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07H51 - vendredi 22 mars 2013

Guerre au Mali, la clef du développement – Partie 1 : Le Sahel occidental, un hub énergétique mondial mal exploité

vendredi 22 mars 2013 - 07H51

François Hollande a justifié l’intervention de la France au Mali au nom de la lutte contre « le terrorisme ». Or, le conflit malien ne se limite pas à la seule question terroriste. La crise que traverse le pays depuis l’indépendance de la France et la première rébellion touareg en 1962 trouve ses origines dans un dysfonctionnement socio-économique profond dont les violences terroristes ne sont qu’une manifestation. Pauvreté, mécontentement social, inégalités, divisions intercommunautaires, marginalisation des populations du nord et manque chronique de gouvernance sont des éléments auxquels il convient de s’intéresser de près si l’on souhaite trouver une solution viable au marasme dans lequel le Mali s’est embourbé. Au coeur de cet effort, la question de l’exploitation des ressources naturelles se révèle cruciale.

Les richesses en or du Mali ne profitent pas à sa population

Les richesses en or du Mali ne profitent pas à sa population © Melody Nelson

Le Sahel occidental, un hub énergétique mondial mal exploité

Le Sahel s’érige aujourd’hui en hub énergétique mondial, et se voit depuis des années de plus en plus convoité par les grandes puissances. Les ressources naturelles présentes dans la région sahélienne occidentale sont telles qu’elles permettent au Mali de se dresser à la 3e place des plus grands producteurs d’or au niveau africain et au Niger d’atteindre la 4e position mondiale pour sa production d’uranium en 2011. Pourtant, ces deux pays font partie des plus pauvres de la planète. Selon le dernier rapport du PNUD (1) sur le Développement,  le Mali occupe la 175e place sur 187 dans le classement mondial de l’indice de développement humain (IDH) et le Niger la 186e. Cet écart dramatique tient en partie de la « mauvaise » exploitation des ressources énergétiques et de la mauvaise utilisation des revenus issus de cette exploitation.

Ainsi, par exemple, au Mali, les plus grandes mines d’or en exploitation – Loulo et Gounkoto – appartiennent à 80% à des sociétés étrangères exploitantes et les 20% restants sont la propriété de l’état du Mali. La plus importante d’entre elles est la société sud-africaine Randgold Resources. Cette « dépossession » des ressources se trouve en plus aggravée par le fait que l’Etat malien ne parvient pas à obtenir de ces compagnies minières étrangères plus du tiers des sommes dues pour cette exploitation et qu’il se voit pillé d’une partie de ce qu’il reste de sa propriété par des groupes criminels. Alors même que le manque de gouvernance étatique criant dans le Nord du pays avait contribué à l’émergence d’une économie criminelle substantielle dans la région, le pays n’a pas su mettre les moyens nécessaires à la sécurisation de ses sites miniers, dont les bénéfices continuent d’être en partie pillés par des groupes mafieux armés.

Au bout du compte, l’immense potentiel que représente cette ressource pour le Mali et sa population diminue radicalement du fait d’une mauvaise gestion de la part de l’Etat malien, qui en outre ne parvient pas à redistribuer convenablement les revenus issus de son exploitation. Les 1123 milliards de francs CFA que l’exploitation des minerais d’or ont rapporté au pays ont ainsi très peu profité à la population malienne, et notamment à celle du Nord. Les jeunes deviennent dès lors des recrues idéales pour les groupes armés mafieux et/ou terroristes, le seul espoir d’ascension sociale résidant pour eux dans les trafics et le banditisme. La voie des armes semble de fait être la seule opportunité d’avenir qui se présente à eux et les rangs des terroristes gonflent au gré d’attaques indirectement financées par l’Etat malien. On constate le même phénomène au Niger dont la partie Nord est rongée par un nombre croissant de combattants armés.

Si cette clé de compréhension du développement du conflit est importante, elle ne saurait entièrement répondre au souci de la France de voir la zone débarrassée de la menace terroriste.  Mais, au vu des enjeux réels de cette crise pour la France, le terme de « menace » parait tout à fait approprié.

Helen Wilandh et Claire Fanchini

Sources :

(1) Programme des Nations unies pour le Développement

 

Researcher for the Mali Civil Society and Peacebuilding project at SIPRI