La Citoyenne / The female citizen
France /
18H10 - jeudi 19 septembre 2013

Lettre ouverte du Collectif du 8 mars pour toutES

jeudi 19 septembre 2013 - 18H10

Alors qu’un projet de loi pénalisant les clients de la prostitution sera discuté au Parlement au mois de novembre, le collectif féministe « 8 mars pour toutes » publie une lettre ouverte aux député-e-s expliquant pourquoi il s’oppose à cette mesure.

Cette prise de position s’inscrit dans un contexte français où les organisations féministes sont grandement divisées sur la prostitution.

Une partie du mouvement féministe, notamment le Collectif national droit des femmes (CNDF) défend la pénalisation des clients qui serait censée favoriser la disparition de la prostitution, vue comme une violence faite aux femmes. D’autres organisations, comme le collectif 8 mars pour toutes, mettent en avant les conséquences néfastes pour les prostitué-e-s d’une telle mesure, et revendiquent la possibilité pour les premières concernées, les prostituées, de se faire entendre dans ce débat.

 

prostitution

Un projet de loi visant à abolir la prostitution pourrait être discuté au mois de novembre au Parlement

 

En tant que collectif féministe, nous ne pouvons qu’être en accord avec la revendication de l’abrogation du délit de racolage public, qui ne faisait selon nous que criminaliser et mettre de fait en danger les travailleurSEs du sexe. Mais, dans une logique similaire, nous nous opposons également fermement à tout projet de pénalisation des clients des travailleurSEs du sexe.

Comme la pénalisation du racolage public, la pénalisation des clients des travaileurSEs du sexe met celles et ceux-ci en danger en les rendant plus vulnérables aux violences. Pénaliser les clients constituerait donc une violence faites aux prostituéEs et donc une violence faite aux femmes.

Du point de vue de la santé et de la sécurité, l’expérience suédoise s’avère catastrophique : pénaliser les clients éloigne les travailleurSEs du sexe des structures de prévention, de soins et de dépistage, et rend plus difficile leur capacité à imposer le port du préservatif.

La prostitution n’est pas en tant que telle une violence faite aux femmes : ce sont les conditions d’exercice de cette activité qui le sont. Or, la pénalisation des clients des travailleurSEs du sexe ne fera qu’empirer les conditions d’exercice du travail sexuel, et favorisera donc la violence faite aux femmes prostituées.

L’émancipation des travailleurSEs du sexe ne pourra être l’œuvre que des travailleurSEs du sexe elles-mêmes. Elle ne saurait donc se faire par des mesures répressives invalidant leur consentement, les cantonnant dans une posture d’incapacité politique. Elle ne pourra advenir qu’en garantissant l’accès des travailleurSEs du sexe au droit commun.

Plus généralement, il nous paraît évident que la lutte contre les droits des travailleuses du sexe ne va pas dans le sens d’une lutte pour les droits de toutes les femmes. Cette volonté de pénalisation des clients est le fruit d’une idéologie qui nie la parole des premières concernées –les prostituées – et nie leur autonomie, leur liberté de choix et leur libre-arbitre. Fondée sur des arguments erronés, elle considère que le travail du sexe serait la vente de son corps, et que cela est intrinsèquement contraire à la dignité de la personne humaine, arguant qu’il serait impossible de consentir à l’exercice du travail sexuel. En tant que féministes, nous dénonçons cette approche qui s’inscrit dans une démarche paternaliste, quand bien même elle serait portée par des femmes.

La lutte pour les droits des femmes doit selon nous prioriser la reconnaissance de l’autonomie et de la liberté des femmes. C’est cette approche qui a porté les revendications relatives au droit à l’avortement.

Lutter pour les droits des femmes, c’est lutter pour que les femmes soient entendues, et respectées.

Admettrez-vous qu’il est possible de construire une politique féministe en excluant du débat toute une catégorie de femmes au motif qu’elles ne se fondraient pas dans l’image véhiculée par la société hétéro-patriarcale ?

Prendrez-vous, dans les débats futurs, la responsabilité d’exposer des femmes à davantage de violences, d’insécurité tant sociale qu’économique et à un danger sanitaire accru?

En vous remerciant de l’attention portée à ce courrier et dans l’attente d’un retour de votre part afin de connaître votre position, féministement.

 

 

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