Opinion Sport
12H45 - vendredi 28 mai 2021

#WhereisMalcolm vs Qatar2022

 

L’édito de Michel Taube

C’est le témoignage d’un jeune kenyan devenu blogueur et porte-parole malgré lui de la face cachée de Qatar 2022…

Le blocus du Qatar a pris fin avec l’accord trouvé avec les Émirats arabes unis et ses alliés en janvier 2021 (les frères ennemis se sont-ils vraiment réconciliés ?). Pourtant, la campagne de boycott de la Coupe du monde de football 2022 qui se tiendra au Qatar du 21 novembre au 18 décembre 2022, lancée par la Norvège et le Danemark au nom des droits de l’homme, ternit l’image de l’Émirat, champion mondial parmi les investisseurs dans le sport et les médias (le Qatar détient 13 % du groupe Lagardère en France).

Les partisans du #BoycottQatar le savent, le succès de la campagne ne se mesurera pas en nombre de pays refusant de prendre part au tournoi, mais en termes d’expansion du débat international au sport, à la géopolitique et aux droits humains. Qu’un pays du Golfe accueille un événement planétaire, volontiers. Mais on aurait pu imaginer, à l’instar de l’Euro2021 qui se tient dans 12 pays européens, que Doha, La Mecque (centre économique de l’Arabie saoudite), Tel-Aviv, Beyrouth, Oman accueillent conjointement l’événement. On peut toujours rêver…

Qatar 2022 donc ! Le coût humain de la construction de stades flambant neufs est considérable : 6 500 travailleurs auraient perdu la vie, selon Le Guardian, et d’après des sources gouvernementales, dans la construction de l’infrastructure requise pour accueillir l’événement. Plusieurs footballeurs, notamment allemands, se sont exprimés courageusement pour dire leur inquiétude sur les coulisses de la Coupe du monde qui se tiendra au Qatar. Quant à la facture environnementale de l’événement, nous y reviendrons prochainement.

Les ONG montrent leur pouvoir d’influence grandissant en matière de sport power sur la scène internationale, dont Migrant-Rights. Cette organisation de défense des droits des migrants basée dans les pays du Golfe dénonce la détention arbitraire de Malcolm Bidali, un jeune ressortissant kényan de vingt-huit ans. Agent de sécurité le jour et blogueur la nuit, Malcolm offre un témoignage rare sur sa condition de travailleur migrant en période de pandémie sur le territoire qatari. Il signait ses articles et son compte Twitter sous son pseudonyme « Noah », il serait aujourd’hui à craindre que ses récits autobiographiques écrits à la première personne ne soient la cause de sa détention ayant eu lieu il y a trois semaines. Pour pallier l’opacité qui règne autour des chefs d’accusation toujours méconnus, les autorités qataries défendent que Malcolm Bidali est « l’objet d’une enquête pour avoir violé les lois et règlements en matière de sécurité ».

Amnesty International avait déjà fait part de ses inquiétudes concernant les conséquences des mesures prises pour lutter contre la pandémie sur les droits de l’homme dans son Rapport 2020/21. Attardons-nous un instant sur les trois pages de ce dernier dédiées au Qatar. Même si de nouvelles lois apportant une meilleure protection juridique aux travailleuses et travailleurs migrants ont été adoptées, ils ont tout de même été les personnes les plus exposées aux effets de la pandémie et aux pouvoirs disproportionnés des employeurs contrôlant tant leur entrée dans le pays que leur droit de séjour. Par ailleurs, les exécutions ont repris après une trêve de vingt ans selon Amnesty International et les femmes sont toujours discriminées tant dans la législation que dans la pratique.

L’événement du 2 octobre 2020 à Doha est un exemple frappant du non-respect de la dignité et des libertés individuelles de la femme. Rappelez-vous… Les passagères de plusieurs vols au départ de Doha ont dû descendre d’avion pour subir des examens gynécologiques forcés, afin de déterminer si l’une d’entre elles pouvait avoir mis au monde un nouveau-né découvert dans les toilettes de l’aéroport.

Les restrictions à l’exercice de la liberté d’expression ont quant à elles été renforcées avec l’adoption, en janvier, d’une loi rédigée en termes vagues érigeant en infractions pénales toute une série d’activités liées à l’expression. En effet, toute diffusion et publication de propos jugés « tendancieux » seraient passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 100 000 rials (plus de 25 000 dollars américains). Cette loi témoigne d’un recul inquiétant en matière de liberté d’expression au sein de la société civile et de la presse, et constitue une violation flagrante du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié en 2018 par le Qatar.

Voici qui confirme nos craintes concernant Malcolm Bidali, qui s’exprimait pacifiquement sur les défis quotidiens d’être un travailleur migrant et luttait pour ses droits dans l’anonymat.

Le Qatar est pour la France un partenaire important, notamment en matière de lutte contre le terrorisme. Au sein du Parlement français, des élus se mobilisent, dont les députés Jean Lassalle, Clémentine Autain, Gwendal Rouillard et Sonia Krimi, les sénateurs Rémi Cardon et Éric Bocquet, entre autres, tous sensibles aux droits des femmes et à la liberté d’expression. Ils s’émeuvent notamment des conditions de la construction des installations de Qatar 2022.

Qatar2022 aura bien lieu, mais nous préférerions que Malcom Bidali assiste aux matchs de son choix et puisse y rencontrer les joueurs de ses rêves ! Alors, #WhereisMalcolm ?

 

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

 

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