International
11H26 - mardi 16 mars 2021

2022 : Emmanuel Macron, le candidat du rassemblement citoyen. Tribune de Sylvain Waserman, vice-président de l’Assemblée Nationale

 

On peut porter un autre regard sur le Président de la République. Pas celui des médias d’information continue, qui ont la confrontation comme accroche et la polémique comme substance. Pas seulement celui des sondages, qui le donnent à un niveau record de 50% de popularité. Un regard fondé sur la raison et sur le cœur, pour décider s’il doit poursuivre en 2022 la mission que les Français lui ont confiée. Un autre regard qui interroge l’opinion publique, sa lecture immédiate et instantanée des faits, et qui se fonde sur une sagesse citoyenne bien française. Un autre regard sur ce que son mandat aura révélé de lui.

Le constat le plus établi, c’est que notre Président a considérablement rehaussé l’image de la France à l’international. La presse de nombreux pays du monde salue le Président Macron pour son action internationale, au moment où la France a été propulsée en 2019 comme premier pays du soft power dans le classement international qui fait référence en la matière. Il a construit une dynamique européenne nouvelle en pariant sur un renouveau du moteur franco-allemand.  Il a obtenu ce que l’Union européenne avait esquissé sans jamais le réaliser : un budget européen ; un plan de relance européen d’une ampleur inégalée ; des emprunts partagés pour affronter la crise. C’est un renouveau européen qu’indéniablement il insuffle. Il a replacé la France au cœur de la scène internationale, par sa présence aux côtés des libanais dans leur souffrance, mais aussi dans de nombreuses crises du monde ; parfois en frontal face à Erdogan ou Bolsonaro, mais aussi en étant le premier dirigeant du monde à oser taxer les GAFAs malgré l’ire des Etats-Unis. Après le quinquennat Hollande qui avait vu s’étioler la place de la France, son rang et son influence, à peu près personne ne conteste que, sur la scène internationale, la fadeur du quinquennat Hollande contraste avec le rayonnement du quinquennat Macron.

En second lieu, la gestion de crise a permis aussi au Président d’affirmer une stature d’homme d’État qui, du fait de son jeune âge, n’était pas acquise a priori. Une stature présidentielle ne se révèle qu’à l’épreuve des faits : elle s’est indubitablement affirmée au fil des crises terribles qu’il aura eu à gérer, et en particulier les grèves, les Gilets jaunes, la crise climatique et la crise de la Covid. Dans chacune de ces crises, le Président était solidement aux commandes et toujours sur le front. Il a appris de ses erreurs du début en matière de communication de crise – lors de l’affaire Benalla, de son trop long silence au début de la crise des gilets jaunes, ou de la communication initiale sur les masques. Avec une énergie et un engagement de chaque instant, et surtout avec une approche nouvelle des solutions.

La crise des Gilets jaunes a montré la créativité dont il a su faire preuve en lançant dans la perplexité totale les grands débats. Ce fut une innovation démocratique qui ne s’est imposée que par l’implication personnelle du Président et grâce à ses 65 heures de débat qu’il a personnellement tenues face aux jeunes, aux philosophes, aux maires ou aux citoyens engagés. Aucun Président ne l’avait fait avant lui et bien peu en étaient capables.

Autre innovation que personne n’avait osé avant lui pour aborder la crise climatique : la convention citoyenne pour le climat. Là aussi, le scepticisme a accompagné sa genèse et le doute s’est exprimé sur son utilité ; maintenant que plus personne ne conteste l’intérêt de ce qui en est sorti, le débat se porte sur la prise en compte pleine et entière de ses propositions. Au moment où le parlement débat du référendum pour modifier l’article 1 de la constitution, avec la formulation exacte de la convention citoyenne, nous vivons une forme innovante de « circuits courts » entre les citoyens et la Constitution.

Dans la crise de la Covid enfin, le Président a prouvé qu’il a su prendre des décisions économiques d’une ampleur inégalée, résumées par le « quoi qu’il en coûte ». Aucun président n’avait affronté une telle crise avant lui ni déployé une réponse de cette ampleur, inédite et probablement inégalée dans le monde. Les Français se souviendront des crises sans précédent de ce quinquennat et de la capacité du Président à conduire le pays dans les moments de tempête les plus difficiles, avec une approche nouvelle, engagée et audacieuse.

Arrive maintenant le rendez-vous de fin de mandat : il reste à Emmanuel Macron à convaincre l’opinion publique qu’il sera le président de la transformation profonde de notre pays. Il doit s’imposer comme un Président qui, malgré les crises successives, a su mener à bien son projet de transformation de la société. Le bilan est réel et profond mais trop peu reconnu : les 12 enfants par classe, le droit du travail, la formation professionnelle, la loi PACTE, des avancées sociales majeures (le zéro reste à charge, la mutuelle à un euro, etc…), le financement de la dépendance ou encore l’évolution de la fonction publique sont des transformations majeures mais pourtant trop peu visibles du grand public. Les lois en cours de navette parlementaire sur les principes de la République ou sur la sécurité globale, les textes sur la justice des mineurs ou l’adoption, sur le bien-être animal, sur la différenciation (loi 4D à venir) ou sur l’aide publique au développement sont des réformes de fond encore trop peu perceptibles dans le quotidien des français. Notre activité parlementaire rompt avec la tradition d’une seconde partie de mandat calme et sans vague : la réforme se fera jusqu’au bout, pour un mandat utile jusqu’au dernier jour. L’enjeu réel est maintenant que cette transformation soit effectivement perçue. Il reste pour cela un sujet déterminant qui forgera le regard que l’on portera sur le Président en tant que « transformateur » : la réforme des retraites. Car le gouvernement avait fait (avant-crise) du projet de loi Retraites l’étendard du projet de transformation de la société française. On trouvera dans la Covid des raisons légitimes au report mais pas au renoncement : ce serait renoncer à plus d’équité et d’égalité, à un système universel à points plus juste, à la fin des régimes spéciaux qui se sont condamnés eux-mêmes en sédimentant des avantages exorbitants au fil des décennies, et au minimum de retraite à 1000 euros. La question pour l’opinion publique sera simple : ce jeune président réussira-t-il là où les autres ont tous échoué ? Va-t-il céder, comme tous les autres avant lui, devant la CGT qui défendra ses régimes spéciaux jusqu’au bout ? Pour l’opinion, ce marqueur vaudra cher : c’est sa véritable stature de réformateur qui est en jeu. Être pusillanime fragiliserait plus qu’il ne le préserverait. Il devra donc soit mener cette réforme à son terme dans ses grands principes avant la fin du mandat, soit en faire un engagement clair et réaffirmé pour le début de mandat suivant. La stature de réformateur d’Emmanuel Macron deviendra tangible dès lors qu’il pourra présenter sa vision de la France en 2030, qui résultera des réformes qu’il a menées et de celles qu’il s’engagera à mener dès sa réélection. Il redessinera ainsi les contours d’une société nouvelle, celle de la France de 2030, plus juste, plus innovante et plus audacieuse.

Reste le regard affectif, propre à chacun, qui ne se rationalise pas. Chacune de mes rencontres avec lui, et en particulier le jour où il s’est rendu dans mon village de Quatzenheim après que le cimetière juif a été profané, m’a montré son humanité et sa sincérité, qui transparait trop peu dans son image médiatique. La question sera de savoir si cette humanité sera perçue par l’opinion.

Au final, le regard que les électeurs porteront sur lui sera celui que l’on porte sur un jeune président qui a fait ses preuves, qui a porté haut nos couleurs dans le monde, qui a prouvé sa stature de chef d’Etat dans les innombrables crises qu’il a dû gérer, et qui, aussi, est capable de transformer en profondeur notre pays ; un Président qui, au final, est le meilleur des candidats pour conduire notre pays. Un Président avec la stature internationale d’un De Gaulle et sa haute idée du rôle de la France, avec l’avant-gardisme d’un Giscard d’Estaing, et avec la sincérité d’un Chirac qui consacre toute son énergie à son pays. En somme, un candidat qui saura créer un rassemblement citoyen beaucoup plus large que les rangs de tel ou tel parti : un rassemblement citoyen autour d’Emmanuel Macron pour 2022 et d’une nouvelle espérance pour la France de 2030.

Mais si, comme je le crois et je le souhaite, les électeurs portent Emmanuel Macron au second tour, alors le plus difficile restera à faire. Car un second tour contre Marine Le Pen aurait des airs de revanche, la candidate du RN ne fera pas les mêmes erreurs, et tout excès de confiance des soutiens du Président serait fatal. Emmanuel Macron aura l’expérience et la crédibilité, mais n’incarnera plus le renouveau ou le refus du système ; la mobilisation contre Marine Le Pen sera moins évidente, moins spontanée et probablement moins forte. L’entre-deux tour sera plus que jamais un rendez-vous citoyen que sous aucun prétexte il ne faudra manquer. Car il s’agira d’éviter une tragique gueule de bois démocratique au lendemain du second tour, et de nous donner cette chance d’un second mandat du Président pour un projet 2030 ambitieux et visionnaire.

 

Sylvain Waserman

Député de la deuxième circonscription du Bas-Rhin, vice-président de l’Assemblée Nationale

 

 

 

 

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