International
10H50 - mardi 30 mars 2021

Thomas Courtois : « Nickel, la banque universelle ? C’est une question de valeurs ». Les entretiens Business d’Opinion Internationale.

 

Avec Thomas Courtois, le président de la néobanque Nickel, Opinion Internationale inaugure ses entretiens Business dans une nouvelle rubrique « C’est une question de valeur ». Valeur ou valeurs ? C’est à marier les deux que notre économie se développera de façon inclusive et durable.

2 millions de clients dans quelques jours en France ! 4 millions en 2024 ? Un lancement réussi en Espagne et bientôt au Portugal et en Belgique ? Nickel, la première néobanque française, est une success story à la française ! Bientôt une réussite européenne ?

Créée en 2014, le but de ses quatre fondateurs était d’offrir à tous, sans distinction, un moyen simple de payer et d’être payés. Leur entreprise se basait sur un modèle original, s’appuyant sur un partenariat avec la Confédération des buralistes de France, et sur des valeurs fondamentales qui l’accompagnent encore et sans doute sept ans après. Très vite, Nickel a attiré l’attention de BNP Paribas…

Entretien avec Thomas Courtois, le président de Nickel depuis 2019, sur cette banque pas comme les autres…

 

Opinion Internationale : Alors, Nickel, qui êtes-vous exactement ?

Thomas Courtois : Nickel permet d’ouvrir un compte sans banque en cinq minutes, sur simple présentation d’une pièce d’identité, chez un buraliste partenaire. C’est tout. Les fondateurs de l’entreprise voulaient permettre à tous, sans distinction, de disposer d’un compte. De pouvoir payer et être payés. Cela correspondait à un réel besoin et cela explique sans doute son succès. Car Nickel a connu dès ses débuts un succès populaire incroyable. Nous aurons 2 millions de clients d’ici la fin de ce mois. Nous en sommes déjà très proches. Et nous visons les 4 millions à l’horizon 2024.

 

Pourquoi les buralistes justement ? Est-ce qu’il ne serait pas judicieux d’élargir votre réseau à d’autres commerces pour améliorer encore votre accessibilité ?

D’abord, les buralistes sont des commerçants de proximité très populaires, en qui les Français ont confiance. De plus, en termes d’accessibilité, si l’on compare le réseau bancaire le plus dense en France, la Banque postale, avec un peu plus de 9 000 points de vente, à celui des buralistes, forts de 24 500 commerces, on comprend que Nickel dispose d’un terrain de jeu considérable. Par ailleurs, notre succès nous le devons en grande partie justement à ces partenaires. Et la fidélité est une de nos valeurs premières. Nous n’avons donc aucune raison de nous détourner d’eux.

 

Nickel a-t-il gardé l’esprit start-up de ses débuts, son agilité, mais aussi, surtout, ses valeurs ?

L’ambition des fondateurs était d’offrir une solution universelle, simple, transparente et bienveillante. Ces valeurs, fortes, ont présidé au succès de l’entreprise et l’ont aussi façonnée. La première, l’universalité, s’incarne dans le fait que Nickel est ouvert à tous et que ses services sont les mêmes pour tous. Contrairement au monde bancaire traditionnel qui par essence sélectionne ses clients, nous accueillons tout le monde, même les interdits bancaires, et tous paient le même prix et reçoivent le même service, sans distinction. Donc nous offrons une universalité d’accès et de service.

La deuxième valeur, à laquelle nous sommes très attachés, est la simplicité. En effet, il ne suffit pas de proposer une ouverture de compte facile. Mieux,  tous les parcours de services doivent l’être également. L’utilité, ensuite, est d’importance fondamentale. On ne vend et ne fait payer que ce qui est directement utile et consommé par les clients, sans options cachées. Et comme nous n’autorisons pas les découverts, il n’y a rien pour générer de frais supplémentaires, et donc pas de mauvaises surprises, ce qui garantit une totale transparence.

Enfin, la bienveillance. C’est-à-dire non seulement offrir le même service à tous mais le meilleur possible. Voilà. Ces valeurs ont été et sont restées au centre de nos préoccupations. Il n’y a pas un projet que nous ne passons au filtre de ces valeurs. S’il échoue à cet examen, le projet est abandonné. Cet attachement à nos valeurs n’est pas une posture, il est réel et il fait que Nickel est unique en son genre dans le paysage européen.

 

Mais vous avez été rachetés en 2017 par BNP Paribas. D’ordinaire, après de telles transactions, il ne faut pas attendre longtemps pour que les entreprises acquises perdent leur autonomie, leur identité, voire leurs valeurs fondatrices. Qu’en est-il de Nickel ?

Notre succès s’explique justement aussi par le fait que Nickel ne s’est pas dénaturé. Il faut d’abord comprendre pourquoi les fondateurs de Nickel ont fait le choix de s’adosser à un grand groupe et pourquoi un groupe comme BNP Paribas a voulu acheter Nickel. Tout d’abord, le succès connu a largement dépassé les espoirs de ses fondateurs. Or, ils n’étaient pas banquiers, hormis Hugues Le Bret qui est      toujours président du conseil de surveillance de l’entreprise. C’est d’ailleurs grâce à leur diversité de compétences et de parcours que l’Ovni Nickel a vu le jour.

Mais, la méconnaissance du monde de la banque, de ses réglementations      entre autres, est devenu un handicap quand Nickel a atteint une certaine taille. C’était en 2017, c’est-à-dire seulement trois ans après le lancement de l’entreprise. De plus, l’idée de base, je le rappelle, était de permettre aux clients de payer et d’être payés en toute simplicité. Or un peu partout en Europe, l’offre bancaire est plus ou moins compliquée, et parfois chère alors que le besoin de payer et d’être payé est universel. Les fondateurs ont senti que Nickel avait un potentiel au-delà de l’Hexagone, et, de ce point de vue aussi, s’adosser à un groupe bancaire européen était bénéfique.

Quant à BNP Paribas, ils étaient impressionnés par la force d’innovation de Nickel et son succès aussi. Conscients de son importance en termes d’inclusion financière, ils ne souhaitaient pas changer son ADN d’universalité. Nous avons réussi à trouver un bon équilibre ensemble. D’un côté, nous avons pu conserver une grande indépendance sur tous les aspects opérationnels, et ainsi préserver notre agilité structurelle. De l’autre, nous bénéficions des compétences extrêmement précieuses de BNP Paribas qu’on aurait bien du mal à construire      en interne. Nous n’avons pas perdu notre âme, au contraire, cette alliance nous a permis de la renforcer.

 

Vous pourriez donner un exemple de ce « renforcement » ?

Nous avons récemment ouvert l’accès à nos services aux étrangers. Jusque-là, ils l’étaient seulement à ceux de la zone européenne. Maintenant, les résidents étrangers de 190 pays peuvent ouvrir un compte chez nous sur simple présentation de leur passeport d’origine. C’est une prouesse technologique       et un beau succès sur le front de notre valeur de bienveillance.

Il fallait nous équiper pour être en mesure d’authentifier ces documents, nous l’avons fait, car c’était important pour nous. L’inclusion en général, et des étrangers en particulier, est la vocation première de Nickel. L’utilité est aussi au cœur de nos préoccupations. Ainsi pendant la crise sanitaire, nous avons développé une application qui permet de transférer des liquidités à l’étranger.

 

Universel, cela ne vous empêche pas de faire dans le localisme, autre valeur qui monte en flèche dans notre société…

En effet, nos clients nous ont fait connaître leur envie de cartes de paiement personnalisées. Jusqu’ici, elles n’étaient pas nominatives, pour des raisons pratiques. Nous avons donc évolué. Maintenant, les clients peuvent choisir la couleur, même gold, de leur carte, y faire inscrire leur nom et, s’ils le souhaitent, figurer les contours      de leur région, du moins certaines où cette demande a été importante, comme en Guadeloupe, à La Réunion, en Martinique, en Guyane, en Corse et en Bretagne.

 

A quand l’Alsace (Opinion Internationale est dirigée par des Alsaciens) et tous les terroirs de France ? Au passage, je note que vous faites le contraire de l’Etat qui a interdit les numéros de département sur les plaques minéralogiques des voitures…

Les six personnalisations citées ci-dessus ne sont qu’un début et surtout ce sont les six territoires qui ont été le plus plébiscités par nos clients lorsque nous leur avons demandé leur avis. Normal donc de commencer par ceux-là. D’autres régions viendront, c’est certain, dont sûrement l’Alsace qui a l’air de vous tenir particulièrement à cœur.

 

Le succès de Nickel n’est-il pas aussi le reflet de la crise économique que vit notre pays, d’une société malade qui compte de plus en plus de personnes en difficulté, d’interdits bancaires ? Êtes-vous la banque des précaires, des personnes en bas de l’échelle sociale ?

Ça ne nous gênerait pas, mais ce n’est pas le cas. Un tiers seulement de nos clients correspond à ce profil. Un autre tiers vient vers nous pour la simplicité de nos services et un tiers, pour des offres spécifiques. Nous proposons par exemple une carte qui permet de payer à l’étranger sans aucun frais de change ni de transaction. C’est intéressant. Mais, en effet, à partir du moment où on apporte une solution à tous, y compris les plus fragiles, chaque mouvement de crise nous envoie les personnes qui ne trouvent pas de solutions ailleurs.

 

Comment vous et vos clients avez vécu la crise de la Covid-19 ?

Nos observations ont été les mêmes que celles des autres établissements bancaires. Les gens se sont adaptés à la situation, ce qui a impliqué une augmentation des paiements en ligne et de l’utilisation du sans-contact, une baisse de la consommation et des règlements en espèces. En revanche, le revenu moyen de nos clients n’a pas diminué. En d’autres termes, ils sembleraient n’avoir pas plus souffert que les autres.

 

Enfin, dernière question, avez-vous l’intention de diversifier votre offre comme le font les autres opérateurs bancaires ? La téléphonie, le crédit, l’épargne, sont-ils à votre ordre du jour ?

Tout nous pousse dans ce sens, en effet. Pourtant, nous avons la conviction que notre vocation est de ne pas nous disperser et d’innover dans notre domaine. Notre responsabilité envers nos clients reste celle qui tenait dans notre promesse initiale : leur permettre de payer et d’être payés. Nous continuerons donc d’innover autour de cet axe, de nous concentrer sur les besoins que nos clients nous signalent, comme celui par exemple d’être aidés dans leur gestion budgétaire, et aussi de pouvoir encaisser des chèques.

 

Cela sera-t-il bientôt possible ?

Nous y travaillons.

 

 

Propos recueillis par Michel Taube. Avec Catherine Fuhg

 

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