Monde
07H13 - samedi 22 mai 2021

Pour rembourser la dette COVID, la France mettra 67 ans. En Allemagne ce sera…60 ans de moins.

 

Tribune de Philippe Charlez

Selon l’assureur Euler Hermès[1] la dette française (122% du PIB cette année) ne retrouverait pas son niveau pré-covid avant 2087. Si le « quoi qu’il en coûte » d’Emmanuel Macron n’avait pas de prix, en revanche il aura un coût exorbitant.  Pour l’Allemagne ce sera…60 ans de moins.

 

Evolution de la dette française depuis 1960[2]

 

Il serait certes plus qu’injuste d’imputer au président Macron la paternité de la dette française. Entre 1974 et 2020 elle est passée de 15% à plus de 100% du PIB. Autrement dit, depuis près de cinquante ans, la croissance économique française ne repose pas sur une réelle création de richesse mais sur un emprunt continu garanti par un patrimoine conséquent et une réputation historique. Cette dette résulte en grande partie d’un déficit chronique des administrations publiques alors même qu’elles peuvent compter sur un niveau de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés au monde. Cette dérive gauchiste amorcée en 1981 n’a jamais été remise en question par les gouvernements successifs qu’ils soient de gauche ou de droite. Elle explique en grande partie la déliquescence aujourd’hui observée dans la société française[3].

A partir des années 1980, la dette ne sera plus considérée comme un emprunt destiné à préparer l’avenir via des projets d’investissement long terme mais comme une ressource publique à part entière utilisée pour payer les dépenses de fonctionnement de l’Etat. Sa réduction n’a d’ailleurs jamais été à l’ordre du jour : les périodes de forte croissance de la fin des années 1980 (gouvernement Rocard) et de la fin des années 1990 (gouvernement Jospin) ne furent pas mises à profit pour réduire la dette publique mais pour l’accroitre notamment avec la sinistre loi Aubry de 1998 sur les 35 heures que personne n’osa jamais remettre en cause. Le recours à la dette est un choix de facilité[4] auquel la France a cédé en raison de son mode de pensée gauchiste catholique très éloigné de la rigueur libérale et de la fermeté protestante. D’autres comme l’Allemagne ou la Suède avaient au début du XXIe siècle des situations financières plus dégradées que la France. Leurs choix de réduire leur dette souveraine leur a permis d’en tirer un bénéfice économique concurrentiel.

 

Figure 4 – Dettes souveraines et dépenses publiques en France et en Allemagne[5]

 

L’évolution des dettes et des dépenses publiques Allemandes et Françaises depuis 2010 est une remarquable démonstration des approches divergentes entre un système social-démocrate (France) et un système social-libéral (Allemagne). Ainsi les dépenses publiques allemandes (45% du PIB en 2018) sont historiquement plus de 10 % inférieures aux dépenses publiques françaises (56%). Pourtant, après la crise des subprimes les deux nations européennes présentaient des dettes souveraines à peu près identiques égales à environ 80% du PIB. Mais, au cours des dix dernières années elles ont divergé de façon spectaculaire : celle de la France a atteint en 2020 100% du PIB tandis que celle de l’Allemagne avait été réduite à 60%.

Mais, la différence est encore plus spectaculaire quand on regarde l’évolution des passifs annuels (PIB moins dette moins dépenses publiques). En 2010, les deux nations présentaient un passif quasi identique de l’ordre de -800 milliards d’euros. En 2018, le passif français a atteint -1300 milliards d’euros c’est-à-dire presque 7 fois le passif allemand. Autrement dit durant la dernière décennie, l’allemand a financé ses dépenses publiques via un accroissement de son PIB alors que le français les a financés par l’accroissement de sa dette. Deux stratégies radicalement opposées : la stratégie sociale-démocrate a appauvri le français alors que la stratégie sociale-libérale a enrichi l’allemand.

Avec ses 5,7 millions de fonctionnaires[6] nationaux et territoriaux, la fonction publique française est une énorme machine à dégrader la richesse. L’accroissement de la fonction publique au-delà d’un seuil critique (elle s’est accrue de 40% depuis 1981) aux dépens d’emplois privés est un processus appauvrissant la collectivité toutes classes sociales confondues. En revanche toute mesure visant à alléger l’Etat et à transférer vers le privé les activités économiques qui lui reviennent sera toujours créateur de richesses.

 

Philippe Charlez

Expert en Questions Energétiques à l’Institut Sapiens

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] https://www.eulerhermes.fr/actualites/dette-publique-pays-europeens.html

[2] Source des données : INSEE, Rapport Pebereau & France Inflation, World Bank et BP Statistical Review 2019

[3] https://www.opinion-internationale.com/2021/05/13/gauchisme-et-decadence-tribune-de-philippe-a-charlez_90525.html

[4] https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/france-pas-de-croissance-sans-endettement-133099

[5] Sources des données : Eurostats

[6] En volume c’est la fonction publique la plus importante de l’Union Européenne

 

 

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