Actualité culturelle
16H26 - vendredi 23 juillet 2021

JO Tokyo : jeux de corps et d’esprit, un hommage poétique en haïku

 

© Olivier Peraldi

 

fières oriflammes

fichtre le jour d’ouverture

ne dure qu’un jour

 

Des règles strictes. Des performances attendues, des émotions certaines. Depuis toujours poésie et Jeux Olympiques partagent la même quête d’élévation de l’humaine condition par l’effort de l’esprit comme du corps.

Des odes à la gloire des vainqueurs chères à Pindare, poète grec du Ve siècle avant notre ère, aux vers déclamés par le maire de Londres, Boris Johnson à l’ouverture des Jeux de 2012, en passant par le pentathlon des muses imaginé par Pierre de Coubertin, l’art et la poésie ont toujours accompagné la célébration de ce qu’il y a de plus humain dans le dépassement de soi, inspiration et émotion, exploit sportif et communion avec le public.

Opinion Internationale célèbre cette humanité spirituelle et physique en saluant le peuple japonais qui accueille les Jeux Olympiques à Tokyo en proposant un haïku du poète Olivier Peraldi. Nous avions déjà publié un merveilleux haïku de l’artiste en 2019 et nous le retrouvons avec joie pour ce grand rendez-vous du Japon avec le monde.

Cette série de dix-neuf poèmes, adoptant avec humilité et admiration les exigences du poème court japonais, rapproche dans un hommage partagé la culture du pays d’accueil et la passion olympique. La recherche d’absolu que condense l’épure poétique, et la sublimation du dépassement de soi que symbolise la flamme olympique, procèdent d’une même humanité qui se confronte à elle-même dans un monde dont elle procède.

A chaque jour des Jeux, une discipline olympique a inspiré un haïku à Olivier Peraldi.

Par sa concision et sa recherche d’absolu, le haïku est la quintessence de la poésie japonaise. Opinion Internationale donne ainsi toute sa place à l’humanité d’un rendez-vous unique et planétaire.

Bonne lecture, bons Jeux Olympiques.

Michel Taube

 

[23 juillet]

fières oriflammes

fichtre le jour d’ouverture

ne dure qu’un jour

 

 

[24 juillet]

éclose dès l’aube

dans l’ombre du podium

ô fleur téméraire

 

 

[25 juillet]

lisse le skiff glisse

scindant l’eau et le soleil

sans effort ou presque

 

 

[26 juillet]

un cri au jardin

dans le soleil d’été

l’enfant se relève

 

 

[27 juillet]

pour qui chantes-tu

lune soleil et étoile

l’oiseau trois lumières

 

 

[28 juillet]

faire du salon

un terrain d’étirements

quelle gymnastique

 

 

[29 juillet]

combien coûte-t-il

ce melon dans le panier

pas plus de trois points

 

 

[30 juillet]

les poids retombent

l’haltérophile relâche

enfin je respire

 

 

[31 juillet]

le ballon en main

le petit garçon le garde

l’été sera doux

 

 

[1er août]

trois plus ou moins haut

et en mondovision

mais les pieds sur terre

 

 

[2 août]

le vent se lève

l’asagao bleutée vibre

léger yukata

 

 

[3 août]

quel est cet oiseau

venu des nues jusqu’aux flots

plutôt ce poisson

 

 

[4 août]

le stade résonne

de tant d’efforts et sueurs

si peu de public

 

 

[5 août]

des voiles des vagues

lumineuses arabesques

ô fou de dessin

 

 

[6 août]

fuyant feu follet

une planche quatre roues

mes jeunes années

 

 

[7 août]

la roue tourne en boucle

les champions se succèdent

cycle des saisons

 

 

[8 août]

même toi crapaud

tu voudrais l’escalader

la paroi si raide

 

 

[Final pour les spectateurs]

sur la terre rouge

des sueurs et des clameurs

il ne reste rien

 

 

[En attendant Paris]

la flamme là-haut

le nouveau-né sur sa mère

ô soleil levant

 

***

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