La Citoyenne / The female citizen
Ouganda /
10H53 - mercredi 17 juillet 2013

En Ouganda, le « prix de la mariée » coûte leur dignité aux femmes

mercredi 17 juillet 2013 - 10H53

Dans la culture ougandaise, la dot fait lieu de certificat de mariage pour valider l’union d’un couple. Un rapport rédigé par le professeur Gill Haye de l’université de Warwick en Angleterre pèse le pour et le contre de ce contrat, pour en convenir que l’abus certain de cette coutume bafoue les droits de la femme : une valeur commerciale a supplanté la valeur traditionnelle du « prix de la mariée ».

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Les présents communs d’une dot.

« Oui il est indispensable de payer la dot, parce qu’il est culturellement incorrect de prendre la fille de quelqu’un sans en payer le prix ». Cette déclaration d’un officier du gouvernement ougandais vient définir la dot comme une transaction. En échange de la main de sa promise, le fiancé doit payer une dot, cette exigence coûteuse quémandée par la belle-famille pour des raisons économiques. Elle prend la forme d’une somme d’argent ou de cadeaux matériels – notamment l’échange de bétail. Lorsque la liste de cadeaux exigés est réalisée, le fiancé est dit digne d’épouser la mariée : le mariage est validé.

Un bilan négatif

L’article 33 de la Constitution d’Ouganda, sur les droits de la femme, rappelle que « les lois, cultures, coutumes ou traditions qui sont contre la dignité, le bien être et l’intérêt de la femme […] sont interdites par cette constitution ». Or l’étude du professeur Gill Haye relève un fort impact négatif de la dot sur la dignité des femmes. En effet, si la dot est traditionnellement considérée comme un symbole d’union, elle reste cependant un élément déclencheur de dommages importants, tant physiques que moraux. Parmi les 257 femmes interrogées lors de cette étude, 82,4% d’entre elles ont confirmé que la dot est un facteur d’appauvrissement. En effet, la dot est un investissement lourd tant pour les familles que pour les jeunes mariés. A ce souci s’ajoute celui du risque élevé de transmission du VIH, que ce ‘cadeau’ vient accroître car, pour des questions de dot, les jeunes filles sont souvent forcées de marier des hommes polygames. Enfin 99% des femmes pensent que la dot aboutit à la violence domestique.

 

 

60% de violences conjugales en Ouganda sont dues au système de dot

Des témoignages affirment que la dot est un symptôme de la domination de l’homme sur la femme. Tereza Akoth, qui a été forcée de se marier à l’âge de 15 ans, déclare que chez elle, « rien ne lui appartenait ; nourriture, vêtements, petits-enfants… même pas sa propre salive ». La victime rappelle le piège dans lequel toute femme tombe, dans un mariage traditionnel : en cas de fuite ou de volonté de divorce, la famille de la femme doit, selon la tradition Jopadhola, rembourser le prix que le mari a payé. Ce qui était alors une opportunité pour les belles-familles de s’enrichir devient une dette difficile à acquitter. Le professeur Mike Ocquaye, un ex-député du gouvernement ghanéen, dénonce la forme de prostitution qui se cache derrière cet échange car selon lui, « la dot ne devrait pas être quelque chose de coûteux qui puisse porter atteinte aux droits de l’homme de sorte qu’on pense que la femme est mise en vente ».

De la prise de conscience à l’abolition ?

Afin de réduire les risques portés par cette coutume traditionnelle, l’ONG The Mifumi Project a appelé en 2001 à une réforme de ce système. Ce référendum d’abord local, a pris une tournure internationale dès 2004 pour finalement aboutir à un début de réforme en 2008. En effet, le 17 septembre de cette année-là, l’Ordonnance relative au cadeau de mariage (Bridal Gift Ordinance), qui fait de la dot un cadeau non remboursable et volontaire, est adoptée.

Mais les familles fortement ancrées dans les pratiques traditionnelles sont-elles prêtes à entendre cette sonnerie d’alarme pour une révision du système de dot ? Pour Owino Esteri, « la culture de payer une dot fait que la femme fortifie son foyer et le respecte », tandis qu’« une femme non proprement mariée est telle une vache errante ». La démarche législative reste donc un processus long et difficile.

L’appel lancé par l’étude universitaire de Warwick pour la mise en place d’une éducation communautaire afin de sensibiliser la population ougandaise couvre ainsi l’écart causé par l’absence de réforme législative concrète sur le problème du « prix de la mariée ». L’organisation d’une conférence pour de nouvelles décisions devient nécessaire.

 

Etudiante en journalisme à Londres

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