International
07H53 - vendredi 21 mai 2021

La Guinée équatoriale : futur Dubaï africain ?

 

Tout le monde connaît les micro-Etats pétroliers du Golfe arabo-persique que sont les Emirats Arabes Unis ou le Koweït. On connaît moins leur pendant africain niché au creux du Golfe de Guinée dont il porte le nom. La Guinée Équatoriale (à ne pas confondre avec la Guinée Conakry), est une ancienne colonie espagnole, de moins d’un million et demi d’habitants, qui a acquis son indépendance depuis la fin des années 60 et est devenue un pays producteur de pétrole depuis les années 90 le propulsant comme un des pays les plus riches du continent noir, avec un PIB par habitant bien plus élevé que celui de la France.

Si la crise financière et économique due à la rétractation du marché pétrolier en 2014 a quelque peu entamé le développement économique du pays, elle aura agi comme un électrochoc conduisant les autorités du pays à diversifier leurs leviers économiques. Outre les dividendes tirés des matières premières comme le bois, le cacao ou les hydrocarbures, la Guinée équatoriale se lance dans l’agriculture et la pêche et se lance dans une économie tertiaire avec au premier rang l’industrie touristique qui bénéficie de nombreux atouts, notamment une richesse inexploitée de sites naturels comme la forêt vierge, véritable sanctuaire de biodiversité unique au monde ou encore les nombreuses plages paradisiaques aux sables noir ou blanc d’une beauté rare et sauvage préservées du tourisme de masse telles que Sipopo, Arena Blanca, Ureka ou encore Corisco pour ne citer que les plus connues. 

Et alors que la mise en œuvre du plan stratégique national à l’horizon 2035 ficelé pour favoriser la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unis d’ici 2030 et de l’agenda 2063 de l’Union africaine (UA) peine à être effective, la crise de Covid-19 n’a fait qu’enfoncer le clou de cette urgente résilience économique. Dopée par de nombreuses réformes structurelles qui favorisent le climat des affaires, la Guinée équatoriale investit massivement dans la formation afin de développer ses compétences locales. Malabo (capitale du pays) applique un multilatéralisme équilibré, en s’évertuant à nouer des relations bilatérales audacieuses et relativement ouvertes en dialoguant avec tout le monde. 

De nombreuses puissances étrangères se portent ainsi au secours du pays dont chacun souhaite se ménager les faveurs comme la Chine qui vient de lui procurer un stock significatif de vaccins anti-Covid, la Russie qui a signé de juteux accords commerciaux dans les domaines de l’exploration du sous-sol ou encore la Turquie qui a récemment inauguré une ambassade à Malabo. Son agenda géopolitique poursuit un positionnement stratégique de recherche de consensus et de conciliation. 

Il vient par exemple d’en appeler à la justice internationale pour trancher un différend qui le lie au voisin gabonais avec lequel il se dispute depuis les années 1970 la souveraineté d’un chapelet d’îles au large du Golfe de Guinée. Alors que la Guinée équatoriale est une ancienne colonie espagnole, le pays connaît trois langues officielles avec le français et le portugais lui permettant ainsi de se positionner dans de nombreux réseaux d’influence linguistique. On retrouve la même logique sur le plan monétaire où bien qu’appartenant à la Zone CFA, donc sous influence française, le pays développe une large part de son industrie pétrolière avec les groupes américains en réalisant l’essentiel de ses transactions en dollars.

Depuis peu, à l’instar des émirats dont elle s’inspire, cette puissance émergente s’initie à la diplomatie du sport en développant une politique volontariste dans le domaine et investit dans des infrastructures qui lui permettent de se qualifier pour de nombreuses compétitions internationales (CAN, mondial de football junior…), y compris pour ce qui relève du sport féminin. Malabo commence ainsi à organiser de grands rendez-vous sportifs de premier plan à l’échelle continentale comme la première édition du Championnat d’Afrique des nations de boxe arabe, qui aura lieu dans la capitale équato-guinéene le 29 mai prochain. A l’instar de nombreux Etats pétroliers du Moyen-Orient, la Guinée équatoriale se fait une place dans la sous-région et émerge comme une puissance régionale avec laquelle il faut désormais compter. Une fois la crise sanitaire passée, il faudra scruter de près les initiatives prises par les autorités équatoguinéenes dans les domaines du sport et du tourisme, leviers essentiels de rayonnement et d’influence géopolitique.

 

Claudie Holzach

 

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