Monde
12H01 - lundi 23 novembre 2020

Les mousquetaires du don et la Nuit du Bien Commun 2.0

 

De gauche à droite : Pierre-Edouard Stérin, Stanislas Billot de Lochner, Thibault Farrenq

Ils en sont, déjà, à leur quatrième édition. Mais cette fois-ci, en raison de la pandémie et du reconfinement, ils ont failli tout annuler. Stanislas Billot de Lochner, Thibault Farrenq et Pierre-Edouard Stérin ne sont pas du genre à renoncer. Avec leur panache, et, leur esprit entrepreneurial, ils ont réussi le tour de force de transformer cette soirée annuelle de deux heures, qui se déroulent habituellement au théâtre Mogador, à Paris, devant un parterre de deux mille personnes, en événement 100% numérique. Le direct à lieu ce soir à 20h30. Interviews croisées des 3 cofondateurs.

 

Messieurs, vous êtes les co-fondateurs de La Nuit du Bien Commun (LBNC), pouvez-vous vous présenter ?

Pierre-Edouard Stérin : J’ai 46 ans, je suis marié, j’ai cinq enfants, je suis normand, ma femme est paloise, et nous habitons la région de Waterloo en Belgique. Professionnellement je suis entrepreneur et investisseur, j’ai créé plusieurs entreprises, comme Smartbox, et investi dans plusieurs dizaines d’entreprises.

Stanislas Billot de Lochner : Je suis d’abord marié et père de (bientôt !) deux enfants. Sur le plan professionnel, je suis ce qu’on appelle un « serial entrepreneur ». J’ai créé ma première entreprise à ma sortie d’école avec un ami, Romain Husson. Puis, nous l’avons cédée et nous avons recommencé ! Cette deuxième entreprise est celle dans laquelle je mets toute mon énergie depuis 5 ans, il s’agit d’Obole, une start-up dont l’activité est de collecter des dons pour des associations. C’est Obole qui organise l’intégralité de La Nuit du Bien Commun.

Thibault Farrenq : Nantais, marié, heureux papa de trois enfants. Je pense avoir beaucoup reçu, à mon tour de transmettre ! J’ai passé 10 années exigeantes et intenses en agence de communication et en évènementiel. Je suis aujourd’hui entièrement dédié à aider des associations à mieux se structurer et à mieux imaginer leur levée de dons. Au-delà, de cette mission, nous souhaitons avec Stanislas, Romain Husson et François Jacob, mes associés chez Obole, être la start-up au service du bien commun. Nous déployons toute notre énergie avec nos collaborateurs pour démultiplier la générosité et mieux faire connaître les causes qui méritent un coup de projecteurs !

Pourquoi avoir lancé cette Nuit du Bien Commun ?

Pierre-Edouard Stérin : Afin d’inciter chaque année de plus en plus de français à donner, facilement, en prenant juste 2h00 de son temps une fois dans l’année pour découvrir de belles associations, et, tout cela lors d’une très belle soirée.

Stanislas : Parce qu’il y avait urgence à le faire ! La philanthropie française est très timorée. Elle dépend d’un petit cercle de mécènes très généreux, mais elle ne fait pas partie des habitudes de nos concitoyens. Heureusement, il existe les grandes fondations, comme la Fondation de France, la Fondation Caritas, ou la Fondation Notre-Dame. Il y a, aussi, les groupements de fondations familiales, comme Un Esprit de Famille. Enfin, des philanthropes, comme Changer par le Don, appellent à donner 10% de ses revenus. Ces acteurs font un véritable travail culturel pour faire évoluer les mentalités. Mais il manquait un grand rendez-vous annuel pour rassembler des donateurs et servir de tremplin à de jeunes associations à fort impact. Nous avons donc créé, en 2017, cet évènement qui se déroule lors d’une grande soirée, au théâtre Mogador, où une douzaine d’associations sélectionnées, sur des thématiques variées, vont présenter leur activité et leur besoin de financement devant un parterre de philanthropes. L’année dernière, nous avons collecté 1.1M€ en deux heures !

Thibault : J’ai été embarqué il y a 4 ans avec Pierre-Edouard Stérin et Stanislas pour imaginer le grand rendez-vous de la générosité, et, pour mettre en avant les pépites du secteur associatif ! 3 éditions plus tard, pari réussi, une fois par an, Paris est le théâtre de cette grande soirée qui met en lumière 12 visages au service des plus fragiles, des plus pauvres ou encore de l’éducation et de la formation. Je suis ravi de voir cette édition parisienne faire des émules. En 2021, ce seront près de 12 villes qui accueilleront leur propre Nuit du Bien Commun : Bordeaux, Lyon, Genève, Angers, Nantes, Lille, Marseille, Bruxelles…

 

Comme tout le monde vous êtes touchés par la Covid-19. C’est pour cela que cette année vous ne pourrez pas organiser cet évènement dans le théâtre Mogador. Comment êtes-vous passés d’une version physique à une version 100% digitale ?

Stanislas : Obole a mobilisé ses 24 collaborateurs pour repenser totalement le format de l’événement. Nous avions testé deux formats différents pendant le premier confinement en créant #ChangeLaDonne (événement animé par Nagui sur YouTube) et Handicap Tous Mobilisés. Cela avait bien fonctionné en termes d’audience (30 000 personnes pour le premier, 15 000 pour le second) mais pas en termes de collecte. Nous avons donc repensé une seconde fois notre format digital pour en faire non pas un direct sur YouTube, qui ressemblerait à une émission de télévision, mais plutôt une gigantesque vidéoconférence dans laquelle chacun peut interagir et envoyer des messages !

Thibault : Oui, cette année écoulée nous aura poussé à nous ré-inventer, à imaginer toujours des solutions plus innovantes pour ne pas perdre de vue notre objectif, être au service ! Dans une start-up, on est agile, alors pas question de baisser les bras. Depuis le 1er confinement nous avons imaginé toute sorte de sollicitations digitales, nos équipes ont déployé des trésors d’ingéniosité pour assurer les levées de dons. Lors de #ChangeLaDonne, nous avons pu collecter près de 200 000 euros au profit de six ONG majeures en première ligne avec la Covid-19 (comme l’Ordre de Malte, la Fondation pour la Recherche Médicale, et, le Secours Catholique, etc.). 

 

Pierre-Edouard Stérin, avec deux membres du jury : Olivier Duha, Président de Webhelp, Gonzague de Blignières, cofondateur de Raise (à gauche)

Pour sélectionner les associations candidates vous faites appel à un jury prestigieux. Quels sont les nouveaux membres de ce jury ?

Stanislas : Charles Zerah, associé chez Carmignac, qui est d’ailleurs devenu sponsor grâce à lui ! 

Thibault : Au-delà de savoir quels profils nous rejoignent, c’est surtout la motivation et l’accompagnement sans faille des 15 membres du comité de soutien qu’il faut souligner. Ces entrepreneurs soucieux du bien commun ont depuis le début fait rayonner La Nuit du Bien Commun au sein de leur réseau, dans leurs entreprises. Je suis très heureux de voir Raise, la Fondation Devoteam, l’école Saint Jean de Passy, la Fondation Caritas, Eurydice, ou encore l’IECD renouveler leur confiance à nos côtés ! 

 

Sans trahir de secret, quels seraient vos coups de cœur pour cette 4è édition ?

Thibault : Chacun mérite toute notre attention, tous font un travail extraordinaire, nous avons déjà des difficultés à en choisir parmi la centaine de projets déposés, alors imaginez parmi 12 ! Elles ont toutes travaillé sans relâche depuis le grand oral au mois de juin pour avoir un discours le plus clair et le plus impactant possible. Nos 2 coachs Luc Desroche et Alban Hachard d’Éloquence à la Française et de 3V Formation ont fait un travail remarquable ! 

Pierre-Edouard : Parmi ces 12 belles associations j’ai un coup de cœur pour Com’ Je T’Aime, Humanités, et l’Institut Libre du Journalisme.

Stanislas : Pour le moment, tous m’ont convaincu qu’ils avaient leur place sur scène ! Je pense que mes coups de coeur se révèleront ce soir, durant le direct. J’ai cependant un petit faible pour Ensemble 2 Générations qui crée des colocations entre étudiants en besoin de logement et personnes âgées en situation d’isolement.

 

 

L’année dernière vous aviez réussi à lever plus du million d’euros. Quel est votre objectif cette année ?

Pierre-Edouard : Si nous arrivions à réaliser deux fois moins, ce serait formidable, je crains en effet que le fait que l’évènement ne se déroule pas en présentiel sois un grand risque.

Stanislas : C’est évidemment très difficile à dire car l’émotion ne sera pas comparable à celle que l’on vit en direct dans un théâtre. Les écrans réduiront forcément l’impact de chaque présentation. Et surtout, la crise est là, plusieurs des plus généreux donateurs de l’année dernière m’ont déjà dit qu’ils ne pourraient pas faire des dons aussi importants du fait de la situation de leur entreprise. Disons que si nous atteignons 500 000 euros de dons, ce sera un succès !

 

Après cette soirée, les fêtes de fin d’année se profilent et un déconfinement est probable. Est-ce que Noël ne serait pas la nuit du bien commun par excellence ?

Pierre-Edouard : Tout à fait !

Thibault :  Le bien commun est une vision chrétienne de l’intérêt général, nous y tenons. 

Stanislas : C’est La Nuit du Bien Commun des familles, c’est le moment de la générosité avec ses proches ! D’une part c’est une nuit où l’on prend soin de chacun, de nos ainés à nos plus petits. D’autre part, c’est une célébration chrétienne qui célèbre la naissance d’un nourrisson dans une crèche glaciale. Ce petit bébé qui est réchauffé par le simple souffle d’un bœuf nous ramène à quelque chose d’essentiel : l’humilité, qui doit aller de pair avec la charité. Et cela, c’est probablement le plus grand de nos Bien Commun.

 

 

Interviews croisées réalisées par Antoine BORDIER

Consultant et journaliste indépendant

 

 

 

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