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08H54 - jeudi 15 juin 2017

EXCLUSIF : Opinion Internationale révèle que le géant L’Oréal a espionné son concurrent Guinot pour s’implanter sur le marché des instituts de beauté. Parce que Guinot le vaut bien ?

jeudi 15 juin 2017 - 08H54

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En politique comme dans les affaires, l’éthique et la loyauté seraient-elle si rares parmi les puissants ? C’est la morale que pourraient inspirer les faits que nous allons vous relater…
Comment procéder lorsqu’on n’a pas pu mettre la main sur un de ses concurrents ? L’espionner pour lui voler son savoir-faire et le déstabiliser. Dans le petit monde cosy des cosmétiques et des instituts de beauté, le géant L’Oréal a manifestement employé des moyens déloyaux et illégaux pour tenter d’écraser la concurrence… De quoi entacher l’image internationale de la marque française…
Jean-Daniel Mondin, fondateur et PDG des salons de beauté Guinot, leader français et européen dans son secteur, attaque en justice L’Oréal pour usurpation de son savoir-faire et décide de saisir les instances éthiques mondiales de la profession. Ce vol en gant blanc risque de secouer un petit monde généralement discret…
En effet, et selon nos informations, Opinion Internationale révèle que L’Oréal, après avoir tenté de racheter Guinot, l’a espionné et a volé une part de son savoir-faire, la clé immatérielle de son succès, pour s’implanter sur le marché des instituts de beauté.
Malgré les efforts de la justice, le procès tarde à se conclure, à cause de la mauvaise foi et du comportement dilatoire du géant des cosmétiques, et alors même que le préjudice commercial et stratégique pour le plaignant est déjà considérable…

 

Venons-en aux faits…

En 2012, L’Oréal fait une offre d’achat de Guinot, la marque leader en France et en Europe sur le marché des instituts de beauté. Guinot ne donne pas suite. Un an plus tard, le 13 septembre 2013, L’Oréal se rétracte de son offre.

 

 

 

Quelques semaines plus tard, faute de n’avoir pu acquérir Guinot, le géant mondial rachète ses marques concurrentes, Carita et Decleor, qui se révéleront des gouffres financiers.

En janvier et février 2015, des enquêteurs rendent visite à des instituts affiliés Guinot et interrogent les franchisés sur leur offre de soin, leur méthode de travail et leurs secrets de fabrique qui font leur succès.

Interloqué par le caractère intrusif et inhabituel de ces enquêtes, l’un de ces franchisés interroge en mars 2015 la société Guinot qui lui révèle qu’elle n’est en rien à l’origine de ces « visites » impromptues. Cette intrusion étrangère aurait pu passer inaperçue, les enquêteurs ayant agi chez les franchisés sous une identité usurpée, leur faisant croire que l’enquête était menée par Guinot lui-même.

La direction de Guinot, sentant la « magouille en bande organisée » d’un concurrent, décide de saisir la justice pour savoir pourquoi – et à la demande de qui – de telles visites ont été diligentées. Presque immédiatement, sur la base d’une ordonnance du Tribunal de Commerce qui autorise la saisie de documents par huissiers, la société Guinot découvre que les « enquêteurs » ont agi, à la demande du service juridique de L’Oréal. Il s’avèrera finalement que l’enquête a été menée pour le compte de Carita, propriété de L’Oréal Professionnel. Et que donc le commanditaire de cet espionnage grossier n’est autre que L’Oréal elle-même…

Démasquée, L’Oréal affirme, contre toutes les évidences attestées par les documents saisis, que l’enquête est le fait d’une initiative isolée et que, de toute façon, elle n’avait pour objectif que de s’intéresser aux appareils des instituts, alors même que l’intitulé de l’enquête est sans ambiguïté sur le caractère global de la volonté d’espionnage : « Etude approfondie sur l’offre Guinot auprès des esthéticiennes et consommatrices ». De plus, les seules marques citées dans le questionnaire sont Carita et Guinot.

Cette pratique d’espionnage est d’autant plus choquante que les deux sociétés, L’Oréal et Guinot, étaient liées par une clause de confidentialité après l’offre d’achat de Guinot par L’Oréal et que les franchisés espionnés doivent eux-mêmes respecter des engagements de confidentialité vis-à-vis de Guinot.

Ces faits se sont passés il y a deux ans et demi… Que s’est-il passé depuis ? Jean-Daniel Mondin a vainement tenté, dès le début de l’affaire et à de nombreuses reprises, d’obtenir des clarifications de L’Oréal… Courriers sans retour ou réponses mensongères, rendez-vous avec des interlocuteurs manifestement de mauvaise foi, obstructions aux mesures ordonnées par le Tribunal de Commerce, postures dilatoires se sont succédés…

Une médiation a même été proposée par Guinot dès l’année 2015, sous l’égide de la FEBEA (Fédération des Entreprises de la Beauté), pour établir la vérité. Jusqu’à ce que l’on découvre que le médiateur, Emmanuel Ader, avait non seulement des relations professionnelles mais encore familiales avec l’avocat du géant mondial. Allons bon…

Selon nos informations, Jean-Daniel Mondin a encore écrit hier, mercredi 14 juin 2017, à Jean-Paul Agon, PDG de L’Oréal, pour s’étonner qu’il n’ait toujours pas pris la peine de le recevoir, malgré tous les courriers l’informant des problèmes de violation répétée de la Charte éthique et de gouvernance de son groupe. 

La justice n’est pourtant pas restée inactive… Les sept ordonnances déjà rendues par le tribunal de commerce de Paris et la saisie de centaines de pièces laissent peu de doutes sur la matérialité d’un détournement de savoir-faire de très grande ampleur : L’Oréal a bien tenté de voler les secrets du savoir-faire Guinot, soigneusement protégé depuis la création de la marque il y a 40 ans. Ce savoir-faire tient dans l’expertise unique et distinctive des instituts de beauté Guinot, propre à la méthode de soins, à la formation des esthéticiennes, à l’exploitation des cabines, à la publicité des instituts ou encore au contrôle de savoir-faire.

 

Préjudice stratégique

Les préjudices subis par Guinot sont considérables. Ils se font ressentir fortement tant en France qu’à l’étranger. En France, le vol du savoir-faire a diminué la valeur exclusive de la marque pendant qu’il permettait à L’Oréal d’améliorer son concept et d’ouvrir deux instituts à Paris. De plus, le réseau des franchisés de Guinot s’est trouvé déstabilisé par cette affaire. Ils en parlent, craignent les méthodes de L’Oréal et attendent d’être défendus.

 

 

A l’étranger surtout (Guinot compte 11 000 Instituts répartis dans 70 pays à travers le monde, dont « seulement » 1 800 Instituts de Beauté en France), la négociation des contrats de master-franchise est rendue très compliquée par la séquence d’espionnage de L’Oréal qui doit être révélée aux candidats lors des négociations. Ainsi, aux Etats-Unis, le partenaire américain de Guinot préfère désormais attendre une forme de résolution de ce litige avant de développer la franchise. Bref, cette affaire gèle le développement de la marque Guinot.

 

Préjudice moral

Le petit monde de la beauté va-t-il nous rejouer l’éternelle histoire de David contre Goliath… Encore que Goliath combattait à visage découvert. Manifestement, Goliath a tenté de mettre à terre David.

« David », le président de Guinot, qui, pour la petite histoire, est actionnaire de L’Oréal à hauteur d’une seule action, n’entend pas se laisser faire : par principe tout d’abord, le silence de Jean-Paul Agon, silence qui le rend responsable des turpitudes de L’Oréal, l’a certainement offusqué. Et puis tout autant, au-delà du préjudice économique, Guinot fait de ce cas une affaire de morale.

 

Guinot aussi le vaut bien !

Alors, pourquoi ce comportement délictuel de L’Oréal ? Est-ce par souci de représailles suite à ce fameux rachat avorté de Guinot ? Ou parce que la marque avait absolument besoin de percer le secret de fabrique de son concurrent pour sortir enfin Carita et Decleor de l’ornière ? Probablement les deux à la lecture du dossier déjà épais que la justice va devoir trancher…

On le voit, la moralisation de la vie publique ne devrait pas concerner que le monde politique. Dans les affaires, responsabilité sociétale et loyauté sont censées réguler les relations entre concurrents… Qui disait : « l’éthique doit être la clé de voûte de toute entreprise et un devoir essentiel. Une culture d’intégrité, à la fois forte et effective, est un avantage compétitif pour une entreprise… » ? Ces belles paroles sont de Jean-Paul Agon lui-même, recevant le 22 janvier 2016 le Marshall Award, le Prix Nobel de la société le plus éthique au monde… Rien de moins !

Jean-Daniel Mondin vient de saisir l’ECI (Ethics & Compliance Initiative), l’instance qui décerne ce prix prestigieux. Attendons maintenant de voir quelle va être la réaction de Jean-Paul Agon à ces révélations pour le moins embarrassantes. Les administrateurs de L’Oréal, s’ils n’ont pas été prévenus, risquent de tomber de haut, ainsi que les actionnaires et les clientes de la marque. Espionnage, vol de savoir-faire, déstabilisation… Une affaire L’Oréal est bel et bien en train de prendre corps et risque de secouer le petit monde de la beauté…

Guinot a assigné L’Oréal en justice pour demander réparation des préjudices subis. Pour ces raisons morales et stratégiques, Guinot estime le montant total du préjudice à 13,5 millions d’euros. Son président attend sereinement le jugement du tribunal qui n’interviendra pas avant plusieurs mois.

Un peu de morale et le droit au respect ? Si les égéries et les clientes de L’Oréal le valent bien, Guinot aussi le vaut bien !

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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