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18H50 - mercredi 20 avril 2016

Ludovic Mathieu : « Le nombre de pratiquants est peu élevé en France »

mercredi 20 avril 2016 - 18H50

Ludovic Mathieu est en charge des équipes féminine et masculine française de patinage de vitesse sur courte distance. Il nous explique pourquoi la discipline pourrait percer en France si le vivier des compétiteurs augmente.

Ludovic Mathieu entouré du relais féminin qui avait la 3e place lors de la Coupe du Monde 2015 de Dordrecht (Pays-Bas) - Crédit photo : Ludovic Mathieu

Ludovic Mathieu entouré du relais féminin qui avait la 3e place lors de la Coupe du Monde 2015 de Dordrecht (Pays-Bas) – Crédit photo : Ludovic Mathieu

 

 

Que représente le short-track dans le monde, en terme de licenciés, de palmarès et d’histoire ?

Des pays comme la Corée du Sud et la Chine sont très développés et comptent entre 50 000 et 100 000 licenciés. Au Canada, la pratique se concentre particulièrement au Québec. La France compte entre 500 et 600 pratiquants en France, tout l’ Italie, l’ Angleterre, ou encore le Japon qui dispose quand même de structures plus professionnelles car les équipes sont liées à des entreprises. Aux États-Unis, c’est plus universitaire avec un grand centre à Salt Lake City ; en Amérique du Sud, il y a peu de patinoires, alors que les Australiens et les Néo-Zélandais s’entraînent généralement à Calgary ou à Salt Lake City, donc loin de chez eux.

Quelle est la principale qualité d’un(e) pratiquant(e) ?

Il faut savoir patiner, avoir de l’équilibre, être capable de s’écraser dans la glace, et faire preuve d’agilité, sans oublier la puissance car il faut surgir d’un peloton très rapidement. Je n’oublie pas le rythme cardiaque (l’anaérobie lactique) pour la résistance à la vitesse.

Quelle vitesse peut-on atteindre en course ?

De 30 à 50 km/h en virage sur une piste de 111,12 mètres, c’est-à-dire sur une patinoire olympique (de 30 m largeur et 60 m longueur).

Les patins sont-ils les mêmes que ceux utilisés par les patineurs artistiques ?

Non, ce sont des patins moulés avec des coques de carbone recouvertes de cuir, les lames mesurent entre 42 et 45 cm de longueur contre 20 et 25 cm en patinage classique. Les carres, moins affutées en patinage, sont très coupantes en short-track pour l’inclinaison.

Comment faire connaître le short-track autrement que par le prisme des JO d’hiver ?

La fédération internationale organise de belles courses le week-end sans enjeux, comme à Salt Lake City en 2015, cela permet de développer la discipline et aux athlètes d’engranger des primes variables selon la distance (par exemple: 5000 dollars pour 5000 mètres). On parle aussi de futurs paris sur les courses, mais cela ne me paraît pas la meilleure formule. Il faudrait plus de spectacle.

L’équipe de France féminine a participé aux derniers championnats du monde en mars  : cette équipe a-t-elle le potentiel pour aller loin ?

C’est lié à une évolution de la discipline en France et à l’entraînement que s’infligent ces équipes depuis environ sept ans. On a aussi réussi à avoir un groupe de quatre filles homogènes. Enfin, nous disposons de moyens plus importants qu’avant. Mais je dois être honnête : le nombre de pratiquants est peu élevé en France, on arrive à avoir une ou deux filles fortes, comme le prouve le relais féminin qui est composé de deux seniors et deux… juniors. Le relais masculin a plus de difficultés, car les patineurs patinent trois distances pendant trois jours de compétition (de 7h à 19h) et les patineurs sont très fatigués, car le vivier est peu important. À titre de comparaison, j’ai entraîné à Montréal et là-bas il y a un groupe de 25 à 30 patineurs, donc les personnes sélectionnées ont un autre niveau !

Quel est le niveau des Françaises et des Français sur l’échiquier mondial ?

Le relais filles se situe entre la 5e et 6e place mondiale, le relais hommes entre la 9 et la 11e. On essaie de mettre en place des conventions avec les entreprises pour que nos sportifs soient détachés pour s’entraîner. Cela commence à peine. En 2000, j’ai été détaché du Bataillon de Joinville pendant deux ans pour pouvoir pratiquer la discipline.

Comment développer la discipline dans l’hexagone, en ne bénéficiant plus de la tutelle de la Fédération des Sports de Glisse ?

Il y a seulement une quinzaine de clubs en France et 170 patinoires disponibles en France, mais avec des créneaux horaires (patinage artistique, curling, hockey…) à se partager. On ne peut pas pratiquer où on veut, et ce serait donc très difficile pour une fédé indépendante de se développer avec seulement 600 pratiquants, avec 4000 à 5000 j’aurais peut-être un autre discours !