
Le 5 novembre, avec la prochaine Journée de mobilisation nationale, aura lieu l’Acte II de la guerre civile déclarée hier.
Que peut-il se passer d’ici là ?
En 2018, il avait fallu trois semaines, trois interminables semaines pour qu’Emmanuel Macron prenne enfin la parole face à la déferlante de violence qui s’était manifestée pendant trois samedis en marge du mouvement citoyen des Gilets jaunes.*
Mais après trois semaines de silence, il était trop tard pour éteindre l’incendie et nous eûmes droit à 35 semaines de violences urbaines.
Aujourd’hui, le chef de l’Etat a semble-t-il tiré au moins une leçon de sa faute politique de 2018 : il parlera aux Français dès ce soir.
Mais que va-t-il dire ? « Nous sommes en guerre » ? Comme il l’avait fait contre le Covid ?
Cette fois-ci ces mots seraient d’aloi mais encore faudrait-il qu’ils soient suivis d’effet !
Le chef de l’Etat aura-t-il le ton martial et l’autorité de faire peur aux ennemis de la République qui nous ont déclaré la guerre, aux Insoumis, complices de ces criminels, aux juges des tribunaux qui prononceront des peines symboliques en comparution immédiate ?
Non, l’Etat doit prendre ses responsabilités ! Un Etat qui n’assure plus l’ordre public ni la sécurité des biens et des personnes n’a plus la légitimité suffisante pour se maintenir face aux individus menacés et abandonnés comme hier en France.
L’Etat doit assumer et reprendre la situation en main.
Et le défi comme l’urgence sont titanesques.
Les fauteurs de troubles n’ont jamais été aussi nombreux ! En 2023, pendant les violences urbaines qui avaient frappé 550 communes de France dans les jours qui ont suivi la mort du jeune délinquant Naël, nous avions évalué à 5 à 7000 le nombre de jeunes qui avaient commis des exactions et des violences urbaines contre les biens et les personnes dans toute la France.
Hier 17 octobre, ils étaient 20.000 au bas mot, lorsque l’on recoupe toutes les remontées et informations glanées depuis hier.
Difficile de mater 20.000 barbares !
Que faire donc ?
Que va dire Emmanuel Macron ce soir ?
Faire voter en urgence absolue une loi anticasseurs renforcée ? Les fauteurs de troubles ne seront pas impressionnés et n’ont pas peur ni des juges ni de la prison.
Déclarer l’état d’urgence ?
Il suffit au chef de l’Etat de prendre, sans consultation préalable du Parlement, un décret en Conseil des ministres qui instaure un tel régime sur tout ou partie du territoire, et ceci en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public. Or l’ordre public a vacillé hier !
Mais le risque juridique et politique est grand pour le chef de l’Etat car il faudra ensuite une loi pour proroger l’état d’urgence au-delà de 12 jours (le bloc central et le Rassemblement national pourraient lui en donner les moyens). Malheureusement en 2015-2016, lors du dernier recours à cette mesure (pourtant contre le djihadisme islamiste), le Conseil d’Etat et le Conseil constitutionnel avaient restreint sensiblement son champ d’application, notamment en matière de libre circulation des personnes.
Le président de la République annoncera-t-il ce soir que le 5 novembre le nombre de forces de police et de gendarmerie sera doublé, que l’armée sera déployée dans les zones sensibles pour décharger ces derniers ?
Le président de la République sera-t-il tenté de recourir à l’article 16 de la Constitution qui permet de le doter des pleins pouvoirs et de suspendre le fonctionnement normal des institutions ? Si le chef de l’Etat avait suffisamment d’autorité et que la justice pénale jouait enfin de fermeté et de solidarité républicaine, cette mesure gravissime aurait du sens face à la guerre civile à laquelle nous sommes confrontés.
Malheureusement le président est inaudible, Sébastien Lecornu et Laurent Nunez font ce qu’ils peuvent, la police tient encore. Mais pour combien de temps ?
Rien ne serait pire que de voir Emmanuel Macron prononcer de grands mots et ne rien annoncer.
Démissionner ? Dissoudre l’Assemblée nationale ? Pour doter au plus vite la France d’un nouveau pouvoir régalien fort et légitimé par le peuple ?
Une chose est sûre : la France ne tiendra pas six mois dans ce climat de guerre civile.
Michel Taube
* Le 2 décembre 2018, au lendemain des premières violences de l’Arc de Triomphe commises la veille, nous avions protesté contre le silence élyséen en commettant le discours que le chef de l’État aurait dû prononcer. Emmanuel Macron ne s’exprimera finalement que le 10 décembre, soit 3 semaines après le début du mouvement des gilets jaunes.
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