Edito
12H44 - lundi 18 septembre 2023

Lampedusa : les armées française, italienne, grecque et espagnole doivent se déployer en Méditerranée pour stopper le flux des migrants et les sauver de la noyade. L’édito de Michel Taube

 

Lors de sa conférence de presse hier à Lampedusa, Giorgia Meloni semblait très mal à l’aise, la tête toujours baissée, assise à côté d’Ursula Von der Leyen. Pour celle qui vouait aux gémonies l’Union européenne pendant sa campagne des élections législatives italiennes, – virulence qui l’a aidée à accéder à la présidence du gouvernement italien -, la pilule devait être très amère hier en appelant l’Europe au secours.

Nous aurions préféré que ce soient Emmanuel Macron, le président du gouvernement d’Espagne Pedro Sanchez, le premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis qui viennent à Lampedusa à côté de Madame Meloni et non une sorte de haut fonctionnaire déléguée telle que l’est Madame Von der Leyen.

Les 11.000 migrants arrivés à Lampedusa sonnent le glas de de la politique européenne de gestion des flux migratoires. Dublin 3, répartition des migrants, rien ne marche plus.

 

Comme nous le disions vendredi dans un premier édito, nous sommes en fait à un point de bascule. Les semaines qui viennent annoncent la venue peut-être de centaines de milliers de migrants via la Tunisie. Et ce pour trois raisons objectives…

Daesh et Al Qaida sont de retour mais en Afrique cette fois !

Imaginez, en 2014-2015, la crise en Syrie et en Libye, l’Emirat de Daesh à des milliers de kms de nos côtes, cela a entraîné 1 million, probablement le double, de réfugiés en Europe.  

Or depuis un an, Daesh et Al Qaida ont reconstitué des forces en Afrique, c’est-à-dire beaucoup plus près du sol européen, et l’explosion des attentats terroristes djihadistes dans les pays qui ont connu des coups d’Etat récents (Niger, Burkina Faso, Mali), la guerre civile au Soudan poussent des centaines de milliers d’Africains à fuir leur pays.

Deuxième cause de l’accélération des flux migratoires : sans parler de la Libye qui vit dans l’anarchie, la Tunisie est au bord de l’implosion. La Tunisie (laissons de côté les dérapages verbaux de son président) est à présent confrontée à des violences urbaines qu’elle ne connaissait pas, provoquées par l’arrivée brutale depuis quelques mois de milliers de migrants sub-sahariens. Plongée déjà dans une grave crise économique avec pénurie et rationnement du pain, la Tunisie n’arrive déjà plus à contenir cette pression migratoire sub-saharienne.

Ajoutez-y le fait que les filières de migration économique se sont professionnalisées et organisées comme de véritables mafias internationales. Les routes de l’exode sont de véritables autoroutes avec péage d’entrée. Chacun des migrants économiques qui nourrissent les plus grands contingents de migration pourra avec seulement 100 euros d’aide sociale ou de salaire lors de sa prochaine installation en France ou ailleurs en Europe nourrir 10 personnes en Afrique pendant 2 à 3 semaines. Terrible inégalité de force économique entre les deux continents.

 

Que faire donc pour éviter de nouveaux afflux à Lampedusa ?

L’idée clé, c’est que l’Union européenne ne sait pas gérer le régalien ! C’est aux Etats souverains de le faire. Et aux Etats du Sud de l’Europe d’agir au plus vite.

Autant nous sommes pour l’Union européenne pour assurer la liberté de circulation des personnes (pour nous citoyens européens, c’est tout de même un immense progrès de pouvoir librement circuler pour vous et moi dans toute l’Europe), des biens et des capitaux, la monnaie européenne aussi bien entendu, autant le régalien, c’est la stricte affaire, la chasse gardée des Etats.

Justice, police, armée, c’est aux Etats d’assurer leurs politiques régaliennes.

Frontex qui est censé organiser la gestion de ces flux migratoires a échoué. L’agence comptait sur uneréserve d’au moins 1 500 agents qui peuvent être déployés dans un délai de cinq jours pour affronter des situations d’urgence aux frontières de l’Europe.  Qu’a-t-elle fait depuis une semaine à Lampedusa ? Rien ou pas grand-chose car ses dirigeants sont fondamentalement irresponsables politiquement.

Frontex n’est qu’une agence administrative européenne. Elle est dépassée. Pire, confier les fonctions régaliennes à une agence administrative, nationale ou supranationale, c’est politiquement dangereux. Quel est le ministre de Frontex responsable ? Il n’y en a pas. Vous connaissez le nom du directeur exécutif de Frontex ? Hans Leijtens. Un Néerlandais. Il a succédé au Français Fabrice Leggeri qui avait été étrillé en 2022 par les ONG et les intellectuels immigrationnistes, et insuffisamment soutenu par les politiques.

Alors que faut-il faire ? A court terme, il faut frapper fort et vite.

Pour éviter à Lampedusa et à l’Europe d’être submergés par des milliers d’arrivées quotidiennes, pour sauver les migrants de la noyade, les armées des Etats européens des rives sud de la Méditerranée, doivent déployer des frégates militaires qui se substitueront aux navires humanitaires pour sauver les migrants, arrêter les passeurs et les trafiquants d’êtres humains et les renvoyer sur leurs côtes d’origine.

Une vingtaine, une cinquantaine de navires entre Lampedusa et la lisière des eaux internationales tunisiennes seraient efficaces. 186 km séparent Sfax de Lampedusa : nos armées peuvent contrôler ce passage stratégique.

Même sur le plan humanitaire, des navires militaires seront bien mieux à même de sauver des vies et d’éviter que la Méditerranée ne se transforme en plus grand cimetière marin au monde. Lorsque des vies humaines sont en jeu, on n’envoie pas des associations sauver des naufragés. On envoie des forces publiques. Surtout lorsque ces associations sont complices objectives des passeurs et nous imposent un chantage émotionnel insupportable.

Cette solution militaire doit être abordée comme la France l’a fait avec l’Opération Sentinelle en 2015 : le déploiement de 10.000 soldats armés (dont 3.000 en réserve) a été décidé pour sillonner nos rues et nos places, dans la lutte anti-terroriste, aux lendemains des attentats de Charlie Hebdo, de l’Hyper Casher et de Montrouge puis du Bataclan. Cela a pu choquer au départ. Mais tout le monde l’a finalement accepté.

Si armées des Etats du sud de l’Europe doivent se déployer dans la Méditerranée, certainement pour longtemps, une raison d’espérer nous viendra peut-être de la rive sur de cette Mare Nostrum : le Maghreb va être confronté à la même menace que l’Europe craint pour elle-même et subit déjà.

L’idéal serait donc que les armées navales marocaines, tunisiennes, libyennes, algériennes se joignent aux armées européennes et la Méditerranée cessera d’être le plus grand cimetière et la plus grande passoire démographique du monde.

L’Union Pour la Méditerranée créée pat Nicolas Sarkozy a échoué en 2007. Il faut la recréer, centrée uniquement sur la gestion des flux migratoires.

 

Michel Taube

Directeur de la publication