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19H32 - vendredi 21 février 2014

« Rejoindre l’Union européenne, c’est aller dans le sens de l’Histoire »

vendredi 21 février 2014 - 19H32

Ils étaient entre 800 et 1200 hier à Paris, en soutien aux manifestants de la Place Maidan de Kiev. Ce rassemblement, à l’initiative du Collectif appelé « EuroMaidan Paris » était le vingt-troisième depuis le début des violences, fin novembre. Composé d’Ukrainiens et de Franco-ukrainiens établis en France, ils se mobilisent chaque semaine pour demander le départ du président Ianoukovitch et l’arrêt des violences envers les manifestants. Témoignages et récit en images de la manifestation.

 

Marina, membre du collectif EuroMaidan

 

Quel est l’objectif du rassemblement organisé par EuroMaidan ?

EuroMaidan est ici en réaction aux événements tragiques qui se déroulent en Ukraine. On est indignés et révoltés pour demander le soutien de l’UE. On écrit des lettres aux responsables français et européens pour demander des sanctions sans avoir vraiment de retour jusqu’ici. Mais depuis quelques jours, l’UE a commencé à prendre des mesures, ce qui nous touche.

Valentina © Alain Elorza / Opinion Internationale

Marina © Alain Elorza / Opinion Internationale

Nous attendons désormais des sanctions concrètes contre le gouvernement ukrainien.

 

Des sanctions ont été annoncées. Vous pensez qu’il faut aller encore plus loin ?

Il semble que des sanctions aient été annoncées à l’encontre de proches du président mais pas vis-à-vis de lui-même. On demande également le gel de leurs avoirs en Europe mais aussi aux Etats-Unis, la privation de visas, car ils ont de l’argent placé sur des comptes à l’étranger.

 

Comment expliquez-vous que depuis 3 mois, l’UE n’ait pas pris ces sanctions plus tôt ?

Je pense que l’UE n’a pas voulu défier Poutine. Mais, avec tous ces morts, l’UE garante des droits de l’homme, ne peut pas rester indifférente devant de tels événements.

 

Vous attendez quoi ?

On demande des élections anticipées. Mais Ianoukovitch ne partira pas de lui-même. La seule solution est que l’UE fasse pression sur lui pour qu’il prenne cette décision.

 

Volodymyr, président de l’association des Etudiants Ukrainiens de France

 

Quel rôle joue votre association dans la mobilisation ici ?

 

Volodymyr

Volodymyr

Notre association existe depuis 1978, mais est restée inactive ces dix dernières années. J’ai repris l’association il y a tout juste trois mois lorsque les manifestations ont commencé en Ukraine. Il y a en France environ 2000 à 3000 étudiants ukrainiens en France et environ 10% d’entre eux sont membre de l’association.

 

Quel est l’objectif de ce rassemblement ? A qui vous adressez-vous ?

On se rassemble pour se rencontrer et évoquer ce qu’on peut faire tous ensemble et se faire voir par les médias. Il est très important de donner une visibilité à la communauté ukrainienne de France et de se faire connaitre du gouvernement français. Ça porte ses fruits puisque Laurent Fabius est en ce moment à Kiev en train de négocier avec Ianoukovitch.

 

Quelles sont les infos que vous avez sur ce qui se passe sur Maïdan. On parle d’une radicalisation des deux côtés avec des gens armés. Ce sont des choses que vous craignez ?

Ce n’est pas seulement une crainte mais une peur réelle. Il y a aujourd’hui des snipers qui tirent à balles réelles sur des manifestants pacifiques. Il y a aussi des titushki, des jeunes qui ont grandi dans des quartiers difficiles et qui sont prêt à tout pour l’argent. Ils sont payés par le pouvoir qui les utilise et les met en première ligne pour provoquer, tabasser des manifestants.

 

Des sanctions ont été annoncées. Vous estimez que c’est suffisant ?

En Syrie ou en Iran on a essayé de bloquer les comptes des dirigeants mais c’est compliqué à mettre en œuvre. Il faut envoyer une aide médicale, exfiltrer les blessés car ils ont peur dans les hôpitaux car on les enlève et on les envoie directement en prison.

On souhaite le départ de l’ensemble du gouvernement mais aussi les directeurs d’université qui prennent des pots de vin. On veut en finir avec cette corruption.

 

Qu’est ce qui vous fait rêver dans l’Union européenne ?

A chaque fois qu’on demande à un jeune de Maïdan pourquoi il se bat, il apporte des réponses différentes, comme plus de liberté et plus de démocratie mais toutes ces espoirs ne sont possibles qu’avec l’UE. On sait bien que l’on va se faire exploiter : main d’œuvre pas chère, l’Ukraine a des terres agricoles très riches… On sait que l’on va se faire exploiter sur le plan économique mais ce qui nous pousse à rejoindre l’Europe, c’est l’Histoire. A l’époque des Cosaques, au XVIè et XVIIè siècle, ils lançaient leur chapeau à celui dont ils voulaient qu’il devienne leur leader. Celui qui avait le plus de chapeaux devenait le leader. C’était une forme démocratique que de se choisir un chef. Pour nous, il est donc naturel de rejoindre les États dont les pratiques sont similaires à nos valeurs.

 

Stéphane, Français d’origine ukrainienne

 

Quelle est la raison de votre présence à ce rassemblement ?

Je veux manifester mon hostilité à la politique européenne insuffisante face à  ce qui se déroule en Ukraine. On assiste à des gesticulations de la France et de l’Allemagne. On envisage de

Stéphane © Alain Elorza / Opinion Internationale

Stéphane © Alain Elorza / Opinion Internationale

bloquer des comptes ou des avoirs mais ça s’arrête là. Il n’y a aucune offre sérieuse faite même au pouvoir ukrainien de la part des autorités européennes.

 

Qu’attendez-vous des dirigeants européens ?

Les dirigeants doivent clarifier leur position : quelle est leur position vis-à-vis de criminels tels que Ianoukovtich, qui a perdu toute légitimité en faisant arrêter, détenir des gens, en permettant à l’armée d’intervenir avec des fusils d’assaut ? Ils doivent aussi faire une proposition claire parce que Poutine lui, il l’est. L’argent étant le nerf de la guerre, combien sont-ils prêt à dépenser ? Y a t-il une véritable volonté politique de la France et de l’Allemagne ? Comment établir un projet d’association avec l’UE viable ? Ce sont des questions auxquelles il n’y a pas de réponse aujourd’hui.

 

On sait que si Ianoukovitch a accepté un accord avec la Russie, c’est parce que Poutine a été le plus offrant…

A court terme, on peut penser que c’est le cas mais il faut savoir que l’accord est révsable, il ne  permet d’acheter que des produits russes pour que l’Ukraine reste sous dépendance russe. En cela, on ne peut considérer cet accord comme favorable puisqu’à moyen ou a long terme, cet accord sera très défavorable aux Ukrainiens.

 

Mais, l’Europe n’a pas su proposer à l’Ukraine un accord suffisament ambitieux…

On sait que l’Europe n’a pas de vision suffisamment stratégique à l’Est. Toutefois, si Ianoukovitch s’est retourné au dernier moment, c’est pour protéger ses propres intérêts.

 

Vous réclamez quoi aujourd’hui ?

Voltaire disait « si l’homme a des tyrans, il faut les détrôner ». Ianoukovitch n’a plus de légitimité, il doit donc partir. C’est quelque chose de tout à fait envisageable pour l’opposition en garantissant qu’il ne perde pas tout son argent ou de ne pas le traduire en justice s’il laisse le pouvoir. On attend de nouvelles élections et également une position claire de l’Europe pour que les Ukrainiens sachent à quoi s’en tenir. S’ils rêvent d’Europe et qu’ils ne voient pas l’UE se rapprocher il y aura une grosse désillusion. Il y a une dizaine d’année on parlait de l’entrée de la Turquie en Europe, l’Ukraine c’est l’Europe.

 

Valentina, Ukrainienne établie en France

 

Que vous racontent vos proches en Ukraine ?

Ma famille est là-bas et ils me disent qu’il y a beaucoup de gens comme nous qui sont dans la rue pour regagner leur liberté, mais il y a beaucoup de bandits qui sont là simplement pour gagner de l’argent, c’est très dommage. Des gens disent que des manifestants sont payés par les Etats-Unis, c’est absolument faux. Moi, personne ne m’a payé, je suis ici car j’espère que l’Europe et les Etats-Unis vont réagir. On demande juste que les comptes bancaires de Ianoukovitch et de ses proches soient bloqués, c’est le seul moyen d’arrêter cette violence.

 

Les ministres des Affaires étrangères français, allemand et polonais sont à Kiev aujourd’hui et négocient avec Ianoukovitch et l’oposition.

Le problème avec Ianoukovitch, c’est qu’il fait des promesses, mais dans la seconde qui suit, il ne les tient pas.

 

Vous souhaitez un rapprochement avec l’Union européenne ?

Bien sûr ! Je suis en Europe et je souhaite que ma mère puisse venir me voir facilement à Paris. L’Ukraine est un pays européen, nous n’avons rien à voir avec la Russie. La Russie est un grand pays et n’a pas besoin de l’Ukraine. Je ne vois pas d’autre avenir pour mon pays qu’avec l’Europe.

 

En France et en Europe il y a aujourd’hui beaucoup de gens qui ne croient plus en l’Union européenne. Mais, pour vous, l’UE c’est l’avenir ?

En Russie, la vie humaine ne compte pas. En Europe, les jeunes sont éduqués et les jeunes représentent l’avenir.

 

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