La Citoyenne
12H06 - mardi 21 mai 2013

Les femmes en Tunisie – Partie 1 : L’après-révolution, plus de liberté pour moins de sécurité

 

Plus de deux ans après que la Tunisie ait initié l’incroyable dynamique du Printemps arabe, la plupart des Tunisiennes n’éprouvent pas un sentiment de liberté plus grand. Elles souhaiteraient presque le retour de Ben Ali ! Elles s’accordent toutes à dire que la sécurité dans les rues de Tunis n’est plus au rendez-vous. Reportage dans les rues de la capitale.

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Aux côtés des hommes lors de la révolution de Jasmin début 2011, les femmes tunisiennes attendaient beaucoup du renversement de Ben Ali. Mettre fin à la dictature était pour elles le moyen d’accéder à certaines libertés fondamentales telles que la liberté d’expression, liberté de la presse, liberté d’association, etc. Et effectivement, elles ont depuis pu manifester dans les rues de Tunis pour témoigner de leur mécontentement, sans en être inquiétées outre mesure.

 

Sans conteste, une plus large liberté d’expression depuis la révolution

Un autre aspect de cette liberté nouvelle dont jouissent les femmes tunisiennes réside dans le port du voile. En parcourant les rues de Tunis, de nombreuses femmes nous ont expliqué que l’on pouvait s’attirer des problèmes en portant le voile du temps de Bourguiba et de Ben Ali – le premier était par ailleurs célèbre pour avoir qualifié le voile de « misérable chiffon ». Depuis la révolution, certaines femmes se sont mises à porter le voile dans un souci d’être davantage en accord avec leurs croyances et religion, ce qui leur était désormais possible dans un Etat libre.

 

Mais c’est au prix d’une radicalisation de la société et d’un manque de sécurité

Aujourd’hui pourtant, les femmes Tunisiennes racontent que la situation s’est inversée. A se promener seule, tête nue, à l’air trop progressiste, trop occidentale, on peut rapidement faire l’objet de remarques insultantes de la part d’extrémistes religieux.

Elles notent également une dégradation de la sécurité, malgré le nombre plus important de policiers dans les rues. Elles témoignent être presque toujours importunées lorsqu’elles sortent, même lorsqu’un homme les accompagne. « Avant, on sortait jusqu’à 21h-22h ; maintenant dès 19h mes parents veulent que je sois rentrée », rapporte Inès, ingénieure en textile à Monastir. Une autre jeune femme, croisée dans le magasin Bershka sur l’avenue Bourguiba, se plaint que la société tunisienne aujourd’hui ait « plus de liberté mais dans le mauvais sens ». Les gens se permettent tout, explique-t-elle, ce qui mène aux deux extrêmes, tant la femme entièrement voilée que la fille qui boit et parle mal.

Paradoxe de cette nouvelle ère, la liberté s’accompagne également d’un plus grand conservatisme qui se traduit donc par le port du voile et la décomplexion d’une parole religieuse que l’on pensait jusque-là étrangère à la Tunisie. Dans un contexte de grande instabilité politique et économique, on ne s’étonnera guère du fait que certaines femmes « regrettent » Ben Ali. Pour autant, l’apprentissage de la démocratie est un long et sinueux chemin dont nul ne sait ce à quoi il mènera dans les années à venir.

Journaliste à Opinion Internationale et coordinatrice de la rubrique La Citoyenne.

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