La chronique de Michel Scarbonchi
11H28 - lundi 28 décembre 2020

Le retour de l’Europe. La chronique de Michel Scarbonchi

 

Souvenons-nous de l’Union européenne en 2015…

Un marché économique sans puissance politique ; un modèle original, déconstruit avec constance, par la dérégulation imposée par une Commission européenne sous influence anglo-saxonne. 

Une Europe des politiques migratoires contradictoires et nationalisées ; une Europe qui conjuguait déficits, chômage, déséquilibres sociaux et retard à l’innovation.

Une Europe de la Défense « sans défense », sans visage, sans identité.

Une Europe qui ne s’était pas « européanisée » mais, hélas, de plus en plus « américanisée ».

Cinq années après, force est de constater que l’Union européenne a changé. En mieux !

« Tenter, braver, persister, persévérer, prendre corps à corps le destin, étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait, affronter la puissance injuste, tenir bon, tenir tête, voilà l’exemple dont les peuples ont besoin et la lumière qui les électrise », écrivait Victor Hugo dans le chapitre XI des Misérables.

Il faut croire qu’il a enfin été entendu par les dirigeants européens notamment par le couple franco-allemand Macron-Merkel enfin ressoudé, déterminé et audacieux.

Certes un certain nombre d’évènements se sont enchainés pour provoquer ce nouvel élan européen : l’évidence « Trumpienne » du repli politique et militaire, général et européen, des Etats-Unis, la montée en puissance de la Chine et de la Russie, le Brexit, la menace terroriste, la pandémie Covid 19 sans oublier l’expansionnisme de Recep Erdogan. Face à tous ces maux, l’UE aurait pu continuer à gérer son affaiblissement et son effacement progressif de la scène mondiale.

Mais une volonté politique s’est enfin exprimée et s’est mise en action sous la conduite des « 2M » pour refuser l’affaiblissement et la déconstruction de l’UE et la relancer.

Reconnaissons au Président Macron d’avoir fait vivre son discours de la Sorbonne pour « une Europe Puissance » en convainquant la Chancelière allemande et ses homologues européens que le temps du sursaut et du redressement était venu.

D’aucuns prétendront que l’UE n’avance que par les crises et que si ces dernières la rendent parfois vulnérables, elles l’ont toujours fait grandir.

En quelques mois, les avancées européennes ont été significatives. On peut même parler de « révolution européenne » !

La crise sanitaire qui a frappé tous les pays de l’Union comme le reste du monde a amplifié le sentiment de citoyenneté européenne, activé les mécanismes de solidarité entre ses membres au point de faire voler en éclat, la doxa budgétaire qui régissait, telle les « Saintes écritures », la gouvernance de l’UE.

Laquelle a mis en place un Plan de relance économique, financier et social de 750 milliards d’euros pour soutenir les Etats membres face à la pandémie et ses conséquences, le Plan le plus important depuis 1945 et le Plan Marshall.

Alors que la santé ne relève pas de sa compétence, l’Union a décidé la mise en place d’une Agence Sanitaire dédiée et l’achat de 300 millions de doses des vaccins Pfizer et Moderna afin de lancer, le même jour, le 27 décembre, dans tous les pays, la vaccination des citoyens européens.

L’Europe a été ainsi à la hauteur de la crise mortifère qui menaçait de l’emporter.

Mieux, dans la foulée du Plan de relance, elle a préparé un pacte sur la migration et l’asile, problème qui divisait ses membres et gangrénait la démocratie européenne.

Elle vient enfin de se saisir du scandaleux dossier des GAFAM, en proposant, le 15 décembre dernier, deux projets de règlement pour domestiquer les géants du numérique : le Digital Markets Act (DMA) et le Digital Services Act (DSA) créant ainsi une « Constitution numérique européenne ». Sous la férule des deux commissaires européens, Thierry Breton et Margrethe Vestager, l’Europe va imposer sa loi !

Dans le domaine de la Défense, pour la première fois, l’UE vient de se doter d’un Fonds de Défense (FED) de près de 8 milliards d’euros pour soutenir la recherche et le développement visant à favoriser des technologies militaires spécifiquement européennes ainsi que sa capacité à assurer la sécurité des frontières des 27 et celle de se projeter dans des interventions extérieures si ses intérêts le lui commandent. Comme le précisait le Général italien, Claudio Graziano, Président du Comité militaire de l’Union, « l’UE doit se doter d’une autonomie stratégique pour faire face aux dangers plus nombreux que jamais qui la menacent » afin de ne plus dépendre de quiconque et d’assumer son destin, en Europe, en Méditerranée comme au Sahel.

Le tableau de ce retour de l’Europe ne serait pas complet sans la bonne nouvelle de l’élection du nouveau Président américain, Joe Biden.

En effet, même sans changement complet du désengagement américain dans les relations internationales, il est certain que l’UE va retrouver une relation apaisée avec Washington, se féliciter de son retour dans l’Accord de Paris sur le Climat, et d’une politique étrangère plus respectueuse du multilatéralisme et des traités.

Enfin, cerise sur le gâteau, ne voilà-t-il pas que le jour de Noël, le « deal » est signé entre l’UE et le Royaume Uni. Après dix mois de négociations difficiles, un traité de libre-échange post-rexit, sans taxes et avec une coopération sécuritaire, a été signé entre les deux parties. Ce « brexmas » (Brexit for Christmas) scelle les nouveaux rapports entre les 27 et la Grande-Bretagne.

Si cette renaissance européenne doit beaucoup au duo Merkel-Macron, elle le doit aussi à l’efficacité des principaux décideurs des institutions européennes, à savoir la Présidente de la Commission européenne, l’allemande Ursula Von der Leyen, le Président du Conseil, le belge Charles Michel, le Président du Parlement, l’italien David Sassoli, le ministre des affaires Etrangères, l’espagnol Josep Borrell, et le Parlement européen lui-même qui a joué pleinement son rôle de co gouvernant de l’UE, notamment en liant les aides du Plan de relance européen au respect de la Charte des Droits de l’Homme par les pays membres, obligeant la Pologne et la Hongrie -rétifs- à s’y plier.

Notons que le Président français avait fortement acté la nomination de ces personnalités lors de la mise en place des nouvelles instances européennes en 2019.

Certes le plus difficile est à venir avec, dès 2021, les conséquences économiques, sociales et financières du Covid 19 pour les peuples de l’Union.

Mais, les mois que nous venons de vivre, dans l’adversité, ont été marqués par de telles décisions exceptionnelles de l’UE que nous ne pouvons qu’être fortifiés dans la croyance en notre destin européen.

L’Union européenne, entre le statu quo et l’égoïsme, a enfin choisi la solidarité pour une Europe de chair et non plus de pierre.

Or la solidarité, n’en doutons pas, est la clé de notre avenir européen.

  

Michel Scarbonchi

Consultant international, ancien député européen

 

 

 

 

 

 

 

 

Ancien député européen

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