Edito
07H26 - lundi 11 avril 2022

« À la fin il n’y aura que Le Pen et moi ». Rien ne va plus, faites vos jeux ! L’édito de Michel Taube

 

Le vote utile a donc tué les Républicains, le Parti socialiste et peut-être les Verts. Dès le premier tour, les Français ont fait des choix clairs : les démocrates votent Macron, la droite nationaliste Le Pen et l’extrême-gauche Mélenchon. Mais au final, c’est la règle du jeu d’une Vème République étouffée, il n’en reste que deux. Nous aurons donc droit au match retour, à la revanche de 2017. Le duel télévisé de second tour sera décisif !

Le score du président sortant est presque un exploit au regard d’un bilan du quinquennat mitigé : bon économiquement, catastrophique sur les plans sécuritaire et démocratique. Et les appels solennels de la plupart des dirigeants de droite et de gauche, dès 20h hier soir, au Front républicain pourraient lui permettre d’éviter (pour cette fois-ci) un « tout sauf Macron » dévastateur.

Mais encore faudra-t-il qu’Emmanuel Macron convainque les Français entre les deux tours ! Hier soir Porte de Versailles, ça a mal commencé : le chef de l’Etat a tenu un discours de victoire de second tour, appelant déjà à une union politique élargie autour de lui. Espérons qu’il ne compte pas enjamber cette quinzaine comme il l’a fait du premier tour. Les Français ne le lui pardonneraient pas.

Talonnée par Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, c’est sûr, n’en sera pas cette fois-ci à sa dernière présidentielle. On sent bien que cette année, elle pourrait perdre de justesse. Et donc rempiler, contrairement à ce qu’elle a annoncé, pour un nouveau quinquennat de tentative de conquête du pouvoir. Si ce n’est en 2022, peut-être en 2027 ? La leader du Rassemblement National pourra compter sur la loyauté d’un Eric Zemmour déçu qui a davantage proposé aux Français une vision civilisationnelle qu’un programme de gouvernement pour les Français : il semblerait que ces derniers aient finalement misé davantage sur les fins de mois que sur la fin de la France ou du monde.

Qui détient les clés du second tour ? La tentation de l’abstention de millions de Français qui refusent le piège de ce duel Macron – Le Pen pourrait faire la différence : les 7,6 millions d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon iront-ils voter dimanche 24 avril ? Rien n’est acquis. Certains, beaucoup, pourraient aussi voter Le Pen : la leader de la droite nationaliste leur a déjà tendu les bras hier.

Et puis il y a un homme qui pourrait apporter à Marine Le Pen la dynamique décisive qui pourrait tout changer : si Eric Ciotti enterre définitivement LR en s’affichant dans les jours qui viennent avec son ami Eric Zemmour voire avec Marine Le Pen, dans une union inédite des droites, il pourrait faire revenir au bercail de la droite ces millions de « fillonnistes » de 2017 qui ont massivement voté Macron hier. Mais là aussi la digue républicaine, ce front républicain ressuscité par les circonstances, risque de faire reculer Eric Ciotti.

Pour l’heure, les Français sont divisés plus que jamais. Et Emmanuel Macron a ce qu’il voulait : il a fait le vide autour de lui. Il est seul, plus que jamais, face aux Français. L’éditorialiste politique Michaël Darmon nous confiait vendredi dernier sur Sud Radio une confidence que lui avait faite Emmanuel Macron en avril 2017, juste avant de rentrer à l’Elysée : « à la fin il n’y aura que Le Pen et moi ».

Nous y sommes ! Merci Monsieur le candidat-président !

 

Michel Taube

 

Directeur de la publication

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