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11H15 - mercredi 13 avril 2016

Perle Bouge : « Le handisport est avant tout du sport »

mercredi 13 avril 2016 - 11H15

Ramer, c’est pas gai ? Bien au contraire avec Perle Bouge, qui est passée allègrement du basket à l’aviron, et dont l’objectif depuis six ans demeure la quête d’un titre mondial et/ou olympique.

Crédit photo : © avironfrance - Daniel BLIN

Crédit photo : © avironfrance – Daniel BLIN

Entretien avec une championne qui sait ce qu’elle veut.

Comment est survenu votre handicap ?

En 1997, je circulais à moto dans le centre-ville de Rennes lorsque j’ai été renversée par une voiture qui a brûlé la priorité.

Pourquoi avoir choisi l’aviron ?

J’ai fait partie de l’équipe de France de basket fauteuil de 2001 à 2010, mais j’avais fait le tour de ce sport, et j’ai pu découvrir l’aviron en 2009 lors d’un premier test effectué pour mon travail (cadre technique et sportif auprès de la fédération handisport).

Vous voulez dire qu’en seulement un an, vous êtes passée de débutante à vice-championne du monde mixte (tronc et bras) ? Vous aviez forcément des aptitudes ?

Je pratiquais le haut niveau en basket, j’avais donc déjà un capital physique, et des capacités de performance intéressantes. J’ai dû travailler la technique, avec des entraînements du lundi au dimanche, afin d’optimiser les gestes. Au début 2010, l’entraîneur d’aviron m’a appelé pour me proposer un stage, un deuxième, puis des tests sur rameur plutôt intéressants. J’ai enchaîné avec les championnats de France… que j’ai remportés. Je n’ai bénéficié que de quelques semaines pour travailler avec Stéphane Tardieu, qui est mon collègue de bateau depuis six ans.

Combien de temps faut-il pour s’habituer à un partenaire ?

C’est compliqué car on rame à plusieurs, et la cohésion est l’aspect le plus important du travail. Or, mis à part lors des stages nationaux mensuels, on s’entraîne toute l’année en skiff (individuel). Pour les jeux de Rio, nous bénéficierons d’un mois de préparation.

Quels sont les atouts de votre duo ?

Nous détestons perdre !

Pourtant, vous êtes habituée des médailles d’argent en championnats du monde : pour des compétiteurs comme vous, la frustration doit être énorme…

Certaines nations ont des athlètes détachés à 100 % (Angleterre, Australie, Chine…), nous on travaille à côté (Stéphane Tardieu est VRP dans une entreprise privée), et on cumule la fatigue et le stress de la vie quotidienne. Il y a aussi d’autres facteurs : nous pouvons commettre des erreurs, d’inattention ou techniques, alors que nous restons forts physiquement ; en 2014 par exemple, on a fait une erreur technique alors qu’on menait. Enfin, même si notre bateau est le plus régulier en terme de palmarès depuis nos débuts, le niveau international des équipes a augmenté.

Les jeux paralympiques ont été bien accueillis à Londres en 2012. L’avez-vous aussi ressenti ?

Je pense. J’en ai parlé avec d’autres athlètes qui m’ont confirmé que le public anglais était là pour voir du sport et pas des personnes handicapées. Stéphane et moi avons même été applaudis après avoir battu les Anglais pour la médaille d’argent !

L’aviron est d’ailleurs intégré à la fédération française d’aviron, et non à la fédération handisport. Est-ce une exception ?

Elle a été pionnière pendant longtemps, mais aujourd’hui, elle n’est plus la seule (pour Rio, il y a aussi le triathlon, le badminton et le canoë-kayak). C’est bien de faire partie d’une fédération unisport, mais quand on accueille le public, il ne faut pas se limiter au haut niveau. Les fédérations doivent développer une expertise sur le handicap, à travers des formations et de la prévention.