Edito
18H01 - mardi 1 septembre 2020

Procès Charlie Hebdo : « Tout ça pour ça » ? L’édito de Michel Taube

 

Le procès des présumés complices de Kouachi et Coulibaly pose deux questions : celle de la responsabilité des prévenus. Et celle de ce que nous réservent les 18% de Français de confession musulmane qui, selon un sondage de l’IFOP, refusent de condamner le crime commis contre Charlie Hebdo. 18%, c’est-à-dire, selon les estimations, 300 000 à 1 million de Français en marge de la République.

C’est dire ô combien nous devons saluer à l’encre rouge sang la Une de Charlie Hebdo ! Son titre, « Tout ça pour ça » vient en écho du « Plus jamais ça » qui anime le travail de mémoire des génocides. Ce sont en effet des crimes contre l’humanité que constituent ces attentats terroristes qui seront jugés demain.

Charlie Hebdo est bien courageux et tous les éditeurs devraient de concert publier la Une que Charlie Hebdo publie demain en ouverture du procès des attentats de 2015 contre sa Rédaction, l’Hyper cacher et des policiers.

Pour dire non à la peur, pour surmonter la peur, pour en finir avec l’hypocrisie, l’hebdomadaire satirique publie à nouveau les caricatures de Mahomet qui avait été le motif (ou le prétexte ?) des carnages.

Tout ça pour ça, titre l’hebdo ? En effet !

Tout ça, on sait de quoi il s’agit : l’assassinat de 12 journalistes et collaborateurs de la rédaction de Charlie Hebdo (auxquels s’ajoutent 11 blessés) pour avoir prétendument blasphémé, en publiant les caricatures de Mahomet. Les exécuteurs de la basse besogne furent les frères Chérif et Saïd Kouachi, deux Français qui haïssaient la France. Deux Français, en effet.

Le lendemain, leur complice Amedy Coulibaly prenait en otage et exécutait quatre Juifs parce que juifs dans une supérette « Hyper Casher », après avoir tué une policière municipale.

Le cycle infernal avait commencé à Toulouse, en mars 2012 avec les assassinats perpétrés par Mohamed Merah, éduqué à la haine des Kouffars par son frère Abdelkader**, celui-là même dont l’avocat Dupond-Moretti déclara à l’issue du procès être fier de l’avoir défendu.

Moins d’un an plus tard, le déchaînement terroriste connut son apogée avec les multiples attentats islamistes du 15 novembre 2015, dont le carnage du Bataclan (« si tu écoutes de la musique, le sol se dérobera sous tes pieds », enseignait le pseudo imam de Brest, Rachid Eljay, paraît-il rangé depuis, à de jeunes enfants, puis diffusait ses vidéos sur YouTube, en toute impunité).

La haine de l’Occident, de ses valeurs, de ses mœurs, la haine des Juifs évidemment, cela n’est pas nouveau dans un monde arabo-musulman où sévit très majoritairement sinon la théocratie, du moins une forme de dictature dont la religion n’est jamais très éloignée, la transformant en instrument politique. Le monde musulman n’est pas encore sécularisé, ce qui le distingue des autres grandes religions monothéistes. L’islam politique prôné par le Frères musulmans et les salafistes est conquérant, impérialiste, colonisateur. Il se nourrit de toutes les fautes réelles ou prétendues commises par ses détracteurs, à commencer par les dictateurs arabes ou perses d’avant la révolution islamique iranienne, jusqu’aux défenseurs de la laïcité et de la liberté d’expression d’aujourd’hui accusés à tort d’être islamophobes, en France. Ceux qui ont été assassinés le 7 janvier 2015 étaient de ces défenseurs, et ceux qui ont survécu au carnage, et dont certaines sont encore à Charlie Hebdo, en sont.

Au lendemain de la tuerie, des millions de Français, parmi eux d’innombrables musulmans, ont défilé les 10-11 janvier 2011 pour dire « Je suis Charlie ». Mais, osons reconnaître qu’il y eut aussi une minorité, voire une majorité, souvent silencieuse, parfois acclamante, parmi les Français musulmans pour condamner les attentats et le terrorisme avec un grand « mais … car il ne fallait pas blasphémer » et, pour certains, « ils l’ont bien cherché ». Même nés en France et se disant républicains, ces Français musulmans portent en eux ce reste d’obscurantisme médiéval, rappelant les heures sombres de l’inquisition chrétienne. Relisez ou revisionnez le fameux Nom de la rose

Tout « ça », c’est l’attaque contre la France de Voltaire (celui de la liberté d’expression), ou, plutôt, de l’Encyclopédie, contre notre modèle de société, contre la liberté, la diversité, le droit à la caricature, à la satire, à la critique des religions et des idéologies.

« Ça », comme dans le roman éponyme de Stéphan King, c’est le monstre islamiste que nous ne confondons pas avec l’Islam spirituel et intérieur comme le propose par exemple le soufisme. Cet Islam radical, il faut le combattre pour notre salut commun, celui des Musulmans en particulier, qui s’étaient engagés sur la voie de la sécularisation avant que les Frères musulmans, les Wahabbites et autres salafistes ne prennent le contrôle de leur pensée.

 

Le second « ça »

Depuis les attentats de 2015, les choses n’ont fait qu’empirer, même si le terrorisme islamique ne s’est manifesté en France que par des spasmes sporadiques sanglants (il y a eu tout de même une demi-douzaine d’attentats déjoués ces derniers mois, selon Jean-François Ricard, procureur du Parquet national antiterroriste), trop souvent absous par la justice pour d’obscurs motifs psychiatriques, le summum du déshonneur et de la soumission étant peut-être atteint avec l’affaire du meurtre de Sarah Halimi en 2017, au cri de Allahu akbar. Mais voilà : le tueur avait fumé quelques joints avant de passer à l’acte. Aujourd’hui, il risquerait une amende de 200 euros pour s’être ainsi privé de discernement.

Depuis 2015, les enquêtes de l’Institut Montaigne et de la Fondation Jean Jaurès confirment la dérive : lentement mais sûrement, de plus en plus de nos concitoyens musulmans s’éloignent de la République et s’enfoncent sinon dans l’obscurantisme, du moins dans le séparatisme, avec la Charia comme boussole et la Oumma (la communauté de croyants musulmans) comme unique repère collectif. Cet islam n’est pas étranger au communautarisme victimaire qui déferle sur la France.

Depuis 2015, nous avons également eu droit à l’affaire Mila, symptomatique de cette soumission de la société, en l’espèce la Justice, devant l’islam politique : une information judiciaire fut ouverte contre l’adolescente pour avoir critiqué, non les Musulmans qui la harcelaient et la menaçaient, mais l’islam en tant qu’idéologie. Le blasphème, encore, mais cette fois à l’initiative du parquet et peut-être de la chancellerie (ou au-dessus ?).

Depuis 2015, le Conseil constitutionnel censure, les unes après les autres, les lois interdisant l’apologie du djihadisme, la promotion de la haine, et même les mesures de sûreté visant les terroristes sortant de prison. Les territoires perdus de la République grandissent inexorablement. Les quelques mosquées salafistes fermées ne sont que des arbres qui cachent la forêt.

Ce ne sont que des seconds couteaux, des exécuteurs du massacre de la Rédaction de Charlie Hebdo qui seront jugés à Paris. Les commanditaires ont, pour certains, déjà été jugés, et leur « sentence » prononcée et exécutée par les missiles des avions de chasse français et américains.

Mais Charlie ne veut pas baisser les bras. Charlie, comme la France, ne veut pas se laisser faire. Charlie ne veut pas que tout « ça », ce drame épouvantable, se soit produit pour « ça », à savoir la soumission à l’islam radical. En Irak, la France a répondu, même si seule, elle n’aurait pu faire que de la figuration. Mais elle a répondu.

Et maintenant ? Et dans les banlieues, où se développe l’islamo-indigénisme, avec le soutien de l’extrême gauche ? Et en Afrique, où la France est bien seule face à la montée du djihadisme ?

Combien de Coulibaly et de Kouachi en puissance se réveillent chaque matin dans notre pays ? Combien sont-ils parmi les 8000 personnes fichées pour radicalisation ? Et parmi les milliers, voire les dizaines de milliers hors-radars ? Nous avons un indice : 60% de vétérans français du djihad ont déjà récidivé. Selon une enquête du Centre d’analyse du terrorisme (CAT), sur la base de statistiques judiciaires, quelque 60 % des Français partis faire le djihad entre 1986 et 2011 en Afghanistan, Bosnie ou Irak, ont récidivé à leur retour et ont été « condamnés pour des infractions terroristes distinctes de leur seul séjour sur zone. »

Va-t-on céder à la peur ? Pessimiste, Zineb el Rhazoui, écrivain et ancienne de Charlie, dénonce l’islamisation de la société française dans un entretien émouvant et lucide au Figaro.

Soyons plus optimiste : à terme, le salut peut (doit ?) venir des Musulmans de France, comme l’imaginait Marginal Ray dans une fiction de la série d’été Apocalypse now : « Mohammed Moussaoui, Président de la République ». Une fenêtre s’est peut-être ouverte, précisément avec l’élection de Mohammed Moussaoui à la présidence, non pas de la République, mais du Conseil français du culte musulman (CFCM), le 19 janvier 2020 (il avait certes déjà occupé cette fonction de 2008 à 2013). Ses propos tranchent avec la posture victimaire et agressive des représentants des institutions musulmanes lors de la publication des caricatures de Mahomet en 2006 : « La liberté de caricaturer est garantie pour tous, la liberté d’aimer ou de ne pas aimer (ces caricatures) également. Rien ne saurait justifier la violence…  Le procès doit nous rappeler les victimes du terrorisme, ce terrorisme qui a assassiné en janvier 2015 à Charlie Hebdo, à l’Hyper Cacher et dans l’espace public. Il doit aussi nous rappeler les victimes du terrorisme de Toulouse et Montauban en 2012, et celles de novembre 2015 au Bataclan et au Stade de France »*.

Si l’islam des lumières naissait en France, tout « ça » aura été pour quelque chose.

Et puis la République doit prendre les choses en main et prendre conscience que nous sommes en guerre. Appliquer les lois avec célérité, les compléter si nécessaire comme le préparent Gérald Darmanin et Marlène Schiappa. Gageons que cette dernière ne fera pas avec la laïcité ce qu’elle a fait avec l’égalité femmes – hommes : de la communication !

« Imagine », chantait John Lennon… avant d’être assassiné lui aussi !

 

Michel Taube

*Sans oublier les Français tombés en opérations extérieures dans le Golfe ou au Sahel dans la guerre contre cette barbarie nouvelle.

**Et non Abdelghani, comme écrit par erreur initialement.

 

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