Monde
18H28 - mardi 19 janvier 2021

Trois portraits d’une Amérique. 2. Joe Biden, une boussole dans un pays qui s’est perdu

 

Ni Abraham Lincoln, ni John F. Kennedy, ni Barack Obama, Joseph – ou Joe – Biden Jr. n’est pas le personnage charismatique qu’on imagine à la tête des États-Unis. Avec son look de jeune premier, même s’il approche quatre-vingts ans, son allure digne, son ton posé, ses manières presque surannées, rien en lui ne laisse présager une présidence audacieuse. Et c’est exactement pourquoi il a été désigné par le Parti démocrate pour le représenter à la présidentielle. Pourquoi de nombreuses figures du Parti républicain ont fait campagne pour lui. Pourquoi enfin aussi plus de 81 millions d’électeurs l’ont choisi. 81 millions. Du jamais vu jusqu’ici.

Après les quatre années d’une présidence erratique avec Donald J. Trump, quatre années de montagnes russes, de coups de canif incessants, parfois de coups de hache, dans la démocratie et ses institutions. Quatre années de scandales, allant du marivaudage à la haute trahison. De ruptures d’alliances en poignée de main sensationnelle avec un ennemi juré. L’Amérique avait besoin d’un retour à la normale. Joe Biden en est la promesse. Avec lui, c’est certain, fini les réveils en fanfare, sous des avalanches de Twitts présidentiels rageurs. Fini les limogeages en ligne et les valses ministérielles. Le futur président Biden lavera son linge sale en famille. Travaillera d’arrache-pied. Et se consacrera tout entier à son pays, comme il l’a fait d’ailleurs depuis son élection, gardant le cap malgré les virulentes attaques de son prédécesseur.

Devons-nous en conclure que les changements de société auxquels de plus en plus d’Américains aspirent, en matière de santé, d’éducation, de justice et de sécurité (port d’arme mieux régulé), seront encore reportés à une date indéterminée ?

Pas sûr.

Car Joe Biden, le gentleman, qui doit être investi à 17h30 aujourd’hui*, homme de mesure et tradition, se distingue en particulier par son humanité et son opiniâtreté.

On pourrait imaginer qu’il a acquis ces qualités au cours des cruelles épreuves que la vie lui a imposées. La perte de sa femme et de sa plus jeune enfant dans un accident de la route, en 1972, alors qu’il n’a que trente ans. Puis son combat pour gérer parallèlement ses missions d’élu et de père isolé. Enfin, la perte en 2015 de Beau, son fils aîné, d’un cancer du cerveau. Mais on se tromperait : dès ses débuts en politique Joe Biden a convaincu grâce à son sens du contact et son humanité. Proche du peuple dont il est issu, il a, en effet, arraché son tout premier mandat au sénateur sortant de l’État du Delaware alors que sa campagne n’avait que peu d’argent. À force de porte à porte, de discussions au corps à corps, et de distributions de tracts, il a gagné la confiance de ses futurs administrés. Et il a su la garder, comme en témoigne son score d’environ 60 % aux six élections suivantes.

C’est sa capacité à écouter, à compatir, qui lui a cette fois encore assuré la victoire. Bientôt, il sera président de la première puissance mondiale. Pourtant, apparemment, rien ne le destinait à une carrière brillante. Premier de sa famille à avoir accédé à l’université, Joe Biden y a décroché son doctorat de droit, mais classé parmi les derniers. Il ne s’est pas non plus ensuite distingué en tant que juriste. C’est dans la politique, qu’il pratique comme un service, qu’il a trouvé sa vocation.

Après plus de quarante années passées à Washington, sénateur puis vice-président, il s’apprête à  gouverner en un temps de division, que certains aux États-Unis n’hésitent pas à comparer à ceux qui ont précédé la guerre de Sécession. Le plus grand défi qui l’attend en tant que « commandeur en chef », avant de diriger, sera de rassembler le peuple américain. De reconstruire l’unité. Défi qui lui va comme un gant. Lui qui a dû si souvent se montrer résilient. Il est sans doute l’homme du moment.

Il ne reste qu’à espérer pour les États-Unis et sa démocratie, la nôtre peut-être aussi, que les menaces qui pèsent sur lui sauront être déjouées et qu’il sera vraiment investi cet après-midi. En effet, depuis la tentative de coup d’État de Donald Trump, par l’envoi de ses supporters sur le Congrès américain, le FBI et l’armée sont en état d’alerte, enquêtant même sur les soldats de la Garde nationale chargés de la sécurité de la cérémonie. Joe Biden ne serait nulle part à l’abri aujourd’hui des sbires de l’ancien président.

 

Catherine Fuhg

 

 

 

 

 

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