
En raison d’un conflit judiciaire portant sur des brevets, Disney+ a désactivé plusieurs fonctionnalités premium dans onze pays européens, dont la France. Une situation embarrassante pour la plateforme, qui continue pourtant de facturer son offre la plus chère 15,99 euros par mois.
La promesse du streaming haut de gamme vient sérieusement de perdre en définition. Depuis quelques jours, les abonnés français à Disney+ Premium ne peuvent plus profiter de la 4K Ultra HD ni du HDR. La 3D, le Dolby Vision et certains contenus au format IMAX ont également disparu du service. Malgré cette dégradation notable, le prix de l’abonnement demeure inchangé : 15,99 euros par mois.
L’offre Premium se retrouve ainsi limitée à une image en 1080p SDR, soit la même définition que celle proposée par la formule Standard, facturée 10,99 euros. Pour justifier les cinq euros supplémentaires, il ne reste essentiellement que le son Dolby Atmos et la possibilité de regarder Disney+ simultanément sur quatre écrans, contre deux avec l’abonnement inférieur. Une différence bien maigre pour les amateurs de cinéma qui avaient précisément choisi le forfait le plus onéreux afin de bénéficier d’une qualité optimale.
Disney rattrapé par une bataille de brevets
Cette réduction des prestations n’est pas officiellement une décision commerciale de Disney. Elle résulte d’un conflit opposant le groupe américain à InterDigital, une entreprise spécialisée dans les technologies vidéo. Cette dernière reproche à Disney d’utiliser sans autorisation suffisante une technologie brevetée liée à l’encodage HEVC, notamment indispensable à la diffusion des programmes en 4K.
Le 23 juillet, la Juridiction unifiée du brevet a rendu une nouvelle décision favorable à InterDigital. L’injonction concerne onze pays européens, parmi lesquels la France, l’Allemagne et l’Italie. Une première décision avait déjà conduit Disney+ à retirer le Dolby Vision et la 3D en juin. La plateforme avait alors préservé la diffusion en 4K avec HDR10, dernier véritable argument visuel de son abonnement Premium. Celui-ci a désormais disparu à son tour.
Disney assure que la situation est temporaire et qu’il travaille au rétablissement des fonctionnalités supprimées. « Nous sommes déçus et partageons la frustration de nos clients », a déclaré la branche nordique et balte du groupe. La plateforme peut encore faire appel, mais elle ne fournit pour le moment aucun calendrier précis permettant d’envisager le retour de la 4K et du HDR.
Une maladresse commerciale difficile à défendre
Le problème est désormais moins technique que commercial. Disney+ demande à ses abonnés de continuer à payer le prix maximal pour un service qui ne correspond plus à la promesse affichée. Le groupe n’a annoncé ni réduction temporaire, ni remboursement, ni geste compensatoire. La justice explique la disparition des fonctionnalités, mais elle ne contraint pas Disney à maintenir le même tarif.
Les clients français peuvent certes revenir à l’offre Standard depuis les paramètres de leur compte. Cette solution revient néanmoins à leur faire supporter les conséquences d’un litige industriel auquel ils sont totalement étrangers. Elle les oblige également à surveiller eux-mêmes le rétablissement éventuel des services avant de souscrire de nouveau au forfait supérieur.
Dans un marché désormais saturé, où Netflix, Prime Video, Apple TV, HBO Max et Paramount+ se disputent des foyers soumis à l’accumulation des abonnements, la confiance devient aussi importante que le catalogue. Disney+ prend donc un risque réel : rappeler à ses clients qu’ils peuvent payer moins cher sans perdre grand-chose. Et une fois l’abonnement Premium abandonné, rien ne garantit qu’ils accepteront de revenir au prix fort.

Aimé Kaniki – Directeur de la publication TVmag.info et Journaliste à Entrevue










