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05H32 - lundi 15 novembre 2021
Europe

Energie : comment le géant Gazprom met la pression sur l’Europe pour imposer le gaz russe

 

La Fédération de Russie utilise une stratégie reposant sur les approvisionnements en gaz naturel comme moyen de pression. Elle cherche à déstabiliser le marché européen du gaz pour pousser la Commission européenne à accélérer la procédure de certification de Nord Stream 2. Les entreprises liées à Gazprom connaissaient ces plans à l’avance et ont réussi à reconstituer leurs stocks de gaz afin que les consommateurs allemands ne soient pas affectés par la politique gazière du Kremlin.

Le géant gazier russe Gazprom poursuit sa stratégie de minimisation des approvisionnements en gaz sur le marché européen afin de le déstabiliser et, de fait, d’exercer une pression pour parvenir à son but final : la préférence pour un approvisionnement via les gazoducs Nord Stream 2 et l’achèvement rapide de sa procédure de certification.

Moscou, pour parvenir à cet objectif utilise depuis longtemps des leviers qui ont fait la preuve de leur efficacité aux yeux de Moscou à savoir :

– L’absence de développement de capacités supplémentaires par les gazoducs de Yamal et d’Ukraine ; le non-remplissage des installations de stockage de gaz en Europe ;

– Le maintien par Gazprom d’une offre en-dessous des capacités historiques en limitant l’exécution uniquement à des contrats à long terme ;

– Restrictions de transport sur les gazoducs, à l’exception du Nord Stream 1.

 

La stratégie russe

Plongeons-nous en détails sur ces trois piliers de la stratégie énergétique russe vis-à-vis du reste de l’Europe.

– Actuellement, Gazprom n’utilise pas la totalité de la capacité disponible de l’infrastructure de transport existante. Les données dont nous disposons montrent que les volumes de gaz transportés ont chuté de 48 % sur le gazoduc de Yamal et de 45 % sur le gazoduc Brotherhood respectivement. Seul le gazoduc Nord Stream 1 n’a pas connu de baisse de la quantité de gaz transporté. Malgré les déclarations de la partie russe selon lesquelles la disponibilité du gaz est limitée en ce moment (en raison de l’augmentation de la demande intérieure), la fourniture de gaz à la Turquie a plus que doublé d’une année sur l’autre et que l’approvisionnement des consommateurs européens en gaz supplémentaire (jusqu’à 15 % de plus qu’actuellement) afin de normaliser la situation sur le marché des prix du gaz. De plus, Vladimir Poutine a souligné dans son discours que la Russie est capable de fournir 10 % de gaz supplémentaire par rapport aux volumes actuels. Mais la condition fixée par le président russe pour la certification de Nord Stream 2 est le modèle ITO (qui convient aux intérêts de Gazprom).

– Les arguments des Russes sur la nécessité de mettre en service Nord Stream 2 pour répondre aux demandes croissantes des clients semblent elles-mêmes contradictoires, puisque Gazprom lui-même estime les ventes annuelles de gaz à l’Europe à plus de 200 milliards de mètres cubes par an. En 2020, les exportations vers l’UE étaient inférieures à 150 milliards de mètres cubes. En réalité, les capacités existantes permettent aux Russes de transporter vers l’Europe plus de 270 milliards de mètres cubes par an (en additionnant les capacités de NS1, de Yamal, de Turkish Stream et de Blue Stream). Actuellement, l’offre excédentaire de capacité d’exportation de la Russie vers l’UE est d’environ 40 % par an. La demande de gaz en Europe s’est stabilisée à la moyenne des cinq dernières années. Il convient de noter que la demande au cours du second semestre de 2021 est déjà inférieure à celle de l’année précédente.

– Malgré l’exécution de contrats à long terme, la Russie a cessé de mettre à disposition des volumes supplémentaires dans le cadre des enchères sur le marché « spot ». Spimex, la bourse russe de l’énergie, a également introduit une limite de 50 % des volumes de gaz disponibles. Gazprom, de son côté, a également réduit de manière significative les volumes de vente sur sa plateforme de vente, limitant encore plus les volumes livrés en Europe et les ventes sur le marché européen au-delà des conditions prévues dans les contrats à long terme. La baisse enregistrée entre les niveaux de mars 2021 et ceux de la mi-2021 a atteint 53 %. Une autre baisse a été signalée en septembre 2021 et s’est élevée à environ 35 %. Les données mentionnées ci-dessus indiquent que Gazprom limite toutes les ventes possibles sur le marché européen au-delà des nominations dans les contrats à long terme. Toute la production disponible (qui n’a pas été livrée aux clients) est transportée/dirigée vers les stockages souterrains de gaz naturel (« underground natural gas storage » – UNGS) de Gazprom en Russie. Ce maintien de niveaux élevés dans les UNGS russes fournit une garantie d’approvisionnement principalement aux clients nationaux, permettant aussi à Gazprom de maintenir un contrôle total sur l’approvisionnement hivernal du marché européen.

– En outre, Gazprom a supprimé toutes les ventes aux enchères du calendrier commercial pour l’approvisionnement en gaz en 2022. L’absence d’enchères pour 2022 signifie que Gazprom n’a pas l’intention d’augmenter la quantité de gaz pompé, et compte sur l’augmentation des achats par le biais de contrats à terme uniquement.

– La stratégie de Gazprom, rendant les clients finaux vulnérables à une brusque variation des prix, les pousse à réserver des capacités supplémentaires sur les gazoducs de Yamal en Ukraine via des contrats trimestriels et annuels. En comparant le niveau des réservations de capacité, à partir de 2022, Gazprom a réservé, respectivement : sur Yamal 90 % de moins qu’actuellement et sur l’Ukraine 55 % de moins que pendant la période allant jusqu’à décembre 2020.

– Les actions des Russes ont entraîné une multiplication par 7,5 des prix des contrats au comptant sur le marché européen. L’ampleur de l’augmentation d’une année sur l’autre est bien plus importante que lors des crises de 1973/1974 et de 1978/1979. Au cours de ces crises, les hausses de prix signalées étaient respectivement de 3,7 et 2,8 fois.

– Il s’agit, selon le droit communautaire (article 102 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et la directive sur la concurrence et la protection des consommateurs) d’un abus de position dominante en limitant l’approvisionnement en gaz naturel, ce qui entraîne des prix anormalement élevés.

– Il convient également de noter que l’offre du gaz européen, reposant sur le GNL, notamment sur la période février/juin 2021, a été nettement plus élevée que la moyenne de ces dernières années (en mars et avril 2021, elle était presque deux fois plus élevée). Les arguments russes, justifiant leur stratégie par une réduction des approvisionnements de tous les fournisseurs mondiaux, ne sont pas étayés par des données statistiques.

 

Source de déstabilisations

Comme le montre l’histoire, les actions actuelles de Gazprom sur le marché d’approvisionnement de l’UE font partie d’une stratégie beaucoup plus large. Elle consiste à créer un goulet d’étranglement, mettant ses clients dos au mur, puis à présenter une solution au problème sous la forme d’un favoritisme réglementaire, consolidant à la fin la position dominante du géant gazier. Cette stratégie a été utilisée à deux reprises au cours des dernières décennies pour les PECO (2009-2014) et pour Naftogaz (2014-2019), société publique ukrainienne de distribution du gaz. Dns ces deux dossiers, les marchés ont été fragmentés et l’offre concurrentielle a été annihilée, permettant à Gazprom, pourtant à l’origine du problème, d’apparaître comme un recours pour assurer la continuité de la fourniture énergétique.

Pour rappel, le noyau de la crise ukrainienne de 2014-2019 – sans occulter les autres problèmes géopolitiques et territoriaux existants entre les deux Etats – était un différend sur les prix et la volonté des Russes de réduire les approvisionnements de l’Ouest via l’Ukraine, ce qui a déclenché une nouvelle hausse des prix.

La coupure des livraisons de gaz à l’Ukraine, ainsi que le refus de la Russie de se conformer à une sentence arbitrale ont fait le reste, entraînant le premier conflit armé sur le sol européen depuis la fin des guerres en ex-Yougoslavie.

 

Nikola Patras

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