Opinion Sport
15H32 - samedi 23 juillet 2022

Tour de France femmes : la mixité, un défi sportif et politique ? Tribune d’Elisabeth Stibbe

 

Ce dimanche 24 juillet, les 132 coureuses du premier Tour de France Femmes vont s’élancer du pied de la tour Eiffel. Quel symbole ! On ne peut s’empêcher de rire – jaune, comme le maillot – à ces mots d’Henri Desgrange : « Que les jeunes filles fassent du sport entre elles, dans un terrain rigoureusement clos, inaccessible au public : oui, d’accord. Mais qu’elles se donnent en spectacle, à certains jours de fêtes, où sera convié le public, qu’elles osent même courir après un ballon dans une prairie qui n’est pas entourée de murs épais, voilà qui est intolérable !  » Henri Desgrange, créateur du Tour de France en 1903, fut un grand cycliste avant sa reconversion en journaliste inspiré qui traça ces lignes dans L’Auto, devenu premier quotidien sportif du pays. Il est vrai qu’en 1925, la misogynie était de mise et pouvait s’exprimer librement dans la presse… Le baron Pierre de Coubertin excellait aussi dans ces formules acerbes qui résonnent à nouveau aujourd’hui, dans un autre contexte et faisant l’enjeu de débats politiques voire politiciens.

Parlons un peu politique, dans l’acception du terme relative à l’expression du pouvoir.  Pouvoir de décider. Pouvoir d’agir. Aujourd’hui, Amélie Oudéa-Castéra, championne de tennis et énarque, est Ministre des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques. C’est aussi une femme qui vient d’être nommée Directrice des Sports et déléguée ministérielle à la lutte contre les violences dans le sport : Fabienne Bourdais. Mesdames, des dossiers colossaux vous attendent mais il faudrait déjà commencer modestement en féminisant les métiers présentés sur le site internet du Ministère, tous déclinés au masculin, de l’assistant animateur au directeur sportif. Si l’on veut favoriser la mixité dans ces professions, jusqu’au plus haut niveau des instances, il faut soigner l’attractivité des métiers. Les jeunes filles ne peuvent être enclines à s’engager dans une formation qui, non seulement ne leur semblerait pas accueillante, mais mènerait à des débouchés incertains. Un long chemin reste à parcourir pour que plus de femmes fassent carrière dans le milieu sportif et accèdent aux postes clés.

Les vocations naissent souvent d’un modèle. Pour les sciences, Marie Curie, première femme à recevoir un Prix Nobel, est la référence. Pour le sport, Isabelle Autissier, Florence Arthaud, Marie-José Perec, Laura Flessel, Christine Aron, Laure Manaudou, Amélie Mauresmo, Corinne Diacre et bien d’autres ont fait vibrer les foules et inspiré des jeunes. Si la pratique sportive de loisir ou de santé est en plein essor, le nombre de licenciées reste modeste. Peur de s’engager dans un exercice contraignant, ponctué de compétitions ? Impossibilité matérielle d’inclure le sport dans un quotidien chargé sur le plan professionnel et familial ? Si le nombre de licenciées n’augmente pas, le vivier s’appauvrit. Peu de candidates, peu d’élues… comme en politique ! Il faut susciter les vocations en diffusant davantage les événements sportifs féminins. Cela aurait également pour impact de motiver les financeurs et permettrait aux sections féminines des clubs de ne plus vivoter uniquement avec des subventions.

Pour l’heure, applaudissons ces pionnières de la Grande Boucle féminine et gageons que nous verrons ensuite des pelotons mixtes pédaler avec allégresse le dimanche matin. N’est-ce pas, chère Jeannie Longo ? ! 

 

Elisabeth Stibbe, conseillère de Paris, élue du 13e arrondissement de Paris

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