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12H53 - mercredi 3 novembre 2021

Entrepreneurs, votez ! Entretien avec Olivier Bidou, tête de liste CNDI aux élections à la CCI

 

Monsieur Bidou, vous êtes le président de la Coordination Nationale des Indépendants (CNDI). Cette semaine, et jusqu’au mardi 9 novembre, ont lieu les élections des élus représentant les chefs d’entreprise dans les CCI, les Chambres de commerce et d’industrie. Quels en sont les principaux enjeux ?

Les CCI de Paris Île de France sont verrouillées depuis trop longtemps par les dirigeants des grandes entreprises. Or les « petites entreprises » représentent environ 95% des commerces dans les 8 départements d’Île de France. Ils sont peu ou pas représentés. Pourtant ce sont eux qui paient les taxes qui alimentent les CCI. Actuellement les dirigeants des CCI considèrent les petits employeurs comme quantité négligeable. Toutes les aides et subventions vont directement et sans aucun gène aux membres ou organisations proches du grand patronat. C’est pour rétablir enfin un certain équilibre et un début de justice économique que la CNDI présente une centaine de candidats dans les CCI de Paris Île de France.  

 

 

Chaque année, ces élections connaissent un très faible taux de participation. Que dites-vous à un chef d’entreprise qui hésiterait à voter pour le convaincre ?

La démocratie sociale est vraiment en danger. En effet les taux de votants baissent régulièrement. Il est même probable qu’en Île de France, nous n’atteignons pas les 3% de votants. Selon la préfecture, au bout de 6 jours de vote sur 14, en Île de France, nous sommes à moins de 1% de votants (Paris : 0.69%). Les dates des vacances scolaires n’arrangent pas les choses. Paris se vide pendant cette période et les électeurs aussi. De plus les CCI ne font pas preuve d’une communication attrayante, c’est le moins qu’on puisse dire. Beaucoup de commerçants ignorent le rôle de leur CCI et ne voient pas à quoi elle sert, sauf pour encaisser des taxes. Cependant les CCI sont des outils merveilleux qu’il faut absolument conserver. Elles sont un pilier fort de notre formation commerciale, de notre vitrine d’exposition, d’interlocuteur entre l’administration, les pouvoirs publics et les commerces, pour nos exportations, etc… Mais pour que les entrepreneurs aient envie de voter il faudrait  donner aux CCI une véritable visibilité d’avenir. Les CCI ne peuvent plus se contenter d’organiser des cocktails et distribuer des petits fours, payés par les entreprises de leur région. Elles doivent trouver, ou retrouver leur Raison d’Etre, prouver leur utilité, se montrer réellement au service de toutes les entreprises. Ce qui n’est pas le cas actuellement.

 

La CNDI représente-t-elle surtout les petits chefs d’entreprise, bref surtout les employeurs indépendants et les TPE ? Pourquoi ce choix ?

Il s’est avéré que personne ne défend sérieusement les « petits entrepreneurs ». Pourtant ils sont la colonne vertébrale de notre économie. C’est en prenant conscience de cet état de fait, que la CNDI a décidé de prendre la défense des « petits entrepreneurs » dans les CCI. Il y a 193 membres des CCI en Île de France. En 2016, la CNDI a présenté 15 candidats sur toute l’Île de France. Tous les candidats ont été élus. 100% d’élus. C’est dire l’immense besoin qu’ont les « petits entrepreneurs » d’être représentés au sein des CCI. Cette année La CNDI en représente une centaine. S’ils sont élus, ils pourront défendre efficacement les « petits entrepreneurs ».

 

Y a t-il des enjeux spécifiques à l’Ile de France pour ces élections ?

La CCI de Région Paris Île de France est la première de France, mais aussi la première d’Europe et même la Première du Monde. C’est dire avec quelle convoitise elle est regardée par les plus grandes organisations de formation en Angleterre, en Allemagne et en Amérique.  Dans presque tous les domaines, elle excelle : HEC, Ferrandi, la Fabrique, les Gobelins, ESSEC. Elle détient de nombreux parcs d’exposition : Porte de Versailles, Villepinte, Le Bourget… Sa présence est forte dans les administrations fiscales, à la commission des impôts, à l’environnement, à la circulation, à l’urbanisme. Mais il reste encore tellement de choses à faire pour le commerce de proximité, la circulation urbaine, les transports et pour garder une région dynamique en évitant qu’elle se vide des ses commerces et de ses habitants.

 

En effet, j’allais y venir : la capitale est déserte depuis plusieurs mois : le commerce est comme asphyxié et déserté par les Parisiens. La CCI Paris Ile de France a-t-elle selon vous défendu les intérêts des chefs d’entreprises depuis la crise des gilets jaunes, les manifestations contre la réforme des retraites et pendant la crise Covid ?

Nous avons espéré que le Brexit nous apporterait de très nombreux emplois de bons niveaux. Il y en a eu, mais hélas, pas assez. Ils n’ont pas comblé les départs des Parisiens. Cependant, rien ne se fait sans passer par Paris. Pour que notre capital garde son prestige, il faudrait aussi que la Région politique et les municipalités soient à l’écoute des citoyens et des commerçants.

La COVID a été bien gérée par les CCI, mais elles n’ont rien vu venir sur la crise des Gilets Jaunes et sont très éloignées des problèmes de retraites. Le pire risque d’être devant nous si nous refusons d’écouter les commerçants et les indépendants. Une rue sans commerce perd de sa sécurité et de sa propreté. La vie au quotidien, ce ne sont pas les banques qui ferment à 16 heures, quand il n’y a pas que des automates, mais le restaurant, le boulanger, le cordonnier, le coiffeur, le marchand de journaux, le kiné, les services indépendants de santé de proximité, et l’ensemble des « petits commerces » qui donnent vie à un quartier et qui donnent envie d’y vivre.

 

Si vous êtes élu en force à la CCI, qu’est-ce qui changera à la vie des entrepreneurs ?

Si La CNDI a suffisamment d’élus, elle donnera un souffle nouveau aux CCI vieillissantes. Proche de la base, elle communiquera plus avec les « petits entrepreneurs » afin d’améliorer leur vie au quotidien. Il faut redonner aux CCI leur rôle de relais entre toutes les entreprises, et donc surtout les « petits entrepreneurs », et les autorités administratives. Il faut que les CCI aident mieux et encore plus les entrepreneurs pour s’adapter aux mutations de cette nouvelle ère qui s’ouvre devant nous. Un accompagnement solide et permanent est absolument nécessaire.

 

Dernière question : votre organisation est-elle engagée politiquement ?

Nous ne sommes ni à droite, ni à gauche, ni au centre, nous sommes main dans la main avec toutes les entreprises. Nous sommes, en même temps, ronds et carrés.

 

Propos recueillis par Michel Taube

 

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