Monde
09H58 - mercredi 28 octobre 2020

Des Maires du monde entier réunis dans le C40 appellent à une relance post-Covid verte. Or le compte n’y est pas !

 

La mise en garde des maires du monde entier est sans appel : la relance post-COVID doit financer une reprise verte qui permettra de créer des emplois et de sauver des vies. Ils appellent à mettre un terme aux subventions en faveur des combustibles fossiles.

En effet, l’investissement des fonds de relance post-COVID dans des solutions en faveur du climat permettrait de créer 50 millions d’emplois, d’éviter 270 000 décès prématurés et de générer 280 milliards de dollars de retombées économiques à l’échelle mondiale.
 
Or seuls 3 à 5 % du montant des fonds de relance post-COVID sont consacrés à une reprise durable. Le Groupe de travail mondial des maires du C40 pour la reprise post-COVID-19 met donc en garde : « Les pouvoirs publics nationaux et des institutions mondiales nous conduisent probablement vers un changement climatique catastrophique »

Opinion Internationale publie la déclaration solennelle lancée le 28 octobre 2020 par des maires de grandes métropoles, dont on regrettera l’absence de Paris, réunis dans le Groupe de travail mondial des maires pour la reprise post-COVID-19 et signée par les personnes suivantes : Eric Garcetti, maire de Los Angeles et Président du C40 ; Giuseppe Sala, Président du Groupe de travail et maire de Milan, Italie ; Yvonne Aki Sawyerr, maire de Freetown, Sierra Leone ; KS Wong, Secrétaire à l’environnement de Hong Kong, Chine ; Fernando Medina, maire de Lisbonne, Portugal ; Ahmed Aboutaleb, maire de Rotterdam, Pays-Bas ; Daniel Quintero Calle, maire de Medellín, Colombie ; Valérie Plante, maire de Montréal, Canada ; LaToya Cantrell, maire de la Nouvelle-Orléans, États-Unis ; Jenny Durkan, maire de Seattle, États-Unis ; Seo Jung-hyup, maire de Séoul, République de Corée.

Déclaration…

À l’heure actuelle, le test le plus important concernant l’engagement des pouvoirs publics en matière d’action climatique concerne l’affectation des fonds de relance post-COVID. En tant que maires du C40, nous initions aujourd’hui une nouvelle étude, qui indique non seulement qu’une reprise verte et juste créera plus d’emplois, plus rapidement, et présentera des avantages économiques et sanitaires plus importants qu’un simple retour « à la normale », mais que, si elle est menée avec suffisamment de célérité et de détermination, une relance verte pourrait enfin mettre le monde sur la bonne voie pour maintenir le réchauffement de la planète en dessous des 1,5 °C.

Nous sommes profondément préoccupés par le fait qu’à ce jour, seuls 3 à 5 % d’un montant estimé entre 12 et 15 trillions d’USD et destiné aux fonds de relance post-COVID, à l’échelle internationale, sont engagés dans des initiatives écologiques. Cela signifie que la quasitotalité des fonds de relance actuels post-COVID soutiennent des économies anciennes et polluantes et nous empêcheront de maintenir le réchauffement de la planète en dessous des 1,5 °C que la science nous affirme être essentiels.

Si les pouvoirs publics utilisent les fonds de relance pour tenter de revenir à la situation telle qu’elle existait avant la COVID, les émissions augmenteront et le dérèglement climatique s’accélèrera. Seule une reprise verte et juste basée sur les principes d’un Green New Deal vert mondial – avec une attention toute particulière portée sur les priorités urbaines, telles que les transports en commun, l’énergie propre, les bâtiments économes en énergie et les infrastructures pour la marche et le vélo – permettra aux émissions de commencer à diminuer, et s’il s’agit d’une reprise verte et juste accélérée, similaire à celle que nous préconisons, avec des investissements plus rapides permettant d’agir sur le climat au cours des cinq prochaines années, alors il existe une réelle possibilité de réduire de moitié les émissions mondiales au cours de la prochaine décennie. Pour pouvoir atteindre le niveau de réduction des émissions nécessaire, les fonds de relance doivent non seulement être écologiques, mais ils doivent être conséquents et être mis à disposition rapidement. Bien que tous les scénarios de relance écologique de l’étude du C40 soient plus performants que les alternatives d’un retour à la normale, un programme majeur d’investissements verts et d’action climatique, plébiscité pour les cinq prochaines années est notre meilleure chance d’atteindre l’objectif des 1,5 °C pour un « climat sûr » et de parvenir à la neutralité carbone d’ici 2050.

En ignorant la possibilité d’effectuer rapidement des investissements pour une relance écologique, la plupart des pouvoirs publics nationaux et des institutions mondiales nous conduisent probablement vers un changement climatique catastrophique. Il est temps de prendre des mesures décisives pour s’attaquer à la fois à la COVID et à la crise climatique, afin de répondre à la menace d’un effondrement économique et environnemental mondial.

L’étude demandée par le Groupe de travail mondial des maires du C40 pour la reprise postCOVID-19 démontre qu’une reprise verte et juste accélérée créera plus d’emplois, plus rapidement, et sera génératrice d’avantages économiques et sanitaires plus importants que ce qui pourrait être espéré avec un simple « retour à la normale ». Pour le moment, le rythme et l’ampleur des investissements verts sont insuffisants. Nous devons entamer une décennie de mesures climatiques ambitieuses et inclusives afin de créer une nouvelle normalité aux niveaux des villes, des états, des nations et des régions, et notre étude indique que les investissements en matière de relance écologique, réalisés dès maintenant, sont le meilleur moyen de les mettre en œuvre.

Le temps des « petits pas » et de la demi-mesure est désormais révolu. La perturbation mondiale causée par la pandémie de COVID pourrait bien être notre dernière chance de choisir une autre voie. Nous saluons les efforts faits par les pouvoirs publics pour fixer des objectifs ambitieux de réduction des émissions, toutefois notre étude démontre que les dépenses actuelles en matière de relance rendent la réalisation de ces objectifs impossible.

En tant que maires du C40, notre priorité absolue reste la protection de la santé et du bienêtre des habitants de nos villes, qui réclament avec insistance des villes vertes et justes, la santé climatique et de meilleures communautés, plus vivables. C’est également en leur nom que nous appelons les pouvoirs publics nationaux, les institutions internationales, les entreprises et les dirigeants du monde à prendre des mesures décisives en matière de climat avant la COP26 :

  • En mettant immédiatement en place une reprise verte et juste, susceptible de nous mettre sur la voie d’un réchauffement inférieur à 1,5 °C plutôt qu’un retour à la normale qui rendrait un « emballement » du changement climatique presque inévitable.
  • En investissant dans les villes pour favoriser une reprise verte et équitable et la mise en œuvre de l’accord de Paris.
  • En mettant un terme à tous les investissements publics liés aux combustibles fossiles.
  • En s’engageant à nos côtés à atteindre la neutralité carbone d’ici le milieu du siècle et en fixant un objectif intermédiaire, qui reflète une part équitable de la réduction mondiale de 50 % des émissions de CO2 d’ici 2030, identifiée dans le Rapport spécial du GIEC sur le réchauffement climatique de 1,5 °C.
  • En adoptant les principes de la coalition des maires pour un Green New Deal mondial, composée de maires, d’entreprises, de syndicats, d’investisseurs, de jeunes militants et de la société civile pour créer l’avenir que nous voulons.

L’analyse du groupe de travail du C40 a modélisé ce qui pourrait se passer dans les villes du monde si nous donnons collectivement la priorité à une reprise verte et juste, cohérente avec le fait de limiter le réchauffement de la planète à moins de 1,5 °C, par rapport à un retour à la normale. Les conclusions de notre étude* indiquent ce qui suit :

  • Seule une « reprise verte et juste » permettra la réduction des émissions. Une « reprise verte et juste », en particulier si elle est accélérée, pourrait réduire de plus de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, ce qui permettrait d’atteindre les objectifs fixés pour maintenir le réchauffement climatique inférieur à 1,5 °C.
  • Un retour « à la normale » sera synonyme d’une surchauffe supérieure à 1,5 °C.
  • Une « reprise verte et juste » pourrait créer plus de 50 millions d’emplois durables décents d’ici 2025, dans les quelque 100 villes du réseau du C40 et leurs chaînes d’approvisionnement, soit plus d’un tiers de plus que l’investissement de fonds équivalents dans une « reprise basée sur des niveaux de carbone élevés ».
  • Une « reprise verte et juste » pourrait sauver des centaines de milliers de vies en réduisant la pollution atmosphérique de 29 % dans les villes du monde entier au cours des dix prochaines années, par rapport à un retour à la normale. De telles améliorations pourraient empêcher plus de 270 000 décès prématurés au cours de la prochaine décennie dans les quelque 100 villes membres du C40, et, ainsi que l’a démontré l’étude existante, en réduisant la destruction des habitats, rendre moins probables d’éventuelles nouvelles pandémies de coronavirus.
  • L’amélioration de la qualité de l’air dans les seules villes membres du C40 pourrait permettre d’économiser plus de 1,4 milliard d’USD en coûts sanitaires, résultant de la réduction des admissions à l’hôpital dues aux maladies respiratoires et cardiovasculaires, et de bénéficier d’avantages économiques plus larges de plus de 280 milliards d’USD, au cours des dix prochaines années, issus de la valeur des décès prématurés évités. Ceci est particulièrement appréciable à un moment où les systèmes de soins sanitaires et les budgets du secteur public sont soumis à une pression sans précédent.
  • Le calendrier relatif à la reprise est essentiel. En modélisant les effets d’une accélération des dépenses nécessaires à la relance, qui permettent une « reprise verte accélérée » au cours des cinq prochaines années, par rapport à une « reprise verte lente » au cours des 15 prochaines années, les arguments en faveur d’un investissement précoce de la part de pouvoirs publics agiles, qui intègrent les villes, sont clairs :

o Une « reprise verte et juste » pourrait créer plus de 80 millions d’emplois durables décents d’ici 2023, dans les quelque 100 villes du réseau du C40 et leurs chaînes d’approvisionnement, soit plus du double par rapport à une « reprise verte lente ». En cette période de chômage massif et de difficultés économiques dans de nombreuses régions du monde, la création d’emplois, dès maintenant, profitera à des millions de familles.

o Une « reprise verte accélérée » pourrait éviter près du double du nombre de décès prématurés (plus de 1,8 fois plus) entre 2020 et 2030, avec les avantages économiques associés à la réduction des coûts sanitaires.

o Une « reprise verte accélérée » pourrait générer la moitié des émissions de gaz à effet de serre par habitant par rapport à une « reprise verte lente », et environ un tiers des émissions par habitant dans le cadre d’un « retour à la normale » (ou statu quo) d’ici 2030.

En juillet, nous avons diffusé le calendrier des maires du C40 pour une reprise verte et juste, qui définit notre vision, en proposant des politiques et des initiatives concrètes et en demandant à tous les pouvoirs publics et institutions d’agir pour soutenir nos efforts. En moins de quatre mois, nous avons fait des progrès déterminants, qui démontrent ce qui peut être réalisé lorsque nous agissons rapidement, que nous débloquons des fonds et basculons vers un nouveau paradigme vert et juste.

Depuis lors, nous avons pris des mesures audacieuses dans nos villes, notamment : le lancement du premier Green New Deal dirigé par une ville en Asie, des programmes de financement soutenant les start-ups et les entrepreneurs écologiques, des investissements supplémentaires de plusieurs millions de dollars en faveur de la mobilité sans émissions, des logements plus vivables et plus abordables, et des infrastructures plus résilientes. Nous élaborons de nouveaux programmes pour créer des milliers de nouveaux emplois verts, améliorer les compétences et former les travailleurs, et nous avons adopté des protections temporaires pour les travailleurs de l’industrie et essentiels. Nous avons créé des dizaines de kilomètres de nouvelles voies piétonnes et cyclables permanentes, et nous avons accéléré la plantation de nouveaux arbres et le verdissement de nos villes. Par ailleurs, 12 villes de 36 millions d’habitants font appel aux fonds municipaux et aux fonds de pension, dont le total des actifs dépasse les 295 milliards d’USD, pour se désengager des combustibles fossiles.

En tant que maires et représentants de nombreuses grandes villes du monde, représentant plus de 700 millions de personnes et 25 % du PIB mondial, nous savons que nous ne pouvons pas atteindre seuls des objectifs ambitieux en matière de changement climatique. Par conséquent, nous nous engageons à travailler avec chaque citoyen, entreprise, agence gouvernementale et institution internationale afin d’obtenir des résultats concrets. Notre récompense collective sera le retour à un climat plus sûr et plus sain, l’atteinte d’une économie plus équitable et une reprise plus rapide suite à la pandémie.

 

 

 

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