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14H04 - lundi 17 mars 2014

La Chine et le Japon connaissent leur crise diplomatique la plus grave depuis soixante ans

lundi 17 mars 2014 - 14H04

L’Extrême-Orient n’a jamais été une région pacifique. De nouvelles tensions y émergent sans cesse depuis la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui encore, la « guerre » diplomatique sino-japonaise en est la preuve.

Après la visite du Premier ministre japonais Shinzō Abe au sanctuaire Yasukuni-jinja, le 26 décembre 2013, Pékin a immédiatement exprimé son mécontentement en déclarant Abe persona non grata et a refusé toute dialogue avec lui. En outre, une dizaine d’ambassadeurs chinois, en poste dans différents pays, ont fait de la publicité aux articles qui condamnaient l’action de Abe dans les journaux locaux importants. Pour répondre à la réaction chinoise, le premier ministre japonais a fait un discours au Forum économique mondial expliquant que, selon lui, les relations sino-japonaises actuelles ressemblent aux relations anglo-allemandes d’avant la Grande Guerre, quand les échanges économiques n’étaient pas un frein au conflit militaire. Pour le moment, aucune des parties ne paraît disposée à calmer le jeu, et selon les médias chinois, la Chine et le Japon n’ont jamais traversé une période aussi tendue depuis soixante ans.

"Xi Jinping et Shinzo Abe"

Xi Jinping et Shinzo Abe, les présidents chinois et japonais

Depuis longtemps une crise latente

Les relations sino-japonaises ont traversé plusieurs défis depuis leur rétablissement en 1972 – les relations diplomatiques entre les deux pays sont officiellement rétablies en 1972, après la révolution culturelle chinoise. On peut citer, entre autres, la dispute sur la souveraineté des îles Diaoyu-Senkaku (Diaoyu est le nom en mandarin, Senkaku le nom japonais), la visite polémique du premier ministre japonais au sanctuaire Yasukuni-jinja et l’intention du gouvernement japonais d’amender la constitution pacifiste. Si la contestation autour des îles Diaoyu-Senkaku relève d’un problème persistant entre la Chine et le Japon, la visite de Shinzō Abe à Yasukuni en décembre dernier relève de tensions d’un nouvel ordre. Yasukuni-jinja est un sanctuaire dédié aux personnes mortes à la guerre en l’honneur de l’Empereur japonais, y compris aux criminels de guerre de la Seconde Guerre Mondiale. Pour Pékin, cette visite représente ainsi non seulement un déni de l’histoire mais aussi le risque d’une renaissance du militarisme.

Depuis l’aggravation de la crise sur les îles Diaoyu-Senkaku durant l’automne 2012, la Chine et le Japon se font de moins en moins confiance politiquement. L’augmentation de leurs budgets de défense en est peut être la preuve la plus éloquente. En novembre dernier, la Chine a délimité une zone d’identification de défense aérienne sur la mer de Chine méridionale, incluant les iles Diaoyu-Senkaku. Immédiatement perçue par les Japonais comme une mesure agressive, le parti d’extrême-droite japonais a proposé de s’assurer que le Japon avait bien la capacité de fabriquer rapidement l’arme nucléaire.

Alors qu’Obama a annoncé un « pivot vers l’Asie », les Etats-Unis semblent pourtant se contenter d’une politique attentiste face à ces nouvelles tensions dans la région et, à part les Philippines, qui soutiennent clairement le Japon, les pays concernés sont réticents à prendre position dans des tensions qui opposent leurs deux importateurs les plus importants.

Une crise complexe mais un conflit peu probable

L’histoire, la géopolitique et l’économie font du rapport sino-japonais l’une des relations bilatérales les plus compliquées dans le monde. Si le voisinage des deux pays facilite les échanges commerciaux, il suscite aussi la méfiance, notamment militaire. L’histoire du 20ème siècle est là pour en témoigner. Aussi, l’émergence de la Chine n’a pas amélioré ces relations. Le développement fulgurant de la Chine nourrit bien plus les inquiétudes d’ordre militaire qu’elle ne favorise la coopération économique entre les deux pays, et l’arrivée de la droite au pouvoir au Japon n’a fait qu’aggraver cette situation.

Il persiste, enfin, un obstacle de taille fondé sur de profonds malentendus dans la perception que chaque pays a de l’autre. Souvent associée à la figure de « l’envahisseur», l’image que donnent les médias chinois du Japon est le plus souvent négative. Mais le malentendu est d’autant plus grand et réciproque que l’histoire officielle enseignée aux élèves japonais omet de mentionner l’invasion japonaise de la Chine qui débuta juste avant la seconde guerre mondiale (1937-1945). Les Japonais perçoivent ainsi comme excessives les réactions chinoises face à leur expression de fierté ou de patriotisme.

Pourtant, malgré une crise diplomatique complexe dont l’issue ne se profile qu’à un horizon éloigné, il est peu probable que les deux pays s’engagent dans un conflit militaire ouvert. Les deux ont d’abord besoin du développement économique que seul un contexte pacifique garantit et, malgré des velléités parfois nationalistes, les peuples ne veulent pas d’un conflit. 

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