définitivement détruits…. Ces différents éléments environnementaux rentrent enfin en compte et cela fait partie des dommages collatéraux de cette industrie qui ne mesurait pas, jusqu’ici, l’impact biologique sur les écosystèmes, et ne calculait que le rendement énergétique de la production d’eau douce. Rappelons qu’il faut 8 litres d’eau de mer pour produire 4 litres d’eau douce.

En bordure de mer, l’Arabie Saoudite (avec 31 usines de désalinisation) fut un pays pionnier de cette technologie où l’eau désalée représente la moitié de la consommation, l’autre partie étant apportée par le pompage dans les nappes aquifères fossiles.

Le renouvellement des nappes est évidemment impossible et cette eau est donc définitivement perdue… L’Arabie saoudite dépense au total et à ce jour plus de 4 fois plus d’eau qu’elle n’en produit.

Cette eau a permis d’alimenter des projets agricoles très gourmands (tels que la culture du blé) ainsi que celles des villes près des rivages, et cette masse d’eau aura été souvent dilapidée…

La fabrication très énergivore de cet or bleu est d’autant plus intéressante pour l’Arabie Saoudite, qu’elle dispose de réserves importantes d’Or Noir à bas coûts. 

Ces dernières années, une meilleure gestion de l’eau est enfin envisagée. C’est une nécessité de premier ordre, mieux appréhendée par le royaume et ses habitants, consommateurs de plus du double d’eau, que la moyenne mondiale.Ceci ne fera qu’augmenter d’ailleurs, avec le changement climatique…

Un projet de sensibilisation à la réduction de la consommation d’eau, appelé « Qatrah » est lancé depuis le printemps 2019 alors que l’augmentation d’eau désalée augmente de 14 pour cent par an sur la région.

Les usines étaient jusqu’ici alimentées par l’énergie fossile mais un rapprochement et une coopération, avec les technologies utilisées par les Israéliens, se met en place avec une dynamique plus vertueuse et respectueuse de l’idée même d’un développement durable et d’une meilleure gestion de l’eau.

Rappelons qu’Israël dispose de cinq méga usines de désalinisation et cinq autres en finalisation de projet. Il ne dispose pas d’Or Noir mais une partie de son économie est basée sur une production agricole dynamique et créative, elle même plus vertueuse.

Ceci a fortement mobilisé la recherche sur ces questions sensibles au Moyen-Orient de la « guerre de l’eau ».L’ assèchement des fleuves et le manque d’approvisionnement d’eau aura ainsi poussé Israël à trouver des solutions de désalinisation optimisées (notamment solaires) et cette dynamique s’est accentuée ces dernières années.

L’Australie, elle aussi, mise beaucoup sur cette technologie et notamment depuis la grande sécheresse, démarrée en 1990 et qui s’est poursuivie jusqu’en 2009. Ce pays aura vu ses réserves d’eau du Sud-Est s’assécher sur cette période. Melbourne a donc investi et dispose maintenant d’un tiers de sa consommation d’eau douce assurée, depuis l’installation d’une méga usine, en 2017.

Il est à noter enfin que le coût du process industriel de la désalinisation a baissé de moitié sur les trente dernières années. Ainsi le réchauffement planétaire global devra faire appel de plus en plus à ces technologies, pour avoir accès à l’eau douce, mais AVEC une vraie gestion de l’impact écologique à gérer en parallèle, afin de ne pas accélérer le réchauffement climatique et augmenter les gazs à effet de serre (GES).

A l’échelle mondiale, on se retrouve actuellement avec une population de 300 millions de personnes directement dépendantes de ces technologies et c’est donc un enjeu important de développement ou de maintien d’activités agricoles dans bien des pays du monde.
De plus, de grandes villes, telles Los Angeles ou San Diego aux Etats-Unis, auront, par définition, un déclin de leurs populations par incapacité à fournir les quotas d’eau indispensables au maintien de celles-ci.

Sachons donc dès maintenant comprendre l’importance de la gestion de l’eau, saine, pour maintenir la vie.

 

Anne-Carole Nilsson

Conseillère scientifique, consultante indépendante en développement durable et enjeux de santé

Consultante scientifique

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