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05H12 - samedi 4 décembre 2021
Monde

Get Back, le documentaire de Peter Jackson qui ressucite les Beatles. Vous n’en reviendrez pas !

 

Depuis quelques jours, la série documentaire en trois épisodes (7h47 au total) Get back est diffusée par Disney + (10 euros par mois, avec possibilité de se désabonner à tout moment). Certes,la chaîne a voulu censurer certains propos des artistes et n’a pas voulu sous-titrer certains gros mots : la belle affaire ! Puribonderie mal placée quand on diffuse tous les jours par ailleurs des films parfois violents, abêtissants ou infantilisants !

Peter Jackson, réalisateur du Seigneur des Anneaux, a réalisé ce chef d’œuvre à partir de 60 heures d’images inédites et 150 heures d’enregistrement audio effectuées en janvier 1969 par Michael Lindsay-Hogg. En 1970, un film intitulé Let It Be fut porté à l’écran, montrant principalement les tensions au sein du groupe, et laissant croire qu’elles furent permanentes. La piètre qualité des images et du son de ce film ne permettait pas d’imaginer l’extraordinaire travail de restauration de Peter Jackson et de son équipe. On a l’impression que les images du « nouveau » documentaire ont été tournées de nos jours, avec un son d’une qualité parfaite, tant en ce qui concerne les conversations entre musiciens que la musique elle-même.

Get Back est-il une aubaine pour les seuls fans des Beatles ? Non. Car les Beatles ne sont pas simplement un groupe de musiciens des années 1960 que n’écoutent aujourd’hui que des septuagénaires. Ce document est un vrai morceau d’histoire. Il permet au spectateur d’être assis avec les Beatles dans le studio, pendant qu’ils inventent quelques-uns des plus grands chefs d’œuvre musicaux du XXe siècle.

Par exemple, une scène montre trois des quatre Beatles discuter avec les producteurs, alors que le quatrième, Paul McCartney, reste seul à son piano, se laissant guider par son inspiration. On entend quelques accords dont on devine qu’il s’agit déjà de Let It Be. C’est un peu comme si on se trouvait dans l’atelier de Picasso pendant qu’il peint Guernica. Sauf qu’il s’agit d’un groupe, avec toutes les interactions que cela suppose : les joies, les peines, les tensions, l’euphorie, la déprime…

La portée historique du documentaire résulte de l’ampleur du phénomène Beatles, tant sociétal qu’artistique. Les Beatles ont révolutionné plus que la musique. Chaque époque a ses génies, et établir un comparatif ou une hiérarchie entre Ludwig van Beethoven et David Bowie, Jean-Sébastien Bach et Jimmy Hendrix n’a aucun intérêt. John Lennon et dans une moindre mesure Georges Harrison étaient de cette même trempe. Tout comme Paul McCartney, toujours très créatif. Néanmoins, c’est principalement durant les sept années d’existence des Beatles que cette bande de jeunes copains (aucun n’avait 30 ans au moment de la séparation du groupe) a mis la barre à un niveau que personne n’avait jamais atteint. Get Back en donne une illustration : le groupe disposait de trois semaines pour composer, écrire les paroles et interpréter en public 14 chansons. Qui est capable d’en faire autant ?

Le premier objectif fut largement dépassé, puisque durant cette période, ils composèrent non seulement ce qui deviendra l’album Let It Be, mais aussi la plupart des chansons qui figureront sur Abbey Road, ainsi que quelques titres des premiers albums solos de Lennon, McCartney et Harrison. Autant de chefs d’œuvre intemporels, dont la légèreté dissimule parfois la complexité, avec des changements de gamme, de cadence ou de temps.

Le second objectif, celui de savoir interpréter leurs nouvelles compositions en public, aurait pu être atteint si les Beatles s’étaient contentés d’une interprétation approximative. Mais Paul McCartney est un perfectionniste. C’est lui qui menait la danse, oubliant parfois qu’il n’y avait pas de chef chez les Beatles, même si le tandem Lennon/McCartney en fut le leader artistique. McCartney voulait respecter le contrat et mettait ses camarades sous pression, en particulier Georges Harrison qui, excédé d’être traité comme un musicien de studio exécutant les ordres du compositeur, finit par claquer la porte. Durant plusieurs jours, les Beatles jouèrent à son égard la carte du dédain, avant d’implorer son retour. Georges Harrison avait visiblement mis les pendules à l’heure, puisqu’il retrouva son entière place dans le processus de création. Mais il fallut se rendre à l’évidence : il n’y aurait pas de concert, si ce n’est celui organisé sur le toit de l’immeuble des studios Apple, avec comme seul répertoire quelques nouvelles chansons entièrement au point, dont le tube Get Back.

 

Yoko Ono innocentée

Pour de nombreux fans des Beatles, Yoko Ono fut responsable de la rupture du groupe. Get Back montre qu’il n’en fut rien. Elle était certes présente en permanence, mais sans jamais gêner le travail du groupe ni déstabiliser John Lennon. Elle participa à quelques improvisations avant-gardistes, sans que jamais la moindre tension n’apparaisse à son endroit. Peut-être qu’à 28 ans, Lennon préférait passer plus de temps avec sa femme qu’avec ses potes : c’est on ne peut plus compréhensible. Les petites amies des autres membres des Beatles étaient parfois présentes dans le studio, notamment Linda Eastman, future épouse de Paul McCartney, et leur fille, Stella McCartney, aujourd’hui célèbre créatrice de mode. Le procès que les fans firent à Yoko Ono durant des décennies ne fut pas justifié.

Le film montre que les tensions au sein du groupe n’ont jamais été que passagères et parfaitement compréhensibles dans le contexte, avec la pression permanente des producteurs qui imaginaient un concert grandiloquent en Libye ou sur un navire au milieu de l’océan. Certes, on sent bien que l’histoire, d’une intensité sans équivalent dans le monde des arts et spectacles, était dans sa phase ultime, que tout ou presque avant été dit et donné, et les adultes qu’étaient devenus John, Paul, Georges et Ringo ne pourraient éternellement continuer à être des Beatles.

Pourtant, quelques semaines après l’aventure Get Back, ils reprirent le chemin des studios, cette fois ceux d’Abbey Road, leur maison commune, pour y enregistrer l’album éponyme, leur véritable chant du cygne, dont les ébauches peuvent être entendus sur le documentaire de Peter Jackson. Les enregistrements des sessions de Get Back, bien qu’antérieurs à Abbey Road, ne sortiront que plus tard, sur l’album Let it Be, remixé par Phil Spector, qui y ajouta de sirupeux violons. Il faudra attendre 2003 pour qu’une version expurgée de ces piètres arrangements soit publiée, sous le nom de Let It Be Naked.

La vraie fin des Beatles, ce fut donc Abbey Road. En 1988, le journal Libération publia un hors-série appelé 68-88, l’album de nos 20 ans. Les plus grandes signatures de la presse musicale française consacrèrent un article à une sélection de 100 albums de cette période, et établirent un classement. Il est peu probable que le haut dudit classement eut été différent aujourd’hui, même si on remontait sur plusieurs décennies, siècles ou millénaires. The Beatles (l’album blanc) arriva en second. Sgt Pepper, l’album le plus emblématique du groupe et de l’histoire du pop/rock ne figurait pas dans le hors-série, car il était sorti en 1967. Abbey Road arriva en premier, et l’article que Bayon lui consacra fut à la hauteur de ce chef-d’œuvre. En voici la conclusion : « Mon premier est Beatles (voire mon second). Mon tout le reste est bon dernier. »

Allez voir Get Back !

 

Michel Taube et Marginal Ray

Directeur de la publication

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