Edito
20H07 - mardi 19 janvier 2021

Hey Joe, bienvenue à la Maison Blanche ! L’édito de Michel Taube

 

Hey Joe est le titre d’une chanson de Jimmy Hendrix qui aurait sans doute voté pour Joe Biden, s’il était encore en vie. Les artistes ont (presque) toujours le cœur à gauche, aux États-Unis comme ailleurs.

Notre époque ne connaît ni la patience ni la pitié. Joe Biden n’a pas encore pris ses fonctions qu’il est déjà sous le feu des critiques pour la politique qu’il n’a pas encore appliquée. Les partisans de Donald Trump, encore très majoritaires chez les Républicains, l’accusent de diviser l’Amérique plus que l’avait fait leur champion, et de vouloir prendre systématiquement le contre-pied de tout ce qu’à exprimé ou réalisé le sortant durant ses quatre ans à la tête de l’administration américaine. En somme, ils lui reprochent par anticipation de vouloir faire de l’anti- Trump ! Comme Trump au fond qui s’était bien acharné durant tout son mandat à détricoter ce qu’avait réalisé avant lui Barack Obama. 

À y regarder de plus près, l’Amérique a souvent été plus dans la rhétorique que dans la réalité factuelle. Certes, le démantèlement de l’Obama Care fut une réalité, mais cette sécurité sociale selon Barack Obama ne prit jamais l’essor souhaité par son mentor, par faute des parlementaires républicains. Joe Biden dispose d’une majorité dans les deux chambres. Redonnera-t-il vie à cet ambitieux projet ?

Le virage à 90° serait absurde : sous Trump, l’économie a été relancée et les salaires, y compris ceux des Afro-Américains, ont augmenté. Au Moyen-Orient, les États-Unis n’avaient pas attendu Donald Trump pour amorcer un retrait et même un repli. Il ne faut pas s’attendre à des renversements d’alliance. D’ailleurs, Barack Obama avait beau bouder le dictateur égyptien Al Sissi, il n’est jamais allé jusqu’à jeter ce pays dans les bras de la Russie ou de la Chine. Quant au conflit israélo-palestinien, ces derniers ont eu droit à de beaux discours, mais côté armement, ça a toujours été open-bar pour les alliés israélien… et saoudien. Business as usual…

Joe Biden veut rétablir le bilatéralisme honni par son prédécesseur, qui s’était notamment retiré des Accords de Paris, la fameuse COP 21. Mais ceux qui s’en font les grands défenseurs, Français en tête, mais aussi la Chine, respectent-ils leurs engagements ? Non, bien entendu ! Au niveau des États américains et du secteur privé, l’Amérique de Trump a connu quelques avancées écologiques là où la France se perdait en palabres. Les Verts américains sont pragmatiques et efficaces. Les Verts français sont plus rouges que verts. L’Amérique de Biden va réintégrer les accords de Paris. Très bien. Mais pour quels changements effectifs ? Va-t-elle privilégier les investissements dans l’économie verte et devenir un modèle pour la planète ? On peut l’espérer et, si cela se vérifie, s’en féliciter. Ce serait aussi une bonne leçon pour nos écolos dogmatiques.

On voit mal Joe Biden détruire par idéologie certaines réussites de Donald Trump, notamment face à la Chine (rééquilibrage des échanges et éviction certes temporaire de Huawei soupçonnée d’espionnage au bénéfice du gouvernement de Pékin). Le rapprochement de plusieurs pays musulmans avec Israël ou quelques dispositions visant à lutter contre le dumping et à favoriser le rapatriement des capitaux vers la mère patrie (ce dont l’Europe pourrait s’inspirer) sont aussi à mettre au crédit de l’administration sortante…

La médiocrité du Trumpisme est ailleurs : encouragement du racisme, du sexisme, de la division, manipulations, mensonges, mépris de ses alliés et amis… Trump a dirigé l’Amérique comme son entreprise : sans foi ni loi, et sans pitié. De cela, on se réjouirait que Joe Biden prenne le contrepied. 

Coté diplomatie, on pavoise à Paris : Antony Blinken, nouvelle incarnation de la diplomatie américaine, est francophone et serait francophile. La France, comme l’Iran et l’ensemble du monde, serait bien naïve de penser qu’il ne sera pas d’abord américanophile. America first, ce n’est pas seulement du trumpisme ou naguère du reaganisme. Et cela ne changera pas avec l’arrivée de Joe Biden, sauf que ce sera avec le sourire qu’Emmanuel Macron et quelques autres se le feront expliquer.

Trump a pilonné l’Union européenne tout au long de son mandat. Espérons que l’Amérique de Biden nous jouera pas sur les divisions internes à l’Europe pour fragiliser le Vieux Continent qui reste la première puissance mondiale et est à ce titre sa première rivale commerciale.

Autre chantier crucial : seule une alliance entre l’Europe et l’administration Biden permettrait d’espérer dompter les GAFAM (faut-il les démanteler ?) devenus des monstres tentaculaires qui façonnent et hantent de plus en plus nos vies. C’est loin d’être gagné…

Un autre point turlupine les méninges des experts : la majorité démocrate, conquise in extremis au Sénat par les Démocrates, donne les mains libres à Joe Biden. Vraiment ? Si son gouvernement est presque exclusivement composé de démocrates modérés, et s’il est ridicule de considérer que sa vice-présidente Kamala Harris est une indigéniste à la Black lives mater, il n’est est pas moins vrai qu’au Sénat et à la Chambre des représentants, la gauche du parti démocrate exige d’être payée en retour de son soutien. Une déclaration du nouveau président, à propos des aides aux entreprises victimes de la crise sanitaire, interroge : « Notre priorité sera les petites entreprises appartenant à des Noirs, des Latino-Américains, des Asiatiques et des Amérindiens, des entreprises appartenant à des femmes et enfin un accès égal aux ressources nécessaires pour rouvrir et reconstruire ». Les petits patrons mâles blancs, en faillite pour cause de Covid, ont dû apprécier ! Nous sommes contre le racisme dans un sens (contre les minorités)  ou dans un autre (les dits « Blancs » par exemple). Black is beautiful as White, Yellow and Other colors ! C’est cela l’Amérique ? C’est cela la France aussi…

Joe Biden a été élu pour raccommoder une Amérique divisée et fracturée. L’heure des discours touche à sa fin. Le maçon Joe Biden est au pied d’un immense mur, maculé de coronavirus. Souhaitons-lui bonne santé, du courage, de la réussite.

Hey Joe, te voilà l’homme le plus puissant du monde. Et comme nous sommes une partie de ce monde, tu es notre nouveau champion. Ne nous déçois pas !

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

 

 

Directeur de la publication

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