Esprit Sports
07H00 - vendredi 28 juin 2019

Et si le football féminin était plus télégénique que le football masculin ? Analyse footballistique de Michel et Raymond Taube

 

Faisons fi de toute considération sociologique, gardons-nous de toute instrumentalisation des footballeuses comme combattantes du féminisme, pour nous concentrer sur le jeu, rien que le jeu. Le football n’est ni un sport de combat ni une course de vitesse. Il est d’abord un jeu collectif en perpétuel mouvement. D’ailleurs, la plupart des très grands joueurs de l’histoire, comme Pelé ou Maradona, n’étaient pas des armoires à glace montés sur réacteurs. Les sceptiques – et a priori, on peut les comprendre, devraient regarder avant de juger.

AFP / FRANCK FIFE

 

Si l’on en juge par les scores d’audience, la Coupe de monde de football féminin est déjà un grand succès. Certes, les médias y ont contribué, et certains ont pu déplorer une sorte d’incitation à aimer le football féminin et à suivre les matchs, du moins ceux de l’équipe de France, qui n’est pas sans rappeler l’injonction de tristesse et de deuil qui avait suivi la mort du Dieu Johnny. Mais certains matchs de la Coupe du monde féminine ont atteint une intensité et une qualité de jeu qui n’ont rien à envier aux joutes testostéronées. De quoi battre en brèche nombre de reproches faits au football féminin.

Le premier d’entre eux est sa relative lenteur. Oui, Amandine Henry n’atteint pas les 36 km/h d’un Kylian Mbappé, et globalement, le déplacement des joueuses est moins rapide que celui des joueurs. Dans un stade, cela est plus flagrant qu’à la télévision. Car sur écran, la sensation de vitesse est largement estompée. Une course de Formule 1 ne montre finalement que quelques rectangles colorés dont il est impossible de réaliser qu’ils se déplacent parfois à plus de 300 km/h, hors images provenant de caméras embarquées. Idem pour une finale olympique de 100 mètres ou un sprint du Tour de France cycliste : la télévision ne peut que très partiellement retranscrire la sensation de vitesse.

Second reproche : le manque d’engagement physique. D’abord, cet argument, largement basé sur la différence de force physique, n’est pas recevable, a fortiori d’un point de vue télégénique. Prenons l’exemple de la boxe : un combat de poids plumes peut être plus rapide, plus spectaculaire qu’un combat de poids lourds. Ensuite, le prétendu défaut d’engagement des footballeuses doit être nuancé, certains matchs de la coupe du monde révélant même parfois quelques excès de… virilité ! Le beau football n’est pas un combat de sumos ou de boxe. On admire le jeu de passes du FC Barcelone ou de l’équipe du Brésil des grandes années bien plus que le « kick and rush » anglais, ou le jeu très défensif d’une équipe de France masculine, toute championne du monde soit-elle. On ne peut donc reprocher aux femmes de ne pas privilégier le jeu de contact, visant souvent à casser le jeu de l’adversaire plus qu’à créer, quand ce n’est pas de casser l’adversaire lui-même, ou au contraire se rouler par terre à la première occasion de simulation. Pourtant, les femmes semblent vite apprendre la (mauvaise) leçon masculine, à en juger par le nombre de mauvais gestes déjà commis durant cette Coupe du monde féminine.

Et si le football féminin était supérieur au football masculin ? Certains matchs de la Coupe du monde ont mis en évidence un jeu collectif de très haut niveau et une vision du jeu qui manque souvent à nos stars masculines. On dit que globalement, les femmes savent mieux que les hommes accomplir plusieurs tâches en même temps. Cette qualité peut incontestablement être mise à profit dans un sport collectif à forte dimension individuelle. Les femmes semblent aussi plus posées, plus réfléchies, là où les hommes apparaissent plus impulsifs, plus impétueux, plus tricheurs aussi.

Imaginons un match entre l’équipe féminine des États-Unis, la meilleure du monde sur le long terme (mais la France la vaincra ce soir !), et l’équipe de France masculine championne du monde, mais avec un arbitrage calé sur le plus petit dénominateur commun en termes physiques et en intensité de l’engagement. Ce serait indispensable, sans quoi un coup d’épaule d’un défenseur central ferait valser dans les airs une attaquante. Si l’issue du match ne dépendait que de la qualité du jeu, rien ne permettait d’affirmer que les hommes l’emporteraient, tant le collectif féminin américain est impressionnant.

Ce soir, les Françaises défieront les Américaines, championnes du monde en titre, au Parc des Princes. Les Américaines ont depuis longtemps une longueur d’avance, car le football féminin est très populaire outre-Atlantique. Une élite performante émerge ainsi d’une base énorme, comme cela est le cas ailleurs du football masculin. Sur le papier, les jeux sont faits : individuellement, collectivement, techniquement, physiquement, les Américaines semblent imbattables. Mais nos joueuses ont le public avec elles et surtout, le football, masculin comme féminin, est ce sport extraordinaire où la chance, que l’on préfère appelée réussite, rebat les cartes à chaque match. Les États-Unis ont d’ailleurs peiné à éliminer l’Espagne en 8ème de finale. La France a été aussi inquiétante que l’équipe masculine durant le 1er tour de la coupe du monde 2018. On connaît la suite…

Allez les bleues et vive le football féminin !

 

Michel Taube et Raymond Taube, rédacteur en chef d’Opinion Internationale

Directeur de la publication
Directeur de l'Institut de Droit Pratique